Du 17 au 19 avril, la Casa Musicale accueille un festival dédié aux arts de la rue. À l’occasion de ses 20 ans, la compagnie Gérard Gérard a voulu mettre à l’honneur ce pan de la création artistique. Une occasion aussi de rassembler ses acteurs majeurs dans un grand débat public pour fédérer les arts de la rue dans les Pyrénées-Orientales. Crédits photos © Yann Lechelon
Mélanger les acteurs du spectacle vivant, remuer, laisser agir, et observer ce qu’il en ressort. Avec « La Grande Lessive des arts de la rue des Pyrénées-Orientales », Alexandre Moisescot, de la compagnie Gérard Gérard, souhaite organiser un débat public pour structurer les arts de la rue dans le département. Le samedi 18 avril à 16h16, institutions culturelles, artistes, collectivités et associations seront autour de la table durant 1h11.
« Dans les Pyrénées-Orientales, il y a un manque de structuration, et pourtant un potentiel hallucinant, clame Alexandre Moisescot. Je ne vois pas de département qui a autant d’atouts. Et en même temps, qui est incapable, pour le moment, de saisir cette opportunité. »
Arrivé en 2007 avec sa compagnie de théâtre classique, il s’installe à Rivesaltes et découvre les arts de la rue. En 2009, la compagnie Gérard Gérard se lance en collectif avec d’autres troupes. Mais très vite, ils font face à un obstacle majeur : peu de structures peuvent accueillir les représentations. « Quand on est arrivés, il y avait les Jeudis de Perpignan ou encore les Estivales pour nous programmer. » Mais ces deux évènements ont pris fin en 2020 et 2015.
Un engagement public pour lancer la machine
Alexandre Moisescot décide donc de prendre les choses en main. Ce samedi 18 avril, seront présentes à la Casa Musicale les collectivités régionales et départementales, la Drac (direction régionale des affaires culturelles), la fédération nationale des arts de la rue ou encore les agences de développement touristiques. « L’idée c’est d’allumer la mèche et de leur filer le bébé. » Cette première réunion publique vise à provoquer un élan. Un engagement clair face au public pour le développement des arts de rue. C’est à dire un éventail de disciplines, du théâtre à la danse en passant par le cirque, qui se définisse surtout par le lieu ou elle se produisent : en extérieur.
En décembre, une charte pour les arts de le rue dans les Pyrénées-Orientales
La Grande Lessive aura lieu au cœur du festival fêtant les 20 ans de la compagnie Gérard Gérard à la Casa Musicale, les 17, 18 et 19 avril. Au programme, en plus du débat public : une projection, des concerts et plusieurs spectacles. Le 18 avril est une première étape, « un coup de pression », avant des discussions plus techniques. En décembre, la Casa Musicale accueillera donc l’acte II de la Grande Lessive des arts de la rue. Cette fois-ci elle ne sera pas en public mais entre professionnels. Au fil d’analyses de projets qui ont fonctionné ailleurs et de discussions sur les spécificités locales, Alexandre Moisescot espère arriver à la signature d’une charte « actant la volonté de faire du département un pôle majeur des arts de la rue à moyen et long termes. »
« Si tout ce monde-là se met d’accord et travaille ensemble, ça ouvrirait une meilleure offre culturelle pour le département, avec des retombées économiques. »
L’acteur cite notamment ce chiffre du ministère de la Culture : pour un festival de taille moyenne, 1 euro investi génère en moyenne 3,5 euros de retombées locales. « Les Pyrénées-Orientales sont un département précaire, avec un accès à la culture parfois compliqué. Le théâtre de rue est gratuit et permet à la culture d’arriver chez tout le monde. » Pour Alexandre Moisescot, les Pyrénées-Orientales sont aussi une mine d’or pour l’art de rue. « On joue surtout en été, donc on doit créer l’hiver. Ici, on peut être à l’extérieur dès le mois de janvier. » En outre, peu de départements attirent autant de touristes et donc un public potentiel.
Des arts de la rue au potentiel méconnu
D’après Julia Paglinghi, directrice de l’association Eurék’art qui organise notamment le festival Pignon sur mer et qui participera à la Grande Lessive, l’enjeu est aussi de dépoussiérer l’image des arts de rue, que l’on cantonne souvent à de l’animation. « L’obstacle premier, c’est le manque de connaissance de ce qu’on est capable de faire, de la qualité des spectacles et de l’écriture que l’on peut proposer. On a une grande capacité d’adaptation et des facilités à investir un territoire. » À cela s’ajoute selon elle le manque de réseautage entre les différents acteurs. « La Grande Lessive va permettre aux gens de se rencontrer et d’imaginer des collaborations. »
En rassemblant les acteurs de la rue, Alexandre Moisescot espère aussi mutualiser les solutions que chacun peut mettre en place : urbanisme culturel, lieu de résidence et programmateurs ont tous un rôle à jouer. Julia Paglinghi abonde en ce sens. « Tout secteur a intérêt à travailler en réseau. On ne va pas isoler les arts de la rue du reste du spectacle vivant. »
Un bain d’idées pour faire du département un pôle de création
Un éventail de possibilités s’ouvre aux arts de la rue dans le département : la création transfrontalière avec la Catalogne sud, des événements saisonniers pour profiter de la manne touristique, des projets de territoire à l’année avec les habitants… Quelques idées émergent déjà pour Alexandre Moisescot. En fédérant les lieux de représentation, les tournées saisonnières pourraient être optimisées. Un même spectacle jouerait dans plusieurs communes qui se partageraient donc les frais. Autre solution : des lieux mutualisés qui accueillent et accompagnent la création. « Cela attirerait des compagnies ici », revendique l’artiste.
Alors grande bousculade à prévoir le 18 avril ? Tout se jouera en tout cas en 1h11 précise. Les organisateurs ont déjà le chronomètre en main.
Le programme des 17,18 et 19 avril et la billetterie en ligne sont à retrouver sur ce lien.
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