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Toujours plus de logements, mais pour qui ? Le littoral catalan en mutation

Une étude publiée par l’Insee dresse un panorama du littoral d’Occitanie. La côte catalane y apparaît marquée par une multiplication des logements, le vieillissement des habitants et les difficultés croissantes des travailleurs pour se loger. Décryptage.

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Une succession de mutations. Sur les cinquante dernières années, la population des communes côtières d’Occitanie a connu une croissance spectaculaire, portée par l’attractivité de la Méditerranée. Mais derrière le succès des destinations touristiques, les équilibres ont fortement bougé au fil du temps. Logement, démographie, emploi, climat : une nouvelle étude de l’Insee, publiée le 8 octobre, dessine les contours d’un littoral régional sous pression. Et les Pyrénées-Orientales n’échappent pas à ces bouleversements.

Des résidences secondaires toujours plus nombreuses

Désormais, les logements poussent plus vite que les habitants. Depuis 1975, le parc immobilier du littoral occitan a triplé, alors que sa population a seulement doublé. En 2023, l’Insee y recense 465 000 logements. Et parmi eux, près de la moitié (47 %) sont des résidences secondaires, soit quelque 218 000 logements. Une particularité qui fait du littoral occitan le champion de France des résidences secondaires, en proportion du parc immobilier.

Dans les Pyrénées-Orientales, Le Barcarès et Saint-Cyprien incarnent ce modèle. Ces deux stations balnéaires font partie des sept communes aménagées dans le cadre de la mission Racine, lancée dans les années 1960 pour développer le tourisme. Dans cet ensemble de stations, plus de sept logements sur dix sont aujourd’hui des résidences secondaires.

Mais toutes les communes ne suivent pas la même trajectoire. À Argelès-sur-Mer, le mouvement est inverse : une partie des résidences secondaires a été transformée en logements à l’année.

Un littoral qui vieillit, des jeunes qui partent

Une autre transformation majeure apparaît. Les habitants prennent de l’âge. En 2023, près d’un habitant sur trois du littoral occitan (31,7 %) a 65 ans ou plus. C’est nettement supérieur à la moyenne régionale (23,8 %). Dans les sept stations de la mission Racine, dont Le Barcarès et Saint-Cyprien, c’est même la moitié des habitants qui ont plus de 59 ans.

Le littoral continue d’attirer de nouveaux habitants, mais surtout des personnes proches de la retraite ou déjà retraitées. À l’inverse, à l’échelle du littoral occitan, les départs des 18-34 ans sont plus nombreux que les arrivées. Conséquence : les décès dépassent désormais les naissances. Et le phénomène est particulièrement marqué dans les communes littorales des Pyrénées-Orientales, souligne l’Insee.

Le territoire continue pourtant de gagner des habitants, grâce aux nouvelles installations. Une croissance qui masque donc un profond déséquilibre générationnel. Avec, à la clé, de nouveaux enjeux : accès aux soins, maintien à domicile, accompagnement des personnes âgées. 

Des touristes à accueillir, des travailleurs à loger

L’étude montre ensuite tout le paradoxe du littoral. Les logements destinés aux vacances occupent une place considérable, mais les personnes qui travaillent sur place ont de plus en plus de difficultés à s’installer. Les résidences secondaires et les locations saisonnières concurrencent les besoins des habitants permanents. Résultat, seulement 3 % des logements sont vacants sur le littoral occitan, tandis que les loyers et les prix de vente figurent parmi les plus élevés de la région. Une contradiction d’autant plus forte que l’économie locale dépend largement du tourisme. Sur l’ensemble du littoral occitan, un emploi sur six (17,5 %) est directement lié à la présence des visiteurs. 

Pour autant, tourisme ne rime pas nécessairement avec prospérité. Le littoral occitan est le troisième littoral le plus pauvre de France métropolitaine, derrière ceux des Hauts-de-France et de Corse. En 2021, 17,9 % de ses habitants vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 14,5 % en France métropolitaine.

Dans les sept stations issues de la mission Racine, dont celles du Barcarès et de Saint-Cyprien, ce taux grimpe à 19 %. Les jeunes sont particulièrement exposés. Et le chômage demeure élevé. Il touche 15,8 % des actifs du littoral occitan en 2023, contre 12,5 % à l’échelle régionale. 

Le changement climatique, une pression supplémentaire

Au vieillissement et aux tensions immobilières s’ajoute désormais le défi de l’adaptation au dérèglement climatique, montre l’étude. Entre érosion, submersion marine, inondations, sécheresses, fortes chaleurs… les menaces se multiplient. 

Selon l’Insee, entre un tiers et la moitié du linéaire côtier des départements littoraux d’Occitanie a reculé entre 1950 et 2020. Le phénomène pourrait s’amplifier dans le futur. L’institut insiste tout particulièrement sur le cas des Pyrénées-Orientales, qu’elle juge particulièrement exposées à ces défis climatiques. La question de l’eau devient elle aussi centrale, à l’heure où la ressource manque mais que des projets d’ampleur continuent d’être annoncés, comme au Barcarès où un Club Med de 400 chambres doit sortir de terre. De quoi poser la question de l’avenir d’un modèle construit autour du tourisme de masse. Comment continuer à accueillir autant de visiteurs tout en préservant les ressources naturelles ? 

Soixante ans après les grands aménagements touristiques de la mission Racine, le littoral catalan doit désormais composer avec les conséquences de son attractivité. Et préparer son avenir dans un environnement profondément bouleversé.

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Sébastien Leurquin