En tête dans 74 des 75 bureaux de vote perpignanais, Louis Aliot, maire sortant, est réélu au premier tour. Le dernier à avoir réussi ce tour de force était Paul Alduy en 1983. Le politiste Nicolas Lebourg a trituré les chiffres des votants à Perpignan bureau par bureau.
Le chercheur et co-auteur du livre « Perpignan, déclassement et droitisation » livre son analyse des données et les infographies (bureau par bureau) du scrutin aux lecteurs de Made In Perpignan. Pour ses observations, Nicolas Lebourg a notamment utilisé l’indice de corrélation Pearson. C’est à dire la relation entre plusieurs variables (vote aux municipales, législatives, pourcentage des propriétaires, revenu fiscal médian, ou niveau de formation…).
À Perpignan, moins d’un électeur sur deux s’est prononcé, est-ce cela qui a permis la réélection du maire sortant dès le premier tour ?
L’abstention a dépassé les 52%. Il est révélateur que même le bureau du centre-ville, auquel étaient rattachés le plus grand nombre de colistiers (14 sur les diverses listes), affiche 57% d’abstention, et un vote Aliot à 30%. Les records sont atteints du côté de Saint-Jacques, où LFI avait investi un colistier, figure de la communauté gitane ex-soutien de LR, de LREM puis du RN : l’abstention y atteint 80%, et Aliot obtient 38% des suffrages.
Quand on analyse les résultats croisés avec la participation, il apparaît clairement que c’est la liste de Bruno Nougayrède qui augmente son score avec la participation. À rebours, le plus bas est celui de la liste LFI. Autrement dit, plus les électeurs votent dans un bureau, plus ils votent Nougayrède et moins ils votent Idrac.
Le marché électoral de Perpignan demeure avant tout un marché des droites. En somme, comme en 2020, quelle que soit la configuration, l’analyse statistique est claire. L’élection de Louis Aliot ne dépend pas de l’abstention. Elle est le résultat structurel de la demande.
Louis Aliot est à la fois maire sortant et vice-président du Rassemblement national. Laquelle de ces deux positions lui a été la plus favorable ?
Il y a des résultats tranchés : au Mas Llaro, cette année Louis Aliot fait 61% au premier tour, soit son score au second tour de 2020. Les électeurs qui l’avaient choisi en second choix électoral il y a six ans lui sont devenus fidèles. Il domine amplement dans tous les bureaux. Si son résultat baisse dans les bureaux les plus cosmopolites, l’indicateur social avec lequel il matche le plus est l’accès à la propriété. Dans les bureaux où il y a plus de propriétaires et où le revenu médian disponible est plus élevé il connaît des envolées.
On est très loin de la sociologie du Front national d’il y a dix ans qui en faisait le parti des employés à faibles salaires du secteur privé. On voit se consolider l’alliance avec les classes moyennes et supérieures marquée à Perpignan dès 2020, et visible nationalement aux élections de 2024 qui ont permis les très bons résultats du RN aux européennes et législatives. On a une démarcation puissante : quand on est très opposé aux gauches à Perpignan, l’offre Aliot est naturelle.
Comment expliquer qu’aucune offre politique ne se démarque face à un candidat qui ne fait pas campagne ?
L’enracinement d’un maire ne dépend pas que de lui. Il y a d’abord l’effet de la prime au sortant. Entre 2014 et 2020, il n’y a que 16% des mairies en Occitanie qui changent de couleur politique. Ensuite, les adjoints, les politiques municipales, irriguent le territoire. Le quartier de la gare a ainsi beaucoup été travaillé par l’adjoint Xavier Baudry. Et la liste Rassemblement national y crève le plafond en passant de 32% au premier tour de 2020 à 53% en 2026.
Enfin, il y a la stratégie de fusion des droites suivie par Louis Aliot. Par exemple le catholicisme identitaire que n’a cessé d’afficher sa mairie durant son premier mandat a contribué à assécher le secteur catholique conservateur qui localement pesait dans la sociologie du parti Les Républicains.
Cela renvoie aussi à un trait spécifique. Le vote pour Louis Aliot a été plus fort chez les seniors que dans la jeunesse. Mais sur le plan électoral ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour lui car le département connaît un fort vieillissement.
En 2040, si les tendances démographiques récentes se poursuivent, la population âgée de 65 ans sera deux fois plus nombreuse que les moins de 20 ans. Et les plus de 70 ans sont le seul groupe social a voté à plus de 50% quel que soit le tour et le scrutin. Donc, si cette pyramide des âges donne une base chez les jeunes aux opposants à Louis Aliot, elle joue structurellement en sa faveur.
Quel poids pour la gauche à Perpignan ? La droite traditionnelle a-t-elle encore un espace politique ?
On voit qu’il y a eu une certaine appétence et donc un avenir pour la droite. À gauche, c’est plus compliqué. Rappelons qu’il y avait un éparpillement de l’offre avec les listes Advenard (Lutte Ouvrière), Blanc (Perpignan Autrement avec le PCF, Debout etc), Idrac (LFI et Écologistes), et Langevine (Place publique-Parti socialiste). Le vote pour Mathias Blanc progresse avec la participation, de façon faible sur l’ensemble de la ville, mais en concurrençant toujours plus LFI dans les bureaux où la participation est forte. Par exemple, dans le bureau 701 où la participation est de 63%, Mathias Blanc fait 8% et Mickaël Idrac 6% des votes.
Très clairement le vote Perpignan Autrement a servi de zone intermédiaire entre les votes Langevine et Idrac : des Perpignanais qui voulaient voter plus à gauche que « Plus forts pour Perpignan », mais se refusaient à soutenir la liste Idrac. Sociologiquement, les deux listes se sont neutralisées mutuellement, permettant à la liste Place publique-PS d’être largement devant. Mais l’absence d’union n’est pas la cause de la défaite : quand bien même on cumulerait les quatre listes, de Place Publique à Lutte Ouvrière, la gauche ne représente qu’un tiers des voix.
En outre les électorats sont très différenciés : à LFI les secteurs populaires cosmopolites, à Place publique l’électorat plus diplômé et les bureaux de vote comptant plus de cadres. Quand l’un est haut, l’autre est bas : ce sont deux sociologies et deux peuples de gauche très différents. Pour reconstituer un bloc uni de gauche qui dépasserait le quart des voix, il y a donc une adaptation de l’offre qui doit se faire.
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