Article mis à jour le 7 avril 2026 à 17:09
Ce mardi 7 avril, à l’appel de l’ensemble des syndicats, les salariés du siège et de l’usine Cémoi de Perpignan entament une grève reconductible. Alors que le groupe, qui emploie plus de 450 personnes dans les Pyrénées-Orientales, aurait connu un bond dans ses bénéfices, les revalorisations des salariés seraient insuffisantes pour les syndicats.
Le groupe Cémoi est un poids lourd du chocolat en France. Avec sa filière qui inclut plantations en Afrique et transport, le chocolatier a pu amortir les crises des matières premières contrairement aux acteurs dépendant des marchés plus volatils.
Indigestion sociale au lendemain de Pâques
« Le groupe a fait des résultats exceptionnels cette année » commente Olivier Romero, représentant le syndicat Unsa. Sur 920 millions d’euros de chiffre d’affaires, Cémoi aurait dégagé 192 millions de bénéfices « EBITDA » (bénéfices avant intérêts, impôts et amortissement), soit une augmentation de près de 35 % par rapport à 2024.
C’est la revalorisation proposée dans le cadre des NAO (Négociations Annuelles Obligatoires), de l’ordre de 1,3 % pour les non cadres, qui cristallise la colère. « Sur un salaire brut de 2000 euros, cela fait une augmentation de 23 euros brut, soit à peu près 17 euros net ». Des primes d’intéressement et de participation sont bien avancées par la direction, mais selon les syndicats elles ne compenseraient pas les pertes par rapport à l’année précédente, notamment celle de l’ex prime dite « Macron ».
« Si on cumule les NAO et les primes, cela fait à peu près 1500 euros de moins pour chaque salarié par rapport à l’an dernier. » Par ailleurs, selon Olivier Romero, 70 % des cadres n’auraient pas d’augmentation cette année. « Ce n’est pas tolérable quand on fait des résultats exceptionnels. »
Pour David Di Fraja, du syndicat Sud Industries, la redistribution devrait aussi refléter la polyvalence demandée aux salariés. Sur le siège, une centaine de postes ont été perdus depuis le rachat de la chocolaterie à la famille Poirier en 2021. Sur l’usine, l’automatisation a réduit les contrats courts de type intérim. « Il y a des robots, des palettiseurs, tout a été automatisé. » Les permanents se verraient alors attribuer plusieurs fonctions incombant autrefois aux temporaires, sans augmentation en conséquence. « Nous demandons une revalorisation de 1,7 % au lieu de 1,3 %. »
La poule aux œufs en chocolat va-t-elle encore pondre ?
Ce refus par le groupe Cémoi de redistribuer autant que demandé pourrait être une anticipation des marchés à venir. « On pense qu’il y aura une baisse de consommation de cacao » reconnaît Olivier Romero. En cause, l’augmentation des prix.
« Un bloc de 100 grammes c’est maintenant plus de 3 euros. On dit toujours que quand un salarié commence à avoir de la difficulté pour s’acheter la tablette de chocolat qu’il fabrique c’est qu’il commence à y avoir un problème. »
Pour Karine Sanchez, déléguée syndicale de FO, il ne s’agit pas des conditions de travail. « J’aime travailler ici, je ne crache pas sur l’usine. C’est juste le salaire. Il doit être à la hauteur du chiffre qu’on a fait. » La grève, qui bloque la majorité des lignes de productions, devrait se poursuivre jusqu’à une réouverture des négociations. Contacté par la rédaction, le groupe Cémoi n’a pas réagi pour le moment.
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