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Un militant écologiste jugé pour violences sur un gendarme lors d’une manifestation d’agriculteurs

Un militant écologiste jugé pour violences sur un gendarme lors d'une manifestation d'agriculteurs

Article mis à jour le 18 mars 2026 à 11:29

Ce 17 mars le tribunal de Perpignan jugeait le dossier de David Janraitz, « géobiologue », 55 ans, « amoureux du vivant » et militant écologiste. Il était poursuivi pour des faits de violences sur une personne dépositaire de l’autorité publique, commis le matin du 18 décembre 2025 lors d’une manifestation de soutien aux éleveurs mobilisés contre les abattages liés à la dermatose nodulaire contagieuse.

S’il encourait jusqu’à 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende, au terme de l’audience, le parquet a requis trois mois et 750 euros d’amende, le tout assorti d’un sursis. Le jugement a été mis en délibéré pour le 31 mars à 9 heures.

12 secondes de violence dans une vidéo de 1’22 diffusée sur les réseaux sociaux

L’affaire repose en grande partie sur une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux d’Ici Roussillon. Même si à l’audience, la vidéo n’a pu être visionnée, elle est toujours en ligne et a été vue plus de 2 millions de fois. Les faits se sont déroulés sur le rond-point de Saint-Jean-Lasseille, près du Boulou, alors que des agriculteurs, des syndicalistes et des citoyens protestaient contre la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse qui affecte les bovins.

David Janraitz faisait partie des manifestants. Les gendarmes avaient pour consigne de bloquer l’accès du cortège à l’autoroute A9. Si la protestation s’est déroulée dans le calme, la vidéo montre un tracteur se dirigeant à vive allure avec visiblement l’intention de forcer le passage. On y voit un gendarme s’interposer physiquement devant le véhicule.

Durant l’audience, la présidente lit la déposition du militaire, non présent au tribunal : « J’ai senti quelqu’un me mettre volontairement un coup dans le dos. » S’adressant à l’accusé, la juge décrit les images extraites de la vidéo : « On vous voit filmer la scène, puis venir donner un coup de pied dans le dos du gendarme, et le pousser. Il tombe ensuite sur le manifestant. Vous vous rapprochez, l’agrippez par le gilet et le projetez. » Quand la présidente lui demande sa position sur les faits, David Janraitz tente de rappeler le contexte. Mais elle le recadre sèchement. « Je veux bien vous croire quand vous dites que vous n’aviez pas la volonté d’agresser le gendarme, mais alors qu’est-ce qui s’est passé ? »

Lors de ses réquisitions, le procureur a aussi insisté sur l’émotion dégagée à la barre par le prévenu et rappelé qu’il n’avait aucune mention dans son casier judiciaire. Malgré ces éléments, pour le représentant du parquet, le tribunal devait juger « un homme qui a décidé de sortir du champ de la manifestation pacifique pour aller porter des coups sur une personne qui porte un uniforme. » Il a requis une peine de trois mois de prison et de 750 euros d’amende assortie du sursis.

Le militant écologiste : un « bouc émissaire » selon son avocat 

À la barre, David Janraitz a contesté avoir voulu frapper le gendarme. Très ému, il a évoqué une scène confuse et très rapide, survenue dans un contexte de forte tension autour des abattages. Il se présente comme un « simple citoyen », venu soutenir les éleveurs, et affirme avoir eu un « geste de protection », un réflexe, sans intention d’agresser.

Le « défenseur du vivant », suivant une formation de druide, soutient aussi avoir lui-même été blessé lors de la bousculade. Son avocat, Maître Gallon, soutient que son client a participé à une manifestation restée pacifique jusqu’à un moment d’énervement. Il décrit une « bousculade générale » plutôt qu’une agression délibérée. Après l’audience, le conseil a de nouveau dénoncé le choix d’un « bouc émissaire » dans une affaire devenue sensible en raison de la viralité des images.

Pour Maître Gallon, c’est surtout le retentissement de la vidéo sur les réseaux sociaux qui a poussé la gendarmerie à porter plainte contre David Janraitz. « La hiérarchie estime qu’il ne fallait pas laisser passer. » Après l’audience, l’avocat précise : « Monsieur Janraitz était le seul identifiable sur la vidéo. Et du fait de la vidéo qui circulait sur les réseaux, il ne fallait pas laisser passer. On tente de tout lui imputer. » Pour l’avocat, son client est « un bouc émissaire ».

Pour la Confédération paysanne, cette affaire est surtout un message politique adressé aux militants 

Présents à l’audience pour soutenir le militant, deux porte-paroles de la Confédération paysanne déclarent que ce type de procédure est « un message politique à l’égard des autres militants. En faisant ça, ils nous disent de ‘rester chez nous’. Aujourd’hui, dans notre entourage, il y a des gens qui ne vont plus aux manifestations. »

Les deux syndicalistes dénoncent aussi un « deux poids, deux mesures » en fonction de l’organisation qui appelle à manifester. Elles rappellent également les 52 gardes à vues de militants de la Confédération paysanne le 15 janvier dernier à Paris.

Vidéo de la manifestation du 18 décembre 2025

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