Théâtre de l’Archipel – Kingdom, “Bananophobes” s’abstenir

Kingdom est un royaume. Un royaume où l’on apprend que ce n’est pas la pomme croquée par Eve qui a changé le monde. Mais bien la banane ! Et si, c’était le cas, posséderions nous aujourd’hui des téléphones siglés d’une banane amputée ? Ce spectacle multilingue surtitré est tout à la fois instructif, drôle et affolant. La pièce a été lauréate en 2015 du Lion d’argent à la Biennale de Venise et prix de la ville de Barcelone en 2016. Elle sera encore à l’affiche ce 29 mai au Théâtre de l’Archipel. Un spectacle qui fera datte … comme un autre fruit.

♦ Le capitalisme théâtralisé

Devenu de part sa forme un objet sexuellement connoté, ce fruit ne pousse que sous des latitudes tropicales. Son importation dans les pays industrialisés débute en 1871. Minor Cooper Keith ira même jusqu’à établir une liaison par chemin de fer avec le Costa Rica. C’est lui qui développe les premières plantations à grande échelle. Il inonde le marché de ce succulent fruit gorgé de sucre.

Cette épopée, les comédiens d’Agrupación Señor Serrano la reconstituent dans les moindres détails via une caméra et des modèles réduits. À partir de ce simple fruit, la troupe digresse sur notre passage d’humains à consommateurs. Pour le plus grand bonheur du capitalisme et des hommes d’affaires.

À la fin du XIXème siècle, la banane, pourtant géographiquement si lointaine, devient une denrée de consommation courante. Elle inonde le marché et son prix est même inférieur à celui des fruits produits localement. Selon Wikipédia, Minor Cooper Keith fonde sa société, et agit au Costa Rica comme “une puissance néo-coloniale au pouvoir politique énorme pendant 70 ans”. Le régime politique qui en découle est même à l’origine de l’expression “république bananière”. Expression qui évoque une forme de gouvernance dictatoriale et corrompue.

♦ La banane et King Kong

Au-delà du simple fruit, la troupe extrapole sur notre humanité devenue toute-puissante, exigeant tout, tout de suite, fière de se comporter comme le roi Kong. King Kong qui effraya génération après génération grâce aux nombreuses reprises du film originel. Un long-métrage inspiré par un monstre à l’apparence d’un gorille géant. King Kong fut porté à l’écran pour la première fois en 1933 par Mérian Cooper.

Alex Serrano, Pau Palacio et Ferran Dordal, créateurs de la pièce, font de King Kong la personnification de nos plus vils instincts. La virilité à laquelle l’Homme aspire, la puissance destructrice de ce que nous croyons être nos besoins. Comme une envie de banane créée de toute pièce par un riche businessman.

♦ Prestation scénique où se mêlent musique, texte, effets spéciaux, vidéo…

Selon la compagnie : “Kingdom continue d’exploiter l’idée de cinéma-en-temps-réel. La dramaturgie se déroule à travers la superposition de différentes images présentées principalement au moyen de vidéocaméras, de maquettes et de projections.

Mais cette fois, la compagnie présente une extension de son langage scénique grâce à un dispositif qui mise résolument sur les éléments créés en direct. La musique, la performance et le mouvement complètent harmonieusement les objets et les projections vidéo. Dans Kingdom, l’espace scénique est occupé par de grandes tables remplies d’objets servant à raconter l’histoire.

Les interprètes, emballés et mordants, se déplacent dans ce dispositif avec précision et impudence, projetant le montage scénique dans une nouvelle dimension. Plus d’objets, plus d’artistes, plus de musiciens, plus de danseurs, plus d’espace scénique. En résumé, Kingdom s’engage à mettre la barre plus haut, à projeter le discours de la compagnie vers le moyen et le grand format.”

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