À Villeneuve-de-la-Raho, le projet de golf continue de diviser, deux ans après les dernières manifestations. Les promoteurs immobiliers ont commencé les travaux de terrassement du complexe sportif et immobilier porté par la mairie. Mais un recours administratif demandé par les collectifs anti-golfs auprès du préfet des Pyrénées-Orientales pourrait continuer de ralentir le projet, à quelques semaines des élections municipales. Un article de Ryan Vermont, étudiant en sociologie à l’Université de Perpignan Via Domitia.
Le soleil est déjà haut au-dessus du lac de Villeneuve-de-la-Raho. Une légère brise accompagne la marche des promeneurs qui partagent leur chemin avec des joggeurs de la première heure et quelques cyclistes. Non loin de la plage, la route départementale rappelle que le temps n’est pas suspendu. Tout près, d’immenses travaux sont en cours. Sur l’un des chemins, on devine les traces de pneus des engins de chantier qui rejoignent ce qui sera peut-être un jour un terrain de golf de 18 trous.
Sur cet espace de 150 hectares, où aurait dû ouvrir un vaste complexe immobilier au dernier trimestre de 2025, il n’y a pour l’instant qu’un terrain vague. Ce projet, porté par la maire (LR) Jacqueline Irles depuis une vingtaine d’années, peine à sortir de terre. Pas de greens, ni de fairways, avant le printemps 2028 selon le planning prévisionnel des travaux.
« Le golf n’est toujours pas sorti »
Après une semaine pluvieuse dans le Roussillon, c’est sur un chemin escarpé et légèrement boueux que Joan Nou, coordinateur du mouvement citoyen #Agissons, observe l’avancée des travaux. Militant de la première heure contre ce projet d’aménagement, il alerte : « malgré les pluies, les nappes sont encore critiques. On aura d’autres problématiques d’eau dans les années à venir ».
Selon les études prospectives Eau’Rizon 2027, ce projet d’envergure nécessite près de 1.100 m3 d’eau par jour, avec des pointes à 1.700 m3 en été. « L’eau, c’est vraiment quelque chose que l’on doit préserver et non pas pour ce type de projet », affirme-t-il. À quelques kilomètres, dans le village de Montescot, en 2023, la sécheresse avait contraint le préfet à interdire l’arrosage des pelouses dès le printemps.

Face à ces inquiétudes, les promoteurs GGL et Belin continuent de mettre en avant la promesse d’une alimentation en eau provenant à 100% des stations d’épuration. Un argument que le militant balaie aussitôt : « on se fout de nous ! », s’exclame Joan Nou. « Vu la surface et le nombre de maisons qu’il va y avoir, la réutilisation des eaux ne sera pas suffisante ». Mais derrière la bataille des chiffres, une contrainte administrative pèse lourd : le traité de concession fixé par la préfecture. Il impose que le golf soit construit en amont de la commercialisation des parcelles immobilières. « Pour que le projet immobilier se fasse, qui est le projet qui rapporte le plus, il faut que le golf sorte en premier », affirme le militant.
À l’entrée du village, une pancarte de promotion : « Ici face au golf, terrains d’exception – À bâtir selon vos envies. » est positionnée près d’un rond-point. « Ce rond-point est la seule infrastructure à avoir été réalisée jusqu’à présent », remarque Joan Nou. Un maigre résultat pour un projet annoncé pour le quatrième trimestre de 2025 selon cette même pancarte.
Un projet ralenti par les recours juridiques
Après le prolongement de 5 ans de la Déclaration d’utilité publique (DUP) et le lancement des travaux en novembre 2023, le projet se heurte à une contestation croissante. Les mobilisations de 2024 ont porté le mouvement. « On a quand même mis 5.000 personnes dans les rues. Malheureusement, on n’a pas été entendus », rapporte le militant.
Depuis, les contestations ont nettement perdu en nombre et en force de frappe. Joan Nou le reconnaît, mais il reste confiant pour l’avenir écologique de la région. « Il y a des choses positives qui émergent. Je pense que, sur les eaux utilisées, on a pris conscience qu’on en avait besoin ». Pour lui, l’enjeu dépasse le seul projet de golf : « on doit être pilote sur l’économie de l’eau ». Pour autant, il ne se résigne pas à l’abandon de la contestation. « C’est dommage, mais c’est comme ça. On continuera de toute manière ».

Depuis 2024, les travaux battent de l’aile. « Le projet est ralenti, clairement. Il y a encore des recours administratifs par rapport à la DUP, rapporte Joan Nou. Nous avons demandé au préfet d’agir ». Les associations opposées au projet, #Agissons, Pays Catalan Écologie et Frene 66, ont saisi, au début de l’année 2024, Yohann Marcon, alors sous-préfet des Pyrénées-Orientales. Elles lui ont signalé des suspicions de délits de prise illégale d’intérêts, de détournement et de fraude au marché public, liées à des transactions autour de la réalisation du complexe golfique. L’ancien sous-préfet a alors déclenché l’article 40 du Code de procédure pénale. Cet article lui impose, en tant qu’autorité ou fonctionnaire ayant connaissance d’un crime ou d’un délit, d’en informer sans délai le procureur de la République.
À l’approche des municipales, un enjeu pour la maire sortante
Alors que le chantier piétine, une autre échéance se rapproche à grands pas : celle des élections municipales. Jacqueline Irles, maire (LR) de la commune depuis 2008, ne mentionne pas explicitement le projet dans les éléments de campagne rendus publics à ce stade. Maintenant, rien ne semble contre-indiquer une modification de sa ligne, qui est toujours restée nettement favorable au projet.
« Elle souhaitait faire un poumon vert, chiche, faisons un vrai poumon vert », interpelle Joan Nou. Reste à savoir s’il deviendra un enjeu central du scrutin et s’il structurera l’émergence d’une opposition municipale autour de cette question. De leur côté, les groupes de promoteurs immobiliers sollicités n’ont pas répondu à nos demandes. Tandis que la mairie de Villeneuve-de-la-Raho a indiqué ne pas souhaiter s’exprimer sur ce dossier en période de campagne électorale.
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