Conscients d’une mixité sociale insuffisante au sein des établissements scolaires des Pyrénées-Orientales, les services de l’Éducation nationale veulent prendre l’initiative. Un plan a été esquissé lors d’un colloque consacré au sujet ce 10 juin. Il porte notamment le projet de création d’un réseau des collèges du département qui faciliterait les mobilités des élèves.
Les données sont de plus en plus nombreuses, les explications de plus en plus limpides. Restent les solutions à construire. Ce mercredi 10 juin, un colloque entendant réconcilier excellence et mixité sociale à l’école a réuni chercheurs, professeurs et cheffes d’entreprises. Un monde adulte qui a bien conscience d’avoir en main l’avenir des enfants du département. « Les adultes jouent un réel rôle, soit ils sont facilitateurs et arrivent à dépasser les stéréotypes, soit c’est de leur côté qu’apparaissent les difficultés », explique Isabelle Bertolino, docteure en science de l’éducation et de la formation.
La périphérie de Perpignan se tourne vers l’enseignement privé
Le constat est frappant à Perpignan : la disparité sociale entre les établissements atteint des records. En introduction du colloque, Thierry Dordan du pôle Évaluation et Diagnostic de l’académie de Montpellier, en dresse le portrait. Les indices de position sociale (IPS), qui indiquent le milieu social des parents d’élèves, sont les plus élevés au sud et à l’est de la ville, les plus bas se concentrent au nord et dans une « poche » du centre-ville, où se trouvent des quartiers prioritaires de la ville. Et cette géographie se superpose avec celle des établissements privés, plus nombreux dans les zones aisées. Les données récentes montrent également que l’éducation privée attire davantage les élèves habitant en dehors de Perpignan.
« La ville centre apparaît comme un repoussoir, explique David Giband, géographe. Dans nos enquêtes revient l’expression ‘ghetto éducatif’. »
Le chercheur explique comment parmi les arrivants dans les Pyrénées-Orientales, les classes moyennes s’installent en périphérie des villes. « Elles évitent le centre à la fois en raison de son offre d’habitat et de son offre scolaire. » Selon lui, le recours au privé est rarement un choix lié à la religion et à la volonté de donner à son enfant un enseignement catholique. Deux types de parents se distingueraient alors : les « craintifs », persuadés que l’école privée serait plus sûre, et les « stratèges », persuadés qu’elle serait meilleure.
Réaccueillir les élèves dans le public
Reste que de nombreux élèves, partis dans l’enseignement privé au primaire ou au collège, reviennent dans l’enseignement public au moment du lycée. « Nos établissements publics doivent pouvoir accueillir des élèves qui l’ont fui pendant peut-être maintenant plus de dix ans », explique Anne-Laure Arino, la directrice académique de l’Éducation nationale (Dasen). Pour elle, ces élèves doivent devenir prioritaires lorsqu’ils intègrent à nouveau l’école publique.
La représentante de l’Éducation nationale veut centrer son action sur le collège. Elle propose d’améliorer la mixité sociale au collège, sur les huit établissements perpignanais. « Cela veut dire que des deux côtés, la population bouge. » Les élèves des quartiers aisées comme ceux des quartiers populaires. Pour Anne-Laure Arino, il ne peut pas être question de fermer un collège en zone prioritaire pour en déplacer les élèves, comme cela peut être observé dans d’autres villes.
Un réseau d’initiative Mixité Excellence au collège
La Dasen veut créer un « réseau d’initiative Mixité Excellence » au sein des huit collèges de Perpignan. Derrière la déclaration d’intention, les modalités concrètes restent floues. « Au niveau du budget, on donne beaucoup aux établissements d’éducation prioritaires. Et c’est très bien comme cela. Je continuerai à le faire. Mais je crois qu’il faut aller vers autre chose qui va permettre aux enseignants d’avoir moins peur de sortir de cette éducation prioritaire et donc d’aller chercher une population qui va faire monter cette IPS. C’est là l’idée de ce réseau. » Un réseau qui sur le fond « reste à construire ». Anne-Laure Arino a appelé le personnel éducatif à s’en saisir.
« Ce n’est pas moi qui ferai cette politique publique. C’est vous tous, les enseignants au cœur de la classe, les associations, les inspecteurs. Vous êtes porteurs d’initiatives, de connaissances, d’expertise. C’est aussi ma reconnaissance envers le monde enseignant. »
La mixité sociale comme projet de territoire
La question des moyens alloués à l’Éducation nationale, et des décisions politiques se pose rapidement dans l’assemblée. Comme David Giband a tenu à le rappeler, « la mixité sociale n’existe pas en tant que telle, elle est soit une contrainte, soit un idéal républicain, et donc un projet de territoire. » Le plan se dessine discrètement dans les Pyrénées-Orientales, avec en ligne de mire : 2027, « il nous reste un an à partir de la rentrée prochaine », soutient Anne-Laure Arino.
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