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Semaine du film judiciaire à Perpignan : Les lycéens de Maillol rencontrent la bâtonnière

Brigitte Campos Wallon

Article mis à jour le 1 avril 2025 à 09:54

Ce lundi 31 mars 2025, une centaine d’élèves du lycée Maillol a visionné le film Borgo, à l’Institut Jean Vigo de Perpignan. Dans le cadre de la semaine du film judiciaire, qui s’achèvera le 4 avril, une rencontre était prévue avec la bâtonnière Brigitte Campos Wallon.

L’événement organisé en partenariat avec l’Inspection Académique, le Conseil départemental de l’accès au Droit et le Ministère de la Justice a pour objectif d’interroger les jeunes sur la réalité du monde judiciaire français.

Le film retrace l’histoire de Melissa, 32 ans, surveillante pénitentiaire expérimentée qui s’installe en Corse avec ses deux enfants et son mari. L’intégration de la jeune femme est facilitée par Saveriu, un jeune détenu qui semble influent. Peu de temps après, la gardienne de prison est accusée de complicité dans l’exécution de deux barons du crime. L’enquête indiquera plus tard qu’elle avait renseigné le tireur. Un film qui interroge les élèves sur la corruption des gardiens.

Une fiction judiciaire pour interroger la réalité carcérale

Les lumières se rallument, Brigitte Campos Wallon prend place devant les lycéens. « Si vous avez des questions sur le film, n’hésitez pas », sourit la bâtonnière. Ce n’est pas tous les jours que les jeunes ont l’occasion de rencontrer des acteurs de la justice. Avant d’être la première bâtonnière des Pyrénées-Orientales, Brigitte Campos Wallon est aussi avocate. « Lorsqu’il y a un conflit entre un avocat et son client, je suis amenée à intervenir. De même lorsqu’un conflit éclate entre un avocat et des magistrats. J’interviens également dans les lycées pour parler du harcèlement, de la drogue, de la prostitution, tout ce qui peut intéresser les jeunes », souligne la juriste.

« Est-ce que les relations entre les matons et les prisonniers existent vraiment dans la réalité ? », interroge un spectateur dans la salle, ouvrant le défilé des questions. La bâtonnière acquiesce. « Oui, on vit dans un milieu fermé. Donc il peut y avoir une relation qui se noue entre les prisonniers et les surveillants. Souvent, c’est aussi pour apaiser les tensions. »

« Mais qu’est-ce qui est mis en place pour éviter la corruption des gardiens ? » La situation mérite un éclaircissement, Brigitte Campos Wallon nous répond : « c’est une question de confiance, de probité, d’honneur. Bien sûr, le surveillant peut être poursuivi et perdre son travail. C’est puni par la loi, donc c’est ça qui fait que, normalement, l’État ne doit pas être corrompu. »

Brigitte Campos Wallon face aux lycéens

Une jeune fille au premier rang questionne la bâtonnière sur son quotidien d’avocate. La juriste s’est spécialisée dans le droit de la famille et des personnes. « J’ai créé une association qui s’appelle Avocat Défense Enfant », explique Brigitte Campos Wallon, très sensibilisée aux droits de l’enfant, qu’il soit auteur ou victime. L’avocate intervient aussi sur les successions, les séparations, les requêtes devant le juge pour les droits de garde, de visite ou d’hébergement. 

« Je fais aussi du pénal et je choisis mes affaires », affirme-t-elle. Si elle a déjà représenté en justice des meurtriers et des braqueurs, elle n’a jamais défendu un violeur ou un agresseur d’enfant. Dans ce cas, la bâtonnière sollicite un avocat parmi les 366 robes noires que compte le département. « Il y a des volontaires pour défendre n’importe quelle cause. »

« Est-ce que vous avez déjà eu peur ? », lance un autre élève. « Ça m’est arrivée. J’ai déjà été prise en otage par des braqueurs. » Les lycéens sont scotchés. Les quatre braqueurs ont profité d’une confrontation dans le cabinet du juge d’instruction pour tenter de s’évader. « On m’a aussi menacée, moi et ma famille », ajoute la bâtonnière, qui ne pratique pas un métier sans risque.

Cours d’appel, prud’hommes, cassation : panorama d’une justice méconnue

« Est-ce que vous pourriez expliquer les différents tribunaux que l’on peut trouver en France ? », formule Jean-Jacques Martinez, chargé de l’animation au sein de l’Institut Jean Vigo. « Tout en haut, il y a la Cour de cassation, la juridiction la plus élevée. Ensuite, il y a les Cours d’appel, c’est quand on n’est pas content d’une décision », schématise la bâtonnière. « C’est la deuxième division des juridictions. Ils rejugent l’affaire. Tout en bas, il y a les tribunaux judiciaires. Avant, c’était les tribunaux de première instance. » Les tribunaux judiciaires sont composés de plusieurs chambres : la chambre de la famille, la chambre correctionnelle, la chambre civile… Il y a aussi le conseil des prud’hommes pour les salariés.

« Est-ce que des mineurs peuvent aller en prison ? », demande un lycéen. « Bien sûr. À partir de 13 ans, un mineur peut aller en prison pour des faits graves, des crimes. Il peut faire de la préventive aussi », répond l’avocate. La détention provisoire, anciennement « préventive », consiste à incarcérer une personne avant son procès pour les besoins de l’instruction.

Le défilé des questions reprend : « Est-ce qu’un avocat commis d’office sort forcément de l’école ? » Brigitte Campos Wallon répond par la négative. « Non, pas du tout. Je peux même me porter volontaire si je ne trouve pas d’avocat. D’ailleurs, quand on sort de l’école, on n’est jamais désigné en condition d’office, puisqu’il faut faire un tutorat, c’est-à-dire qu’il faut, pendant six mois minimum, voir toutes les affaires criminelles. » Pour rappel, un avocat commis d’office est un avocat désigné par le bâtonnier en vue de représenter une partie qui n’a pas d’assistance à son procès.

Au tour d’une jeune femme d’interroger la bâtonnière sur un phénomène peu connu du grand public : l’état de sidération des victimes. « La sidération peut toucher les victimes d’inceste, d’agression, d’un crime, d’un viol… Elles peuvent être totalement bloquées et vont se refermer. La sidération, c’est le fait de ne pas pouvoir bouger. » Une réaction physiologique qui est maintenant reconnue par la justice. Le 11 septembre 2024, la chambre criminelle de la Cour de cassation établissait que l’état de sidération peut caractériser une absence de consentement, dans les cas de viol ou d’agression sexuelle.

La Semaine du film judiciaire se poursuit à l’Institut Jean Vigo

« C’est un rendez-vous incontournable à destination des jeunes citoyens de notre département ; tant au niveau culturel que judiciaire », partage le CDAD dans un communiqué. « Accessible à tous, attractif et pédagogique, cette manifestation se donne pour objectif d’éclairer par le cinéma un univers juridique, qui interroge à travers une programmation de cinq films ; et qui reste en définitive assez méconnu du plus grand nombre, et des jeunes en particulier. Un débat constructif est organisé après chaque projection entre un professionnel du droit (avocat, magistrat), et le public, afin de poser un nouveau regard sur la réalité du monde judiciaire français. »

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Célia Lespinasse