Article mis à jour le 8 avril 2026 à 09:50
Ce mardi 7 avril, à l’appel de l’ensemble des syndicats, les salariés du siège et de l’usine Cémoi de Perpignan entament une grève reconductible. Alors que le groupe, qui emploie plus de 450 personnes dans les Pyrénées-Orientales, aurait connu un bond dans ses bénéfices, les revalorisations des salariés seraient insuffisantes pour les syndicats.
Mise à jour mercredi 8 mars à 9h30 : le groupe Cémoi réagit au mouvement de grève. Voir en fin d’article.
Le groupe Cémoi est un poids lourd du chocolat en France. Avec sa filière qui inclut plantations en Afrique et transport, le chocolatier a pu amortir les crises des matières premières contrairement aux acteurs dépendant des marchés plus volatils.
Indigestion sociale au lendemain de Pâques
« Le groupe a fait des résultats exceptionnels cette année » commente Olivier Romero, représentant le syndicat Unsa. Sur 920 millions d’euros de chiffre d’affaires, Cémoi aurait dégagé 192 millions de bénéfices « EBITDA » (bénéfices avant intérêts, impôts et amortissement), soit une augmentation de près de 35 % par rapport à 2024.
C’est la revalorisation proposée dans le cadre des NAO (Négociations Annuelles Obligatoires), de l’ordre de 1,3 % pour les non cadres, qui cristallise la colère. « Sur un salaire brut de 2000 euros, cela fait une augmentation de 23 euros brut, soit à peu près 17 euros net ». Des primes d’intéressement et de participation sont bien avancées par la direction, mais selon les syndicats elles ne compenseraient pas les pertes par rapport à l’année précédente, notamment celle de l’ex prime dite « Macron ».
« Si on cumule les NAO et les primes, cela fait à peu près 1500 euros de moins pour chaque salarié par rapport à l’an dernier. » Par ailleurs, selon Olivier Romero, 70 % des cadres n’auraient pas d’augmentation cette année. « Ce n’est pas tolérable quand on fait des résultats exceptionnels. »
Pour David Di Fraja, du syndicat Sud Industries, la redistribution devrait aussi refléter la polyvalence demandée aux salariés. Sur le siège, une centaine de postes ont été perdus depuis le rachat de la chocolaterie à la famille Poirier en 2021. Sur l’usine, l’automatisation a réduit les contrats courts de type intérim. « Il y a des robots, des palettiseurs, tout a été automatisé. » Les permanents se verraient alors attribuer plusieurs fonctions incombant autrefois aux temporaires, sans augmentation en conséquence. « Nous demandons une revalorisation de 1,7 % au lieu de 1,3 %. »
La poule aux œufs en chocolat va-t-elle encore pondre ?
Ce refus par le groupe Cémoi de redistribuer autant que demandé pourrait être une anticipation des marchés à venir. « On pense qu’il y aura une baisse de consommation de cacao » reconnaît Olivier Romero. En cause, l’augmentation des prix.
« Un bloc de 100 grammes c’est maintenant plus de 3 euros. On dit toujours que quand un salarié commence à avoir de la difficulté pour s’acheter la tablette de chocolat qu’il fabrique c’est qu’il commence à y avoir un problème. »
Pour Karine Sanchez, déléguée syndicale de FO, il ne s’agit pas des conditions de travail. « J’aime travailler ici, je ne crache pas sur l’usine. C’est juste le salaire. Il doit être à la hauteur du chiffre qu’on a fait. » La grève, qui bloque la majorité des lignes de productions, devrait se poursuivre jusqu’à une réouverture des négociations.
Le groupe Cémoi réagit
Le groupe Cémoi a répondu par un communiqué. « La direction en appelle à la raison et reste ouverte à travailler en étroite collaboration avec toutes les parties prenantes pour atteindre des accords favorables » entament les responsables. Ils évoquent à la fois un contexte économique incertain avec une pression de la concurrence, et l’intéressement des salariés. Cet intéressement pourrait atteindre environ trois mois de salaire pour l’année 2025 (payé en 2026), soit plus de 5000 euros pour un salarié à 1600 euros net mensuels.
Sur l’augmentation de 1,3 %, le groupe Cémoi y ajoute aussi la revalorisation du panier repas et des budgets des CSE, pour un total qui ferait donc selon lui une revalorisation de 2 %, supérieure à l’inflation. Enfin s’agissant des profit, le groupe rappelle son plan d’investissement de plus de 40 millions d’euros sur trois ans, sur les divers site sde production en France. 15 millions sont destinés à l’usine de Torremilia à Perpignan.
- Des aides à domicile étouffées par le coût du carburant : le métier que plus personne ne veut faire ? - 12 avril 2026
- Grève des avocats des Pyrénées-Orientales : ce projet de loi expédie les procès criminels, y compris sexuels - 9 avril 2026
- Plus éco-responsables, plus inclusifs : ces festivals des Pyrénées-Orientales prennent les choses en main dans le collectif Echo(s) - 9 avril 2026
