Article mis à jour le 24 septembre 2026 à 12:26
Le gouvernement veut-il éviter de faire des vagues ? La colère des pêcheurs, qui naviguent entre le prix du carburant et la question des quotas, retombe temporairement suite aux promesses de la ministre chargée de la mer, Catherine Chabaud.
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« On a la compensation du gasoil qu’on voulait » assure Manuel Martinez, pêcheur et vice-président du comité de la pêche pour l’Aude et les P.O. Le 14 septembre dernier, les petits métiers de la pêche – soit une quarantaine de pêcheurs pour les Pyrénées-Orientales – avaient organisé le blocage du port de Port-Vendres.
Le début d’une lame de fond ?
Le mouvement, né sur fond de coût de carburant, n’est pas sans rappeler les prémisses des gilets jaunes. A la capacité de blocage importante des métiers de la mer, au niveau des ports et des raffineries, s’ajoute le spectre d’un ralliement d’autres professions.
Le « gazole pêche » pour les bateaux est en effet monté jusqu’à 1,30 euro le litre, soit près du double des tarifs pratiqués avant le début des hausses. Avec plusieurs centaines de litres par semaine pour les petites embarcations, et 2500 litres par jour pour un chalutier, ces frais sont loin d’être anodins. Au point de devoir réduire les sorties, ou encore de dormir dans le bateau et limiter le repos, pour éviter des trajets intermédiaires.
« Au-delà de 1 euro le litre, ça devient très difficile. Je consomme 600 à 800 litres par semaine. Quand il y a 20 centimes d’augmentation, c’est une chose, mais quand ça commence à être 50 ou 60 centimes, ça commence à faire un billet toutes les semaines. C’est pour ça que la colère a explosé. »
Sans oublier le plan Westmed, voté par l’Union Européenne en 2019 et entré en vigueur en 2025, qui entre autres limite le nombre de sorties mer par catégorie de pêche, notamment pour le merlu et le rouget. A cela s’ajoute le poids de l’administratif. « C’est ingérable, s’agace Manuel Martinez. Vous prenez dix ou quinze heures de mer et en rentrant, vous devez remplir une heure de papiers sur le quai car vous n’avez pas le droit de le faire à la maison. »
Ne parlez pas aux pêcheurs sur ce thon
Autre réglementation provoquant la discorde, celle sur le thon en France. « Il y avait une clé de répartition pour le surplus de quotas qui nous était attribué, entre les thoniers senneurs et les petits métiers. La ministre avait décidé d’elle-même de donner un pourcentage de ce surplus à l’Atlantique, ce qui nous a enlevé à nous, en Méditerranée, du quota et du chiffre d’affaires. »
En clair, quand la France n’utilise pas tout son quota de pêche. Le volume restant peut donc être accordé à des pêcheurs qui le demandent, à la manière d’une option en cours d’année. Au total, cela représente cette année plus de 200 tonnes supplémentaires de thon rouge à se partager. C’est un pourcentage de ce surplus qui aurait pu glisser de la Méditerranée vers l’Atlantique. Marche arrière de la ministre déléguée à la mer et à la pêche, Catherine Chabaud. « Elle a reconnu que c’était une erreur » se réjouit Manuel Martinez. Les quotas pour le thon rouge devraient être révisés.
Comme l’explique un autre pêcheur des Pyrénées-Orientales, le système de quotas est particulièrement complexe, avec des possibilités de revendre des parts de quotas non utilisés quand des navires ne sortent pas en mer.
L’aide au gasoil prolongée
Le gouvernement joue l’apaisement et promet une aide carburant jusqu’à la fin de l’année, qui devrait maintenir le litre de gasoil à 80 centimes pour les pêcheurs, quelle que soit l’augmentation du prix réel. « Ils ont promis d’ajuster la compensation, pour nous ça restera à 80 » se satisfait Manuel Martinez. Par ailleurs les aides précédentes n’avaient pas toutes été versées. Le paiement devrait être accéléré.
« On voit bien que le gouvernement peut faire des efforts. Maintenant que les autres corporations ont vu que les pêcheurs ont obtenu ce qu’ils voulaient, je pense qu’ils ne vont pas être loin derrière… »
Reste le spectre de 2027, où le renouvellement des aides est encore incertain. Les pêcheurs entendent être vigilants et la grogne pourrait repartir en cas de soutien insatisfaisant.
Hormis le carburant, la pêche des Pyrénées-Orientales reste précaire, et suspendue aux circuits de revente. Manuel Martinez déplore une pêche locale qui n’atteint ni restaurants ni poissonneries, condamnée à la vente directe, avec une première criée qui n’est qu’à Port-la-Nouvelle. « Beaucoup de restaurants achètent du poisson d’élevage, déjà calibré, vidé prêt à cuire, pour ne pas avoir de perte et le payer 2 euros de moins… » La lutte pour maintenir l’activité est loin d’être terminée.
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