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Le spectacle Naïade pour fêter les 15 ans de l’Archipel : point d’orgue d’une aventure culturelle à Perpignan

En octobre 2011, la première scène nationale de Perpignan est inaugurée. Le théâtre de l’Archipel s’érige en bord de fleuve. 15 ans plus tard, un spectacle gratuit et hors les murs, à l’image de cette dynamique culturelle voulue plus accessible, vient fêter l’anniversaire de la maison. La directrice Jackie Surjus-Collet raconte. Photo de une : Naïade © Pierre Gondard

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Naïade, un aquarium géant en plein Perpignan

Les sept scènes nationales d’Occitanie se partagent ce spectacle unique. Samedi 26 et Dimanche 27, à 17h un aquarium géant de trois mètres de haut contenant 8 m3 d’eau se posera aux allées Maillol de Perpignan. Des voltigeurs réaliseront une performance en apnée, sur fond musical. Là où le cirque traditionnel combat la gravité, ici c’est une autre légèreté qui sera mise en avant.

« C’est une performance époustouflante, un objet iconoclaste, décrit Jackie Surjus-Collet. C’est en entrée libre. L’eau est entièrement récupérée, nous avons un partenariat avec Veolia. »

Le spectacle est une réflexion sur l’eau, son aspect vital et à l’origine de la vie. Un symbole résonne dans un territoire où elle vient à manquer. Le samedi 26 il sera suivi d’une fête avec la cobla Mil·lenària, avec de quoi danser et se restaurer. Ce choix, c’est celui qui vient saluer les 15 ans du théâtre de l’Archipel, ce grand adolescent désormais mature qui enrichit la vie culturelle des Perpignanais.

Directrice adjointe dès les premiers spectacles, puis directrice en 2023, Jackie Surjus-Collet se souvient de l’enthousiasmant pari que constituait l’Archipel à Perpignan, quinze ans plus tôt. « Il s’était posé la question de l’ampleur de ce lieu, pour une ville de 120 000 habitants dans le département le plus pauvre de France. Mais nous avons reçu un tel outil comme un cadeau. On peut tout faire dans cette maison. » Et le pari a payé, pour atteindre aujourd’hui 94 000 spectateurs par saison, avec de nombreuses représentations à guichets fermés. « On naviguait autour de 80 000 et là on a battu des records. Cela draine le territoire. »

Programmer, c’est renoncer

Le travail de directrice, pour cette passionnée qui a découvert l’univers du spectacle, enfant, dans un foyer Léo Lagrange, c’est d’abord une montagne d’administratif. Mais c’est aussi un choix de spectacles qui consiste à en voir autant que possible.

Jackie Surjus-Collet, directrice de l’Archipel

« Sur Avignon, j’ai fait trente-cinq spectacles en neuf jours. Là je vais quatre jours à Paris, je vais voir six spectacles. »

Soirs et week-ends sont mis à contribution pour dénicher les perles. La direction est un choix de vie davantage que de carrière. « Parfois j’ai ce sentiment d’urgence, je me dis ‘ça il faut que les gens le voient.' » Mais pour chaque représentation, il faut le budget, la location du matériel, les disponibilités de la troupe, ou encore l’inscrire dans un équilibre entre les thématiques. « Il y a le prix de cession, et à côté les frais d’approche avec le transport des décors etc. La crise joue sur ce transport… On est toujours en train de renoncer à quelque chose. Mon métier c’est dire non. J’ai vu un spectacle à Chaillot que j’ai adoré, mais ça couterait plus de 80 000 euros, je ne pourrais jamais le faire. »

Coups de projecteur et coups de stress

Le tout se développe comme une partition fine au milieu de la matière humaine. Les égos de certains, l’accessibilité des autres, parfois où on ne l’attend pas. Philippe Torreton qui reste après le spectacle et anime la soirée. Isabelle Huppert qui refuse d’entrer par les portes arrière et fait la queue incognito avec le public. Vanessa Paradis d’une réjouissante simplicité.

Ce sont aussi ces montées d’adrénaline et anecdotes. Ce vieux comédien un peu fatigué, qu’il a fallu faire suivre quand il sortait du théâtre, pour être sûr qu’il n’oublie pas de revenir jouer. Ces deux acteurs qui se fâchent dans les coulisses et en viennent aux mains, séparés par l’agent de sécurité, mais qui montent malgré tout sur scène. La tempête El Nino et cette plaque de béton qui vient fracasser la verrière. La compagnie Bartabas qui dégourdit les jambes de ses chevaux en les faisant trotter autour de la salle Grenat.

Vers l’accessibilité

« Mon job c’est la culture, et je le fais en toute liberté. Donc je parle du monde d’aujourd’hui. » Jackie Surjus-Collet aime parler de fenêtre sur le monde, de la place donnée aux histoires qui racontent minorités, des invisibles. « Ahmed Madani fait le spectacle Nous les minuscules où il met en avant les héros et les héroïnes du quotidien. Deux de ses comédiens sont de Perpignan. J’ai fait venir le rappeur Kerry James, pour une pièce de théâtre qu’il a écrit sur l’injustice et la police corrompue. Walid Ben Selim a fait un hommage à la Palestine. Je fais des spectacles sur l’écologie, la planète qui brûle. » Du côté du Médiator, la salle de concert appartenant à l’Archipel, le programmateur Julien Bieules est lui aussi autonome sur ses choix.

« Peut-être qu’à une époque, nous, programmateurs, nous avions une image élitiste. Cela nous a beaucoup collé à la peau. »

Jackie Surjus-Collet rappelle que l’établissement est public, et qu’avec de l’argent public, il faut savoir s’adresser à tous. 34 % des spectateurs ont moins de 26 ans, ce qui est considérable quand on sait que la moyenne d’âge pour les scènes nationales françaises est de 61 ans. « J’ai créé l’abonnement solidaire. Pour un abonnement de trois spectacles, la place est à dix euros pour les moins de 26 ans et pour les minima sociaux. C’est moins cher que le cinéma. »

Depuis sa prise de direction, Jackie Surjus-Collet a créé l’Archipel Nomade, des représentations hors les murs pour se rapprocher des publics éloignés. L’an dernier, le cirque Rasposo a ainsi posé son chapiteau près de l’école Dagneaux, dans le quartier du Moyen-Vernet. La directrice se tourne aussi, toujours plus, vers la jeunesse, y compris les tout-petits. « Les chercheurs ont montré à quel point l’art est important sur la plasticité du cerveau d’un enfant, le rend actif. »

Contre vents et marées au chevet d’une culture sabrée

Et si la culture était un besoin plus vital que nous l’imaginions ? « Nous, êtres humains, on a toujours eu besoin que l’on raconte des histoires. Et bien nous racontons des histoires. » Et autour du spectacle, une autre histoire, celle des coulisses. La présentation des métiers auprès des lycées, de la régie à la perruquière en passant par les maquilleurs. « Nous racontons tout cela à travers la médiation culturelle. » Si l’on élargit encore le cercle, les hôtels aux abords de l’Archipel ne désemplissent pas, les restaurants sont pris d’assaut. Une économie entière vit au-delà de la quarantaine de salariés du théâtre.

« Avec les acteurs de la culture nous avons manifesté cet été à Avignon. André Malraux voulait un budget de la culture qui représente 1 % du budget global de la France. Nous sommes qu’à 0,7 %. » Comme partout ailleurs, le théâtre de l’Archipel doit lutter face aux lignes budgétaires qui se réduisent. Le succès plaide en la faveur du maintien de sa dynamique. Retrouvez tout le programme de la nouvelle saison sur le site officiel.

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Philippe Becker