À Perpignan, l’école de la Miranda, située au cœur du quartier prioritaire du Centre ancien, à Saint-Jacques, est un cas unique en France. Elle scolarise presque exclusivement des enfants de la communauté gitane. Plus de 20 ans après sa création, les services de l’Education nationale veulent repenser le projet de l’établissement.
L’école peut-elle lutter contre la ségrégation ? À Perpignan, l’école de la Miranda, au cœur du quartier Saint-Jacques, pose depuis 20 ans la question de l’éducation des enfants gitans qui y sont scolarisés. L’établissement est marqué par un fort taux d’absentéisme et un retard au niveau des acquis fondamentaux. Pour la directrice académique des services de l’Éducation nationale (Dasen) des Pyrénées-Orientales, c’est un projet d’école à repenser.
« Je voudrais revoir le projet de la Miranda dans les années à venir. C’est une école dans laquelle il n’y a pas de mixité et où les résultats ne sont pas à la hauteur de ce qu’on pourrait attendre pour des enfants, déclare Anne-Laure Arino. Quand la Miranda est créée en 2005, ça répond à un besoin fort. En 2005, le projet est pertinent. 21 ans après, je pense qu’il ne l’est plus. »
La Miranda, accueille quasi exclusivement des enfants issus de la communauté gitane. Une exception dans le paysage de l’Éducation nationale. Pour la Dasen, l’établissement doit intégrer des élèves de différents horizons. « On rêve d’universel. Comment on fait vivre des enfants de 3 ans ensemble ? », demande Anne-Laure Arino.
Une mixité utopique à la Miranda ?
Mais la mixité menace-t-elle la scolarisation des enfants ? Les professionnels de l’éducation partagent la crainte d’une désertion de l’école. « Cette école est rassurante parce qu’elle est au sein du quartier », détaille Lauriane Torvisco, directrice de l’établissement. Elle précise tout de même que, malgré les ateliers proposés par des institutrices au sein du quartier, il existe encore des enfants non scolarisés.
« On a un rôle primordial, mais précaire, et complètement décontextualisé », poursuit la directrice. Sans nier le retard, d’environ deux ans, qu’elle constate chez les élèves, elle voit bien comment ils ont besoin d’un accompagnement personnalisé. « On ne gère pas l’école de la Miranda comme une école ordinaire. » Selon les professionnels, la mixité sociale au sein de la Miranda pourrait bien menacer l’équilibre fragile de la scolarisation des enfants du quartier. Certains parents pourraient l’appréhender et décider de moins, voire de ne plus scolariser leurs enfants.
« La Miranda n’est pas désertique »
« Cette école a su créer du lien avec les foyers du quartier », reconnaît Médéric, médiateur urbain dans le quartier Saint-Jacques et au sein de l’école de la Miranda. « La Miranda n’est pas désertique », explique sa directrice. Si les taux de présence moyens sont de 20 % le matin et 80 % l’après midi, « c’est une moyenne, précise-t-elle. En réalité, c’est les montagnes russes. Pendant 5 mois de l’année, on a régulièrement 20 élèves par classe. » En prévision d’absences régulières, les effectifs par classe montent jusqu’à 32 élèves à la Miranda.
La Dasen n’appelle pas à un projet en dehors du contexte social local. « C’est du temps, des coûts, de concertation avec la municipalité et la préfecture, lié à une réflexion sur la mixité en ville, côté urbanisme. C’est tout ça qu’il faut engager. » Des pistes sont esquissées comme des liens renforcé avec l’école Arrels ou la mise en place d’une cantine au sein de l’école qui n’en dispose pas encore, mais le détail concret du plan reste à préciser. Plus de 20 ans après sa création, la Miranda continue de tenir sur un fil, fragile mais essentiel.
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