Shirley Souagnon, une stand’upeuse singulière !

Shirley Souagnon, un OVNI dans le paysage humoristique français. « Femme, Lesbienne et Black » comme elle aime à se revendiquer a eu la gentillesse de répondre à quelques questions lors de son passage dans le Soler Comedy Club. Du stand-up en France, à l’ambiance d’après attentats en passant par sa relation au temps présent, passé et futur, Shirley s’est livrée dans une interview intimiste.  À 30 ans elle se dévoile de plus en plus sur scène en dépeignant la société française avec justesse et humour.


« Il n’y a pas d’humour féminin, il y a un humour d’être humain ! »
« J’ai constaté que les garçons aussi parlaient de relations homme-femme, ce n’est pas lié au sexe de la personne mais plus à un style. Aujourd’hui, je regrette qu’il n’y ait pas plus de femmes humoristes sur scène notamment sur ce qui est ma discipline le stand’up. Parce que c’est une discipline où pour le coup on se met vraiment à nu. On ne joue pas de personnage, il n’y pas d’accessoires, c’est vraiment soi en tant que femme. Le standup sera vraiment installé en France quand il y aura des femmes stand’upeuse. Ca manque de femmes mais il n’y a pas d’humour féminin ».

Le chainon manquant entre les hommes et les femmes ?
Un look androgyne, un coming-out revendiqué, et le titre de son 3ème opus (Monsieur Shirley), un mélange des codes masculin-féminin, Shirley Souagnon a l’impression d’être le chaînon manquant entre les garçons et les femmes qu’elle côtoie.

« Ce qui se passe sur scène est différent de ce qui se passe dans les coulisses. En coulisses, une femme reste une femme et on la considère comme une femme. Et c’est là que je suis un lien entre les potes humoristes et les filles. Moi j’ai pas ce problème avec les gars ni avec les filles, je suis un peu dans les deux camps. Du coup je suis une personne qui peut aider à montrer que cela se passe uniquement dans la tète des uns et des autres ».

De Shirley à Mister Souagnon
« Mon premier spectacle parlait du discount, des pauvres, des ONG dans la rue. Il abordait la différence extrême qu’il y a entre les américains et les français mais il n’évoquait pas du tout ma sexualité. Mon 2ème spectacle commençait à en parler et avec mon 3ème c’est encore autre chose. Parce que là, je commence à parler de 3ème genre presque. Je me dévoile plus au fur et à mesure des spectacles. Je pense qu’il y a forcément des sujets récurrents dans la carrière d’un humoriste, des choses qui nous hantent un peu mais je crois que je n’ai pas de sujets de prédilection à part la mort, je crois que cela va me suivre jusqu’à ma mort. »

♦ Une philosophie de vie « On Time »
« Et le futur ? Le futur n’existe que dans nos têtes. On se dit « tiens demain qu’est ce que je vais faire ? » Ce qui existe vraiment c’est là maintenant, et le présent, le passé et le futur ne sont que des notions. Même si je prévois le lendemain, c’est la façon de l’aborder qui compte car il ne faut pas qu’il nous hante. Si on a rate un objectif, il faut pas se dire qu’on est nul. C’est chaque pas qui est intéressant, pas l’objectif même si effectivement il faut pouvoir jouer avec le temps. C’est pour ça que j’ai appelé ma société « On Time » (à l’heure) … à l’heure qui me convient. »

♦ La télévision, cauchemar du Stand’Up ?
« L’humour c’est comme le bon vin, plus t’es vieux meilleur tu es.
 Les humoristes sont de la chair à canon, ils

sont devenus les nouveaux chanteurs de RnB », explique celle qui est passé par le Jamel Comedy Club ou l’émission de France 2, On ne Demande qu’À en Rire (ONDAR). « On est là pour faire un métier qui est sur scène, avec des gens et ça prend beaucoup de temps. C’est pour ça que je suis bien moins pressée aujourd’hui ».

« ONDAR c’est la pire émission qui puisse exister pour un humoriste ! Ça te dirait d’écrire un sketch en une journée, de passer à la télé et d’être jugé par des mecs qui font pas d’humour et après quand tu rentres chez toi sur internet de recevoir des insultes, est-ce que ça te tente ? Non ? Bon, ok on va faire comme ça alors … »

L’humoriste déplore ce monde du showbiz régit par l’appât du gain, où l’on ne donne pas le temps à l’artiste de grandir, de se forger une identité. « Moi je pensais être humoriste et qu’on allait tous s’amuser, se tenir la main et faire la ronde et en fait c’est du business. Mais cela m’a aidé à comprendre qui j’étais et je suis très heureuse d’avoir pu rencontrer un public, car derrière l’écran se sont des êtres humains qui ne sont pas au courant du système »

La névrose de l’artiste qui pousse à monter sur scène
Pour Shirley, « c’est la souffrance que tu accumules, l’hypersensibilité qui font que tu as envie de monter sur scène et d’en rire pour désamorcer » et « la télévision a tendance à sublimer cette névrose, et c’est hyper dangereux » insiste-t-elle

Quand on lui rappelle que d’autres pour répondre à cette névrose font un travail de psychothérapie, elle réagit immédiatement « Mais moi aussi je l’ai tenté, et puis j’ai arrêté après m’être rendu compte qu’ils étaient bien plus fous que nous » (rires). En fait je voulais faire un pause de deux mois car je partais en tournée. Et là, la discussion a été hallucinante… J’ai fini par comprendre le délire, 30 minutes pour 60€ ! »

Parmi ses « névroses », Shirley nous explique dans son spectacle que son iPhone est devenu la nouvelle drogue : « ça donne le cancer et c’est cher. Avant t’étais en galère de clopes et maintenant tu cherches un chargeur ».

« À Paris, avant les attentats, il y avait une tension terrible ! »
Interrogée sur les évènements de Charlie et les premiers attentats parisiens, l’humoriste se souvient : « Ça avait changé avant … Je trouvais qu’il y avait une tension terrible. J’avais l’air d’une folle dans Paris, parce que je n’arrêtais pas. J’étais là, ça sent la merde, ça sent la merde. Paris, c’est déjà tendu à la base mais là c’était au-delà. J’étais trop devant BFM toute la nuit et pendant 2 secondes, je voulais plus remonter sur scène. »
Puis elle a réagi en proposant à ses amis humoristes:  » On prend le sonar (salle qui est dans une cave à paris) et on joue toute la nuit. Et tous ceux qui veulent passer peuvent jouer. Si j’avais pu, je serai allé jouer au Bataclan pour donner des bonnes ondes toute de suite. »

Une personnalité singulière parmi les humoristes
« Je fais encore les premières partie des copains, je n’ai pas d’ego là dessus. Dans le paysage humoristique français, j’ai du mal à m’identifier. Je suis noire, homo et j’ai des dreads. Et je n’ai pas non plus envie que quelqu’un d’autre s’identifie à moi. Faut qu’on s’apporte les uns, les autres un peu comme dans un couple. Quand t’es en couple, tu finis par faire qu’un. Alors que le but, c’est de se complémenter, pas de s’écraser. »

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