Les inégalités façonnent le monde agricole des Pyrénées-Orientales. Une récente étude de l’INSEE compare les revenus des agriculteurs en France. Au niveau local, ceux de la plaine et du littoral maintiennent un niveau de vie correct, tandis que les agriculteurs des zones montagneuses restent plus pauvres. Un schéma à nuancer, surtout au vu des récentes crises climatiques et sanitaires.
Deux mondes agricoles se dessinent dans le département. Une étude de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), basée sur le recensement agricole de 2020 du ministère de l’Agriculture, révèle la disparité de revenus au sein du département. D’un côté, la plaine du Roussillon et la région viticole du Banyuls se démarquent par un revenu élevé. De l’autre, le Vallespir, les Albères et le Conflent affichent des revenus moindres. À titre d’exemple, en 2020, dans le Conflent, le revenu médian d’un agriculteur est 28 % en dessous de la moyenne locale. Sur la plaine du Roussillon, les agriculteurs gagnent 13% de plus que le reste de la population.
« Nos élevages sont fragiles »
Pas de surprises. Ces disparités s’expliquent en partie par le type de culture de ces territoires. La plaine et le littoral sont viticoles, or, c’est le secteur le mieux rémunéré au niveau national. Le revenu médian des viticulteurs est de 27 000 euros par an, c’est-à-dire que la moitié gagne moins, l’autre plus. À l’inverse, le Conflent et le Vallespir, terres d’élevages, sont à l’image du revenu des éleveurs, parmi les moins bien lotis, qu’ils soient bovin, ovin ou caprin.
La conjoncture locale ne fait pas exception. « Nos élevages sont très fragiles parce qu’il y a beaucoup de charges de structures avec des coûts de production élevés et donc des heures de travail qui ne sont pas du tout valorisées », explique Carine Cecchinato, cheffe de service à la Chambre d’agriculture.
Des revenus agricoles avant tout instables et précaires
L’INSEE précise toutefois que les données agricoles fluctuent bien plus d’une année sur l’autre que pour le reste des ménages. Au gré des intempéries et des conjonctures économiques, leurs rendements changent drastiquement. Pour ce qui est du secteur viticole par exemple, cette étude de 2020 ne prend pas encore en compte la sécheresse de 2023. Si au début de la décennie, la viticulture se portait relativement bien, le paysage est tout autre en 2026. En un an, après le plan d’arrachage de 2024, 14 % du vignoble a disparu selon la Chambre d’agriculture.
« La viticulture connaît une crise sans précédent. Le revenu des vignerons est en chute libre. En 2020, le scénario était plutôt favorable, même si le marché se tendait déjà, notamment à l’export. Aujourd’hui, on en arrive à la crise », ajoute Carine Cecchinato.
Les catastrophes successives ont renforcé les inégalités. L’élevage a lui aussi fait face à une série de revers. La fièvre catarrhale ovine qui a sévi en 2024 puis la dermatose nodulaire bovine qui a conduit à l’abattage de plus de 500 bêtes en 2025. Face aux difficultés propres à chaque secteur, la Chambre d’agriculture s’adapte. « Chaque filière est accompagnée avec des outils différents en fonction des crises successives », détaille Carine Cecchinato.
Sur le long terme, un espoir se porte sur la réforme de la PAC (Politique agricole commune fixée par l’Union européenne). Elle pourrait permettre d’assurer un revenu minimal aux systèmes d’exploitation fragiles. Si les inégalités persistent au sein du monde agricole, tous partagent une vulnérabilité croissante et cherchent à prendre appui pour s’assurer une stabilité dans les prochaines décennies.
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