Article mis à jour le 26 août 2026 à 19:35
L’association contre l’exploitation animale L214 révèle les résultats de son enquête à l’abattoir de Perpignan. A l’appui de vidéos tournées dans l’établissement, les militants dénoncent des sévices infligés aux animaux et assurent que certains sont égorgés encore conscients ou découpés vivants. L’association porte plainte et demande la fermeture immédiate de l’abattoir. Jean-Claude Coulet, président de la Catalane d’abattage, réagit. La préfecture ordonne une inspection sans délai.
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En 2015, la Catalane d’Abattage, déménage pour des locaux modernes près de l’aéroport. L’établissement se veut dans le nec plus ultra de la conformité, avec une vigilance des services vétérinaires de la préfecture. Il fait la fierté des représentants de la filière, tels que le transformateur Bernard Guasch, l’un des administrateurs de l’abattoir.
L’association L214 souhaite exposer une réalité qu’elle considère toute autre. Sébastien Arasac, son cofondateur, raconte à Made in Perpignan ce signalement reçu en avril 2026 d’une personne ayant accès à l’intérieur de l’abattoir, qui mentionne des sévices contre les animaux. « Notre travail est ensuite de nous assurer que le témoignage est véridique. »
Ce mercredi 26 août, L214 dépose plainte au tribunal judiciaire de Perpignan, contre la direction de l’abattoir pour actes de cruauté, sévices graves et mauvais traitement sur les animaux. L’association demande la fermeture de l’établissement.
Avertissement : Made in Perpignan a fait le choix de ne pas montrer les images les plus choquantes. Photos et vidéos seront à retrouver sur le site de L214.
Les caméras dissimulées au plafond des salles de découpe
Il faut alors convaincre le lanceur d’alerte de cacher des caméras sur le site. A Perpignan, plusieurs caméras discrètes sont alors fixées en hauteur, sur les poutrelles. Durant trois mois, des heures et des heures de séquences parviennent à l’association, permettant de montrer des pratiques routinières.

Parmi les scènes, ces employés qui frappent les porcs à coups de poing dans les couloirs de déplacement, ou qui les aiguillonnent avec des matraques électriques. Ou encore ces moutons que l’on déplace en les balançant par une patte. Sébastien Arsac évoque des niveaux de violences différents selon les salariés de l’abattoir. Pour lui, faire de l’animal un adversaire, le rabaisser, est parfois une réponse psychologique permettant de supporter les conditions de travail difficiles et la détresse des bêtes.
« Quand on voit cette peur, cette panique, il faut se raconter une histoire, créer une dissonance cognitive par rapport à ses valeurs de bienveillance. »
Mais les sévices seraient aussi liés à la structure même des lieux. Les coups sont parfois donnés pour faire avancer les porcs dans des couloirs qui comportent des virages où ils se mettent en travers. Des problèmes que les services vétérinaires sur place, détachés par la préfecture, ont forcément remarqués d’après le militant. « Ils sont là tout le temps. Ils ne peuvent pas ignorer ce qui s’est passé à Perpignan. La violence sur les animaux est quand même à un niveau assez élevé. » Sur cinq agents du contrôle vétérinaire qui se relaient, au moins deux sont en permanence sur le site.
Des signes de conscience et de vie pendant la découpe ?
Viennent ensuite les conditions d’abattage. Autant les mouvements des pattes lors de la mise à mort peuvent être de simples réflexes, autant Sébastien Arsac assure repérer des signes de conscience. « Nous nous appuyons sur les travaux de Temple Grandin, experte internationale sur ces questions. » Respiration rythmique, relevés de tête, et mouvements des yeux seraient d’après lui remarqués et montreraient que les vaches saignées à Perpignan n’ont pas été correctement étourdies. Sur l’une des vidéos, un opérateur de l’abattoir enfonce son bras dans la plaie d’un cochon qui cligne des yeux. Là encore, Sébastien Arsac évoque des problèmes structurels, avec des tonneaux de contention qui ne seraient pas adaptés à tous les gabarits d’animaux, qui rendent difficile l’accès à la gorge de certains veaux et sont propices aux blessures.
Les images montrent ensuite des découpes primaires, qui commencent par le retrait des pattes, et seraient effectuées d’après l’association sur des animaux encore en vie. « Au moment de la saignée, il faut que les animaux soient juste inconscients. Mais pour les découpes primaires, cela ne doit intervenir que quand ils sont morts. »
Les caméras cachées, qui peuvent être considérées comme preuves déloyales, pourront être un frein, mais L214 a déjà obtenu des fermetures par le passé. Enfin l’association demande une prise de position de Louis Aliot, président de la Communauté urbaine qui a participé au capital de la Catalane d’abattage. Elle lui demande aussi d’accélérer la végétalisation de la restauration scolaire à Perpignan en multipliant par deux les jours où une alternative sans viande est proposée.
Au delà de Perpignan, Sébastien Arsac considère le problème des abattoirs comme systémique et souhaite un nouvel audit national. Celui de 2016 avait montré que 80 % des abattoirs présentaient des non-conformités.
L’abattoir reconnaît une partie des faits : un salarié sera sanctionné
Jean-Claude Coulet, président de l’abattoir, nous répond le matin même où il découvre les accusations. Après avoir pris connaissance de certaines vidéos il reconnaît des dysfonctionnements qui avaient pour lui échappé à la direction. En particulier s’agissant des cochons frappés. « On découvre en effet un salarié qui a fait des erreurs. Ce n’est pas en donnant des coups de poing qu’on ramène un cochon. Un animal qui a été stressé avant d’être tué, la viande n’est pas bonne. »
Le président assure qu’il y aura une mesure disciplinaire. Il souhaite la mise à pied puis le licenciement du salarié. « On a toujours porté une attention très importante à la bientraitance animale, il y a une formation obligatoire pour ça. Et là je découvre quelque chose qui m’alarme. » Jean-Claude Coulet évoque des travaux en cours pour changer le cheminement des porcs et éviter désormais ce point de blocage. Sur l’autre salarié qui plonge son bras dans la gorge du cochon pour arracher la jugulaire, il compte s’y pencher également.
« C’est sûr, c’est choquant. Les agents qui opèrent dans les abattoirs font des choses qui de toute façon ne sont pas agréables à voir. Sur cette vidéo, il s’est passé quelque chose, pourquoi est-il allé saigner le cochon à la main ? On ne voit pas très bien. »
La conscience vérifiée sur la rétine
S’agissant des animaux découpés vivants, il s’inscrit en faux. « Les bêtes pendues dont on découpe les pattes, pour moi elles sont toutes mortes. On vérifie la conscience de l’animal au niveau de la rétine de l’œil, avant de le pendre. » Pour la vidéo sur un bovin tué par cisaillement, il s’agirait d’un abattage rituel. « Normalement la personne qui fait le rituel n’a pas le droit de cisailler, ce doit être un coup franc avec un couteau bien aiguisé. La personne qui de temps en temps cisaillait chez nous était âgée et elle est partie à la retraite, maintenant c’est terminé. » Enfin Jean-Claude Coulet assure qu’en dehors du rituel, toutes les bêtes sont bien étourdies avant d’être saignées.
Les responsables de l’abattoir comptent mener leur propre enquête pour découvrir l’emplacement des caméras et essayer de comprendre les fuites. « Ca tombe à un moment où on est en travaux, beaucoup de gens rentrent et sortent. » Selon le président, aucun salarié ne s’est jusqu’à présent plaint du traitement des animaux.
« Devoir tuer un animal n’est jamais agréable. Je tiens à ce qu’on ne travaille que quatre jours par semaine, que les salariés puissent se reposer parce que c’est un boulot qui est dur, physiquement et moralement. Je ne veux pas que la mise à mort et le déplacement des animaux deviennent une routine. »
La Catalane d’abattage entend affronter les éventuelles suites judiciaires. « S’il y a d’autres choses qu’il faut rectifier, on rectifiera, évidemment. »
La préfecture des Pyrénées-Orientales réagit
La préfecture communique en fin d’après-midi sur l’affaire et confirme la mise à pied sans délai par l’abattoir des personnels en cause, à titre conservatoire. « En complément le préfet a ordonné une nouvelle inspection complète de l’établissement, ajoute le communiqué. Celle-ci sera réalisé sans délai par les services de la direction départementale des populations (DDPP). » Les constatations doivent permettre de confirmer si les faits sont liés à des dérives indivudelles ou nécessitent des mesures correctives. « Les agents de la DDPP effectuent chaque jour des contrôles au sein de l’abattoir de Perpignan. L’État rappelle son exigence constante en matière de protection animale et de respect des règles sanitaires et de bien-être animal au sein des établissements d’abattage. »
Pour L214, il y a enfumage. « La préfecture n’a rien découvert aujourd’hui. Elle a appris que nos images allaient devenir publiques et elle s’est empressée de communiquer avant-même leur diffusion. C’est de la communication politique, pas de préocupation pour les animaux. » Même avis pour la mise à pied annoncée. « Sacrifier des employés le jour où l’affaire sort, pour protéger l’établissement, c’est une manœuvre grossière. »
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