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Avis de tempête sur les Pyrénées-Orientales : ces vents qui font l’histoire d’un département

Depuis début 2024, on compte plus de 150 jours de tramontane dans les Pyrénées-Orientales

Une tempête importante est annoncée pour ce jeudi 12 février 2026, rappelant les mauvais souvenirs de la tempête Klaus en 2009. Quelle est l’histoire de ces tempêtes ? Connaît-on vraiment les vents qui balayent les Pyrénées-Orientales ? De la tramontane au marin en passant par le vent d’Espagne, ils ont façonné paysages et même constructions, fait l’objet de records, marqué une identité. Regards sur le souffle catalan.

Des rafales à plus de 120 km/h pourraient balayer Perpignan ce jeudi 12 février. Selon Florence Vaysse, référente territoriale de Météo France, le vent va progressivement se renforcer dès ce mercredi 11 février avec des rafales de 80 à 90 km/h.

« Il y aura un deuxième passage perturbé avec des pluies et de la neige à basse altitude dans la nuit de mercredi à jeudi, puis nous allons avoir une montée de vent d’ouest très rapide, qui va arriver jusqu’au niveau tempête. » Fait exceptionnel, le nord de Perpignan sera plus touché encore que la côte rocheuse, très exposée d’ordinaire.

Depuis 1892, la base de données de Météo France a recensé 117 évènements de vents forts et de tempêtes sur les Pyrénées-Orientales. Lors de la tempête Klaus en 2009, le record local historique avait été atteint au cap Béar (Port-Vendres) avec des pointes à 191 km/h. C’est encore loin d’autres records en métropole, avec un incroyable 320 km/h au Mont Ventoux en 1967, ou 220 km/h à la pointe du Finistère en 1987. Au niveau mondial, il faut se tourner vers les tornades de l’Oklahoma aux Etats-Unis pour trouver les vitesses maximales, dépassant les 500 km/h.

Quelques tempêtes qui ont marqué les Pyrénées-Orientales

– 19 août 1987 : surnommée « trombe de Rivesaltes », une tornade arrache des vignes et des poteaux, détruit une maison à proximité de Salses-le-Château.
– 17 décembre 1997 : deux jours de tempête ravagent le département, entraînent des submersions marines et causent des dégâts considérables.
– 24 janvier 2009 : la tempête Klaus, plus violente connue dans le département, nécessite 2300 interventions des pompiers. Les dégâts sont estimés à 1,5 million d’euros.
– 7 janvier 2018 : une tornade traverse Maureillas, Fourques et Saint-Jean-Pla-de-Corts, causant des dégâts sur plus de 70 toitures.
– 3 février 2019 : la tramontane se déchaîne avec des rafales à plus de 160 km/h, impliquant des encombrements sur l’autoroute et des fermetures de station de ski.

Prendre la tram à Perpignan

Perpignan compte parmi les villes de France avec le plus de jours de vent violent. La moyenne dépasse les 130 jours de vent à plus de 57 km/h. C’est aussi la plus grande ville de France avec le plus de jours de vents supérieurs à 100 km/h. Des années avec moins de journées venteuses pourraient laisser imaginer une diminution. En 2022, on compte ainsi seulement 90 jours de vent sur Perpignan. Pour Florence Vaysse, ce n’est en aucun cas une tendance, mais juste un témoin de la variabilité.

Relevé des jours de tramontane sur Perpignan © Météo France

« En 2025, on a eu très peu d’épisodes de tramontane, seulement 26 pour une normale de 40, on n’est pas loin du record de 2006 où on n’avait eu que 20 jours. Mais en 2023 et 2024 on a eu plus de 50 jours, c’est-à-dire deux mois de vent fort en tramontane à Perpignan. »

Dans le futur, en revanche, le vent pourrait diminuer. C’est bien plus incertain que les évolutions liées à la température, mais une étude de 2017 propose des simulations jusqu’à 2100 avec une tramontane moins fréquente, en particulier dans les scénarios avec de fortes émissions de gaz à effet de serre. Pour autant, pas de disparition totale du vent à l’horizon, en raison de la présence de relief. « Tant que les Pyrénées et le Massif central ne seront pas rabotés, s’amuse Florence Vaysse, il y aura toujours des épisodes de vent fort dans nos régions méditerranéennes ! » Contrairement aux épisodes pluvieux qui deviendraient plus intenses, il n’est pas en revanche établi qu’il y aurait une augmentation des tempêtes de type Klaus à l’avenir.

Le vent reste l’un des paramètres les mieux anticipés par Météo France, avec des modèles atteignant 14 jours d’avance. Il s’agit d’équations alimentées par diverses données (satellites, relevés locaux etc). L’intelligence artificielle n’est pas encore employée en la matière. On localise bien mieux les « veines de vent » que les zones de fortes pluies. Seuls les phénomènes de très petite échelle, c’est-à-dire de moins d’un kilomètre, échappent aux systèmes de prévision. C’est ce qui rend les renforcements de vents orageux ou les tornades très difficiles à anticiper.

La vie des Catalans a été pensée en fonction du vent. Et nous sommes loin de la seule tramontane, même si c’est clairement le vent dominant, avec le marin en deuxième place. Pas moins de 16 vents locaux avaient été recensés par l’encyclopédiste Honorin Victoire. Des noms d’usage qu’on a souvent du mal à départager, le vent soufflant rarement en ligne droite. Certains vents changent même de nom selon ce qu’ils traversent. Ainsi notre fameux vent marin se change en « vent d’autan » quand il poursuit dans les terres. Quand il vient du Sahara, il est appelé le sirocco et dépose du sable sur nos voitures. Contrairement à l’idée reçue, nous avons aussi le mistral, qui n’est pas réservé à la Provence, c’est le Maèstral en catalan. Quant au narbonès, qui fait partie des bises, il est souvent confondu avec la tramontane. Le vent qui frappe la barrière des Albères crée parfois un effet de « fœnh », avec de soudaines différences de pression et un effet sec et chaud sur le versant descendant.

Les astuces des anciens

Nos végétaux supportent des rafales de 120 km/h, là où ils cassent en Aquitaine. Les vents ont même donné leurs noms à des mas ou des sites naturels. On a ainsi un pic des Treize Vents. L’architecture catalane a été pensée en conséquence. Abris et bâtiment agricoles tournaient le dos aux bourrasques. Les haies de peupliers, cyprès et roseaux protégeaient les récoltes. Des évidences parfois oubliées dans les aménagements modernes.

Nos anciens avaient aussi leurs propres astuces pour reconnaître la venue du vent. Celui arrivant d’Espagne serait annoncé par des nuages lenticulaires chapeautant les Albères, au niveau du Neoulous. D’autres rumeurs moins vérifiables racontent que les cheveux deviennent électriques en cas de vent sec ou frisottent à l’approche du vent humide. L’observation des animaux donnerait aussi des indices, avec par exemple les chevaux qui se positionnent croupe au vent, les abeilles qui regagneraient la ruche, et bien sûr les mouettes qui gagnent les terres… Certaines idées reçues sont en revanche aisées à démentir. On raconte par exemple que la tramontane souffle par série de 3, 6 ou 9 jours. Mais les statistiques météorologiques ne le confirment pas.

Quoi qu’il en soit, prudence. Garons nos meubles de jardin et abritons-nous. Le vent est encore loin d’avoir disparu du pays Catalan.

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