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Rapprochement des chambres consulaires : dans les Pyrénées-Orientales, des présidents entre réticence et agacement

Fusion, simple mutualisation, ou carrément disparition des chambres consulaires, c’est un vieux serpent de mer. La Chambre des métiers et de l’artisanat (CMA), ou encore la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), mêlent administratif, formation et représentation des secteurs d’activité. Elles sont à nouveau pointées du doigt par le gouvernement, ce qui n’est guère du goût de leurs présidents Laurent Gauze et Robert Bassols.

Début janvier 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu adresse en effet une circulaire à plusieurs ministres, concernant une action publique devant être plus efficace et lisible. Parmi les mesures, le « rapprochement » des CCI et CMA. Plus doux que la notion de fusion un temps évoquée, moins radical que la suppression pure et dure, le mot interroge cependant. Un guichet unique pour les entrepreneurs pourrait être envisagé. Par ailleurs, les élections consulaires prévues en 2026 ont été reportées, laissant un espace à la réforme.

Une CCI déjà entamée par la perte du CFA et du guichet des registres

Laurent Gauze, président de la CCI des Pyrénées-Orientales, ne cache pas son mépris tant pour l’intention du gouvernement que pour la Chambre des métiers locale, qu’il qualifie d’inexistante et avec laquelle il lui semble impensable de se rapprocher. « Je suis un président non rémunéré, non dépendant et non contraint de rien. (…) » La CCI a déjà perdu la gestion directe de son CFA, aujourd’hui entre les mains de Purple Campus, et une partie de son activité administrative, notamment l’inscription aux registres du commerce, avec la récupération par l’État dans une plateforme unique dématérialisée.

« Si l’Etat supprime la chambre, il la supprimera. Je n’irai pas manifester pour qu’il la remette » commente Laurent Gauze, désabusé, assurant tenir la présidence par esprit de responsabilité.

Robert Bassols, président de la CMA, est bien plus nuancé. « Depuis 2007 environ, on parle de fusion » se souvient-il. Il s’agissait entre autres de faire des économies en mutualisant. Pour lui, rapprocher la partie artisan et commerçant pourrait avoir du sens. « On a les mêmes revendications, on pourrait avoir des visions similaires sur les petites entreprises. On a 7000 ou 8000 entreprises en commun. Un boulanger est un artisan, mais c’est aussi un commerçant. Plutôt qu’un guichet unique tel que l’État l’a fait, qui fonctionne très mal, il faudrait qu’on le fasse en commun avec les CCI. »

Une position ambivalente, entre tutelle et opposition à l’État

Il imagine aussi le SAE ou service aux entreprises, mutualisé. Mais le côté industriel de la CCI et le centre de formation des apprentis de la CMA sont pour lui trop spécifiques à l’une et à l’autre pour imaginer une chambre unique pour tous les services. « Les artisans ne se retrouvent pas dans l’industrie. » Sans compter qu’il faudrait trouver des locaux communs. Cela s’est déjà fait pour les antennes des deux chambres, à Céret par exemple, jamais pour les sièges. « La grande force de la CCI c’est le patrimoine immobilier. Le nôtre doit être 15 ou 20 % de ce qu’ils ont. »

À ce jour, les chambres n’ont été notifiées d’aucune décision claire ni calendrier sur le rapprochement. « On a une circulaire qui nous dit de mutualiser certaines choses. À nous de faire des propositions à un État qui est tellement changeant… on change de ministre tous les trois mois. On n’a pas d’interlocuteur en face. »

Pour Robert Bassols, les chambres consulaires étant sous tutelle de l’État, ce dernier peut imposer des orientations. Il craint de voir dévoyer le rôle originel des chambres. « Il n’y aura pas de disparition totale, mais peut-être une autre forme de chambre qui sera un service de l’Etat. Nous, on peut encore s’opposer à l’État. Les artisans et commerçants attendent des élus qui les défendent. » Il évoque en exemple les luttes pour maintenir des formations dans l’intérêt de la profession. « Si ce sont des administratifs, ce sera différent. » La chambre d’agriculture n’a pour le moment pas été mentionnée dans les idées de rapprochement consulaires.

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