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De l’ultradroite à l’écharpe tricolore : six mois après son élection, Steve Fortel mène une dépolitisation (très politique) de l’action municipale à Elne

Article mis à jour le 15 octobre 2026 à 06:56

Dirigée par le communiste Nicolas Garcia jusqu’en mars dernier, la ville d’Elne (Pyrénées-Orientales) et ses 9500 âmes ont basculé aux mains de Steve Fortel. Derrière sa bannière « sans étiquette » figure un ex-militant nationaliste d’ultradroite. Six mois plus tard, la culture, l’écologie, et les minorités sont délaissées. Tandis que les investissements sécuritaires se multiplient, tout comme les références à la tradition. Quitte à flirter avec le respect de la laïcité. Enquête.

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Il s’installe en bout de table, regard droit devant lui. Les mains sont légèrement tremblantes. Pour la toute première fois depuis son élection en mars 2026, Steve Fortel, tient une conférence de presse. Il aura fallu attendre la fin septembre 2026 pour le voir s’exprimer publiquement. Pour cette première, Steve Fortel joue la transparence et diffuse en direct sur Facebook. Une fois le son testé (« Steve, marié, désolé mesdames »), les caméras s’allument et l’édile prend la parole, longuement. Après un monologue de près de 45 minutes, il finit par répondre aux questions des journalistes présents dans la salle du conseil municipal.

« Nous abattrons leur République »

Voir Steve Fortel installé dans ce fauteuil de maire n’avait rien d’évident. Si son élection est l’une des grandes surprises du dernier scrutin, elle illustre surtout un paradoxe. Il y a quelques années encore, Steve Fortel appelait à faire tomber la République. Désormais, il en est l’un des rouages.

Steve Fortel dans la salle du conseil municipal lors de la conférence de presse du 23 septembre à Elne.

Sur une terrasse de Perpignan, le passé du maire d’Elne ressurgit. Yvan Benedetti, figure historique de l’extrême droite nationaliste radicale, ancien dirigeant de l’Œuvre française (organisation pétainiste et antisémite dissoute en 2013 à la suite de l’affaire Clément Méric) et aujourd’hui à la tête des Nationalistes, s’installe en contemplant l’olivier majestueux qui se dresse sur cette placette.

Selon Yvan Benedetti, la première rencontre avec Fortel remonte au début des années 2010, au moment de la bataille pour la succession de Jean-Marie Le Pen à la tête du Front national. « Quand j’étais directeur de campagne de Bruno Gollnisch, on avait fait une réunion à Perpignan. Fortel était là et soutenait la candidature de Gollnisch ». Ancien proche de Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch incarnait alors la ligne « dure » au sein du Front National. Il a notamment été poursuivi après avoir contesté l’existence des chambres à gaz.

Au lendemain de cette première rencontre, Fortel rejoint « les réseaux » nationalistes. D’après Le Monde, il aurait fini par diriger la branche locale des Jeunesses nationalistes, un mouvement créé dans l’orbite de l’Œuvre française. S’il reconnaît l’avoir côtoyé « dans le cadre des activités » du groupe ultranationaliste, Benedetti décrit Fortel comme un maillon local. « Il militait ici sans être le responsable. Il n’a jamais été dans les instances du mouvement ». Benedetti conteste également que Fortel ait fondé la section Brasillach de l’Œuvre française dans les Pyrénées-Orientales, même s’il juge possible qu’il ait participé à sa communication. Blast a en effet révélé une vidéo tournée lors d’un bivouac du Parti nationaliste français, dans laquelle Fortel s’exprime face caméra. Une vidéo qu’il conclut par une formule sans ambiguïté : « nous abattrons leur République ».

Glissement des Nationalistes à la tête de liste

Interrogé durant la campagne municipale sur cette période, Fortel a présenté cet engagement comme ayant duré seulement quelques mois. Les traces ne s’arrêtent pourtant pas au milieu des années 2010. En 2020, à la mort de Pierre Sidos, le fondateur de l’Œuvre française, Steve Fortel lui rend publiquement hommage et le présente comme un « trait d’union entre l’expérience du passé et l’avenir français ». Deux ans plus tard, en janvier 2022, il apparaît encore aux côtés d’Yvan Benedetti lors d’une manifestation à Perpignan contre la « tyrannie sanitaire ». Benedetti confirme cette dernière rencontre.

Mais comment passe-t-on alors de cette mouvance nationaliste radicale à la mairie d’Elne ? Le leader des Nationalistes décrit une évolution progressive, « par glissement », chez son ancien poulain. Selon lui, Fortel aurait d’abord rejoint un syndicat professionnel dans le cadre de son activité de caviste. Plus tard, il aurait ensuite commencé à s’investir dans une association locale opposée au maire communiste d’Elne, Nicolas Garcia. L’association est ensuite devenue une liste et Fortel son candidat pour les municipales de 2026.

Située au cœur de la plaine du Roussillon dans le département des Pyrénées-Orientales, à quelques kilomètres au sud de Perpignan, la commune d’Elne compte 9511 habitants selon l’Insee.

Entre celui qui est maire d’Elne depuis mars dernier et ses mentors passés, la rupture serait aujourd’hui consommée. « Ce n’est pas nous. Ce n’est plus nous », lâche Bendetti. Steve Fortel revendique désormais être un maire sans étiquette, pragmatique, « au service de tous les Illibériens ». Benedetti, lui, résume brutalement le chemin parcouru par son ancien compagnon de route. « Avant il dénonçait la République, maintenant il travaille pour elle ».

Démantèlement de l’ère Garcia : « Fortel déteste le rouge »

Dans les couloirs de la mairie, le changement de cap est palpable. Plusieurs agents identifiés comme proches de Nicolas Garcia ont dû changer de fonction. « Pour la nouvelle équipe, tout est idéologique. Absolument tout », raconte l’un d’eux, parti depuis. « C’est un démantèlement de tout ce qui a été du Garcia. Que ce soit bon ou mauvais, c’est un démantèlement », poursuit-il. Un autre, plus direct : « C’est la haine du rouge. La haine de tout ce qui est communiste ou de gauche ».

Une ancienne salariée décrit des réaffectations rapides vers d’autres services, parfois vécues comme des mises à l’écart. Mais elle reconnaît aussi que certains postes, proches du cabinet, sont par nature politiques et qu’une alternance entraîne logiquement des changements. Autour de lui, Steve Fortel a ainsi recruté Geoffrey Cosson à la direction de la communication. Un profil au parcours politique marqué. En 2021, Cosson était candidat du Rassemblement national aux élections départementales sur le canton de la Côte Sableuse. Il a ensuite été collaborateur parlementaire de Michèle Martinez, députée RN des Pyrénées-Orientales.

Si Steve Fortel reconnaît qu’une vingtaine de CDD embauchés sous Garcia n’ont pas été renouvelés, il rejette toute vision partisane. Un mot revient à plusieurs reprises pendant sa première conférence de presse : « dépolitiser ». Pour parler de culture, de l’espace public, des futurs vœux du maire ou encore de la Maternité suisse. Interrogé sur cette « dépolitisation très politique », Fortel assume pourtant le paradoxe : « J’ai envie de dire que tout est politique dans nos démarches. Quand je parle de dépolitiser, c’est lorsqu’il s’agit de politique idéologique ».

Cette ligne se traduit déjà par plusieurs ruptures. Parfois étonnantes. La démocratie participative mise en place sous Nicolas Garcia a disparu. Sylvaine Candille, ancienne élue chargée de ces questions, assure que le nouveau règlement intérieur a supprimé le droit à pétition, et que les assemblées d’habitants, comme plusieurs commissions extramunicipales ont cessé de fonctionner. « C’est passé aux oubliettes », résume-t-elle. L’agent municipal dédié à cette mission a lui été réaffecté.

En interne, plusieurs témoignages décrivent également un pouvoir resserré autour du maire et de quatre adjoints. « Ils font leurs petites décisions entre eux », raconte un agent. Les autres élus découvriraient certaines décisions « au compte-gouttes », une fois effectives. Un fonctionnement qui tranche, selon cet ancien agent, avec une campagne menée au nom d’une équipe « sans étiquette » et présentée comme plus horizontale.

Au quotidien, les conditions de travail seraient néanmoins au beau-fixe, selon des agents encore en poste. « Elles ne sont pas pires, voire meilleures », assure l’une d’elles, expliquant que la nouvelle municipalité avait notamment revalorisé certaines primes.

Six mois après l’élection, la rupture avec l’ère Garcia est revendiquée. Une rupture nette qui apparaît aussi dans la gestion des dossiers laissés par l’ancienne majorité. Parmi eux, il en est un qui concentre toutes les tensions : la Maternité suisse.

Mémoire sélective : la bataille autour de la Maternité suisse

La Maternité suisse d’Elne est un lieu de mémoire où, à partir de 1939, la Suissesse Elisabeth Eidenbenz a accueilli des centaines de femmes réfugiées, d’abord espagnoles puis juives et tziganes, pour leur permettre d’accoucher à l’abri des camps. Aujourd’hui, elle concentre à elle seule l’affrontement entre les deux municipalités. Sous Nicolas Garcia, une première tranche de travaux devait permettre de sécuriser le bâtiment et d’avancer vers sa réouverture. Les financements étaient en partie réunis. Mais la découverte de chauves-souris protégées sous la toiture a interrompu le chantier. Depuis, la nouvelle municipalité ne l’a pas relancé.

Steve Fortel invoque d’abord les finances. Il chiffre à 7,5 millions d’euros l’ensemble des tranches envisagées, pour environ 1,2 million d’euros de subventions et mécénats identifiés. « La ville ne peut pas relancer les travaux seule. C’est impossible financièrement », assure-t-il, en appelant la Région, le Département et d’autres partenaires à prendre leur part. Nicolas Garcia répond avec un tout autre calcul. L’ancien maire ne raisonne pas sur la rénovation totale, mais sur la première étape nécessaire à la réouverture. Il l’estime à environ 2 millions d’euros et affirme que les subventions déjà mobilisées auraient limité l’effort communal à environ 200 000 euros.

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Une des salles de la Maternité suisse d’Elne aujourd’hui fermée au public.

Les deux lectures ne sont pas totalement incompatibles. Fortel met en avant le coût maximal du programme complet. Garcia celui de sa première tranche. Même chantier, donc. Mais deux focales et surtout deux récits politiques radicalement opposés. Car derrière les chiffres se joue aussi la maîtrise du lieu. Garcia veut maintenir la Maternité dans le giron municipal pour conserver « les choix d’exposition » et « les choix d’orientation ». Fortel assure au contraire qu’elle « mérite mieux qu’un débat politique » et refuse des « promesses impossibles à financer ».

Dans le même temps, la nouvelle majorité a créé une délégation à la « mémoire combattante », chargée de valoriser « l’histoire combattante, celle de la France » et les parcours liés à « notre identité illibérienne ou catalane ». Une mémoire que Fortel promet de faire vivre « sans l’enfermer dans une lecture partisane ». Une définition à géométrie variable ?

La culture au pas

Car dans le même temps, un autre dossier est devenu explosif : celui du cinéma de la ville. Il s’appelait René-Vautier, en hommage au cinéaste résistant, communiste et anticolonial. Steve Fortel et son équipe ont choisi de le débaptiser, au profit de « La Bobine illibérienne ». La convention avec Cinémaginaire, qui exploitait la salle, n’a pas été renouvelée. La mairie ayant décidé de reprendre la main en régie directe.

Steve Fortel revendique là encore une volonté de « dépolitiser ». Mais la transition tourne court. L’Yre Cinémas, société choisie pour accompagner la nouvelle programmation, a finalement décidé de se retirer. Elle évoque « un droit de regard en dernier recours » prévu pour la municipalité et les déclarations du maire sur l’absence « d’idéologie » dans la programmation. « Leur but c’est de faire du ‘blockbuster, pas de l’art et essai, note un agent. Il faut consommer, mais pas réfléchir ».

Largement médiatisé, le choix de débaptiser le cinéma René-Vautier d’Elne (réalisateur et résistant communiste) a fait l’objet de vives critiques.

Le changement dépasse le cinéma. Tous dehors, festival d’arts de rue qui devait connaître sa cinquième édition durant la saison estivale, a été tout bonnement annulé. À l’inverse, Fortel revendique le retour de « grands événements populaires », parmi lesquels Les Médiévales, la Soirée Andalouse ou des manifestations « traditionnelles ». Le maire évoque notamment Noël, qu’il entend « rendre aux illibériens ».

Enfin, le concours de beauté Miss Illibéris, organisé à Elne avec le Comité Miss Roussillon, résume la bascule opérée en quelques mois. Plusieurs anciens agents évoquent un événement décrété « priorité absolue » et surtout une facture largement supérieure aux premières prévisions. Ironie de l’histoire, aucune candidate d’Elne ne s’inscrit au concours.

Les symboles LGBT effacés

La rupture avait en réalité été marquée dès les premiers jours du mandat. Immédiatemment, Fortel avait décidé de retirer le drapeau LGBT+ du fronton de la mairie. Un passage piéton aux couleurs arc-en-ciel devant l’hotel de ville avait aussi été repeint en blanc. Interpellé en conseil municipal, Steve Fortel invoquait alors la « neutralité » de l’espace public et assurait vouloir « rassembler ».

À l’époque, Alexandra, responsable associative LGBT+ interrogée par Made in Perpignan, lui avait répondu « qu’être LGBT n’est pas une idéologie, c’est une nature, on ne choisit pas d’être LGBT ». Elle dénonçait alors le fait de « recouvrir, d’invisibiliser, d’enlever, de cacher », les symboles de tolérance.

Collage anti « mariage pour tous », réalisé par Les Nationalistes en 2016, à l’époque de l’engagement de Steve Fortel. Des photos supprimées au lendemain de l’élection de ce dernier.

Yvan Bendetti, ancien compagnon nationaliste de Steve Fortel, voit dans cette décision une résurgence du parcours politique de l’édile d’Elne. « Il a des convictions catholiques, il les met en avant. C’est là-dessus, sur les convictions catholiques, qu’il a pris position sur les peintures LGBT au passage piéton ».

Laïcité : une frontière de plus en plus fine

Steve Fortel ne cache en effet pas sa foi. « Je suis catholique, pratiquant. Mais je suis aussi maire élu de la République », rappelle-t-il. Il assure ainsi vouloir être « garant de la laïcité », tout en reconnaissant lui-même une frontière parfois « courte et étroite » entre religion et traditions, notamment liées à Noël ou Pâques.

En réalité, dans les services, plusieurs demandes ont fortement surpris. Des agents racontent une même « anecdote ». Parmi les premières demandes de l’équipe nouvellement élue figurait celle de créer une rubrique consacrée au culte sur le site internet municipal. Il a fallu expliquer au maire le caractère illégal de la démarche. Même chose pour le bulletin municipal.

Plusieurs agents assurent avoir dû alerter le directeur général des services, insister pour que toutes les religions soient traitées de manière égale et qu’un rappel des règles de laïcité soit précisé. La rubrique existe aujourd’hui sur le site de la ville. Elle recense catholicisme, islam, Témoins de Jéhovah et culte évangélique, en rappelant explicitement le principe de neutralité.

Plus troublant : un agent raconte avoir dû s’opposer à une communication municipale annonçant la participation d’élus à une messe. « S’ils veulent y aller à titre personnel, ils y vont, mais ça ne peut pas faire partie de notre communication », explique cette personne. Cela n’empêche pas le maire de communiquer régulièrement via facebook sur l’actualité du diocèse.

Autant d’alertes sur le principe de respect de la laïcité qui font tiquer la sénatrice LR des Pyrénées-Orientales, Lauriane Josende. Prudente, elle prévient : « On est tous là en vigie de la République ».

Sécurité partout… et une ville sous cloche ?

Sur la sécurité, plus question de dépolitisation abstraite. La rupture est concrète. Avant l’été, Steve Fortel a décrété la fermeture des terrasses à 23 heures. Depuis, des annonces en faveur d’un renforcement de la police municipale ont été faites : hausse des effectifs, équipes de nuit, nouveau poste, armement et extension de la vidéoprotection… La nouvelle municipalité assume de faire de la sécurité sa priorité. Un choix d’autant plus politique que, dans le même temps, Fortel annonce réduire à tour de bras les investissements prévus par l’ancienne équipe.

A ceux qui lui reprochent de tuer toute activité dans la commune, Steve Fortel répond avoir « repris en main la gestion des activités nocturnes » et estime que la limitation des terrasses a permis de ramener « davantage de calme ».

Écologie : un mot qui le fait sourire

Lors de la conférence de presse, l’évocation du mot provoque un sourire. Plutôt que de parler d’écologie, Steve Fortel préfère évoquer du « concret ». Il évoque (sans donner de détails) une commande d’arbres auprès de la pépinière départementale en guise d’exemple. « Ce que j’aime, dit-il, c’est le factuel, le concret et ce qui fonctionne ».

Plantée en 2022 devant l’école primaire Françoise Dolto, la forêt nourricière est aujourd’hui en déshérence.

Et sur les projets d’îlots urbains ou de forêts nourricières hérités de l’ancienne majorité ? « Des projets idéologiques qui servaient à se donner une bonne conscience environnementale ou écologique », juge le maire. Les jardins partagés, à l’abandon depuis plusieurs mois faute d’entretien et d’arrosage, pourraient en faire les frais. Fortel assure ne rien avoir décidé pour l’instant, mais prévient : « On ne s’interdit pas de les réduire pour ramener du stationnement en centre-ville ». Interrogé sur les dispositifs qu’il compte mettre en œuvre pour parer aux futures vagues de chaleur, de plus en plus fréquentes et extrêmes, il promet de conserver une « végétalisation dense ».

Des actions sociales « déconnectées » sur la sellette

Même schéma pour tout ce qui touche à la politique sociale de la ville. Pour Steve Fortel, le centre social actuel est « beaucoup trop lourd » pour une ville comme Elne. Certaines de ses actions seraient même « un peu déconnectées de la réalité ». La municipalité entend donc le rapprocher du Centre communal d’actions sociales (CCAS) et évoluer vers un « espace de vie sociale ». Un jeu de changement de structures qui questionne les moyens réellement alloués. « Notre objectif n’est pas de maintenir la population dans un état, si je puis dire, de pauvreté », avance le maire. En conseil municipal il avait aussi expliqué que le CCAS actuel s’apparente à « un outil qui sert les idéologies de la CAF, ce n’est pas efficace ».

Dans le même temps, deux anciens agents pointent l’arrêt de contrats largement financés par des partenaires publics. Ils citent notamment un poste consacré aux mobilités douces et au « plan vélo ». Selon eux, celui-ci était intégralement pris en charge par des subventions. Malgré tout, le maire a souhaité stopper le contrat en question. Le deux-roues serait-il trop marqué politiquement ?

La responsabilité de l’ancien camp

Au-delà de l’incarnation politique à la mairie, le résultat des élections de mars dernier questionne sur l’identité de la ville d’Elne. Néanmoins, réduire la victoire de Steve Fortel à une poussée de l’extrême droite serait pourtant trop simple. Les critiques viennent aussi de l’ancien camp. « Les gens en avaient vraiment marre de Nicolas (Garcia), je pense », confie une agente municipale en poste. Des proches de Garcia vont plus loin : « On a fait une très mauvaise campagne, on allait dans le mur ».

Aujourd’hui, Nicolas Garcia défend son bilan. L’ancien maire communiste affirme avoir ramené l’endettement de 16 à 11 millions d’euros entre 2020 et 2026 tout en continuant à investir dans les écoles, le sport ou les équipements publics. « Je suis fier de cet endettement. Ça ne me gêne pas, on le rembourse et on continue d’investir sans l’aggraver », assume-t-il en expliquant qu’une ville qui cesse d’investir finit inévitablement par dépérir.

Tentative de normalisation

Six mois après son élection, Steve Fortel s’habitue quant à lui au port de l’écharpe. Il affiche désormais ses relations institutionnelles, avec le Préfet, les sénateurs ou la députée RN de sa circonscription. « Elne ne doit plus être isolée, répète-t-il. Elne doit être entendue, respectée et considérée comme un partenaire à part entière. C’est désormais le cas ».

Lauriane Josende, sénatrice LR, raconte avoir été « bien reçue » par un nouveau maire « qui ne revendiquait aucune étiquette politique » et « regrettait d’être encore classifié de par son passé ».

Un passé qu’Yvan Benedetti ne regarde plus tout à fait de la même manière. Le dirigeant nationaliste estime que son ancien compagnon est aujourd’hui « happé » par les institutions. « Il était anti-système. Maintenant, après l’avoir mangé, le système est en train de le digérer ». Et d’asséner : « Fortel peut faire une belle carrière… dans le cadre du système qu’il a toujours dénoncé ».

Cette enquête fait partie du projet « On a déjà essayé ». Sept médias locaux indépendants – Le Poulpe (Normandie), Made In Perpignan, Marsactu (Marseille), Mediacités, Rue89 Bordeaux, Rue89 Lyon et Rue89 Strasbourg – s’unissent pour enquêter sur les municipalités d’extrême droite avant l’élection présidentielle. Lire notre manifeste.

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