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Municipales : À Perpignan, les candidats débattent face aux habitants des quartiers populaires

Municipales : À Perpignan, les candidats débattent face aux habitants des quartiers populaires

Ce 10 février, l’association Vernet au féminin organisait un débat pour questionner les candidats aux élections municipales. Les élèves en prépa Sciences Po du lycée Aristide Maillol avaient préparé une dizaine de questions. Face à une salle bondée et parfois électrique, les aspirants à la mairie sont passés sur le grill des problématiques jugées plus concernantes pour les habitants et les habitantes des quartiers populaires.

En ouverture de la soirée, Karima Chaouch, présidente de l’association précise : « Au-delà des stéréotypes, couture, cuisine, et de tout ce qu’on peut proposer, on avait envie de mettre en place une action citoyenne. Parce qu’aujourd’hui, les habitants ont besoin d’être entendus. »

Quand la jeunesse des quartiers organise le débat

Dans un territoire marqué par une forte abstention, l’initiative tranche avec les clichés d’un désengagement politique. Ici, ce sont des jeunes issus du Vernet qui ont préparé les questions, imposé un temps de réponse limité aux candidats et recadré les échanges lorsque le ton montait. « Nous ne sommes pas seulement les habitants d’aujourd’hui, mais aussi les votants de demain », ont lancé les lycéens en introduction.

CANDIDATS VERNET AU FEMININ

Célia, Matéo, Noa, Heiana, Pablo, Kimi, Marti, Jane, Nada et Meriem, ces jeunes hommes et femmes ont porté la voix de leurs camarades de la classe de Sciences Po du Lycée Maillol. Lutte contre les discriminations, cadre de vie, pollution, santé, droit des femmes ou développement, la salle a écouté et interpellé les candidats. Après le monde économique et son grand débat, ce sont désormais les habitants et les jeunes des quartiers populaires qui s’emparent de l’élection municipale à Perpignan.

Une exigence de présence et de considération

Dès la première question, le débat s’est installé sur le terrain de la reconnaissance : « Pourquoi le Vernet est-il si peu visible dans les discours sur Perpignan ? » Les candidats ont assuré être présents « toute l’année » dans le quartier. Mais dans la salle, le scepticisme affleure. « On en a vu des campagnes », rappelle un habitant, évoquant des décennies de promesses répétées.

Au-delà des clivages partisans, un point de convergence se dégage : la nécessité d’égalité territoriale. Plusieurs intervenants ont insisté sur le besoin de décloisonner la ville et de mettre fin à une forme de relégation symbolique. Près d’un tiers de la population perpignanaise vie dans le quartier. « Le Vernet, c’est Perpignan aussi », ont conclu les organisateurs.

Mobilités, propreté, santé, jeunesse, femmes : des priorités assumées

La question des transports a illustré les divergences de fond. Entre défense d’une gratuité progressive, plaidoyer pour des voies de bus en site propre ou mise en garde contre les contraintes budgétaires, les propositions se sont opposées. Mais ce qui marque surtout, c’est la précision des interpellations venues du public : temps d’attente trop longs, sécurité aux abords des écoles, saturation automobile.

Même dynamique sur la propreté. Dépôts sauvages, incivilités, sentiment d’abandon : les habitants ne se contentent pas de dénoncer, ils interrogent les stratégies. Prévention ou sanction ? Moyens humains ou vidéo-surveillance ? Responsabilité municipale ou civisme individuel ?

Plusieurs médecins ont récemment cessé leur activité dans le secteur. Les candidats ont évoqué maisons de santé, partenariats universitaires, dispositifs innovants. Mais tous reconnaissent les limites des compétences municipales. Les questions relatives aux femmes et aux familles monoparentales ont également occupé une place centrale : horaires élargis pour les crèches, sécurité dans l’espace public, accès aux droits.

Un débat parfois houleux, mais une scène démocratique assumée

Au fil de la soirée, les échanges se sont parfois tendus, notamment sur les alliances politiques ou l’isolement institutionnel de la ville. La modération a dû rappeler le cadre. Mais loin d’un simple affrontement partisan, la scène révèle une réelle volonté de débattre des sujets qui comptent.

CANDIDATS VERNET AU FEMININ
Karima Chaouch, présidente de l’association Vernet au Féminin, rappelle les règles de prise de parole.

Dans un quartier souvent réduit aux faits divers ou aux indicateurs sociaux, des habitants prennent le micro, questionnent les financements, interrogent la cohérence des programmes. Un intervenant résume le sentiment général : « Beaucoup de projets sont annoncés pendant les campagnes. Avec quels outils allez-vous financer tout ça ? »

Alors que le débat était organisé par l’association Vernet au Féminin, la prise de parole est restée majoritairement masculine. C’est Karima Chaouch elle-même qui l’a souligné : « Je constate une chose. Les femmes, ce soir, on n’a pas posé de questions. Aucune ! » Dans la salle, le constat fait mouche. L’espace démocratique existe, mais il ne garantit pas automatiquement l’égalité d’expression.

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