Après la refonte de la muséographie, le Mémorial du camp de Rivesaltes compte aller plus loin encore pour capter le public et amener à la réflexion. Avec la prestigieuse compagnie Le Birgit Ensemble, des visites théâtralisées font le pari difficile de mettre en scène une mémoire douloureuse.
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« Nous avons voulu une refonte du parcours pour rendre l’histoire du camp plus accessible, l’incarner la plus possible » rappelle la directrice du Mémorial, Céline Sala-Pons. « Nous voulions aussi que tous les éléments de l’exposition soient sourcés, qu’on ne puisse pas venir contester ce nouveau parcours. Et alors que le projet prenait corps, il nous a semblé qu’on pouvait aller encore plus loin. » C’est à ce moment que l’idée d’une visite théâtralisée fait son chemin. Un moyen pour la directrice d’attirer, par l’art, des visiteurs qui ne seraient peut-être pas rentrés par l’histoire.
Une compagnie de théâtre qui travaille déjà sur les documents historiques
La délicatesse face à la mémoire, ce ton juste à trouver pour ne sombrer ni dans le détachement ni dans le pathos, Le Birgit Ensemble en est un peu la spécialiste. Fondée par Jade Herbulot et Julie Bertin, la compagnie se spécialise dans l’histoire de l’Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale et a produit des spectacles sur Sarajevo, le mur de Berlin ou encore, avec Les Suppliques, une œuvre à partir de courriers de Juifs français écrits sous l’occupation.

Comme l’indique Jade Herbulot, qui met en scène les visites théâtralisées, il s’agit pour l’histoire du camp de briser la frontière séparant le visiteur des documents qu’il contemple derrière la vitrine. Les acteurs Hélène Rencurel et Mehdi Harad, ainsi que le musicien Pierre-André De Vera déambuleront avec les visiteurs et joueront sur trois stations dans le musée.
« Nous avons creusé l’écriture du théâtre à partir de documents d’archives, explique Jade Herbulot. Comment être rigoureux et en même temps incarner ces archives. »
Les comédiens se font soudain témoins de l’histoire, jouent durant environ 45 minutes entre l’intime et le collectif que forme le groupe de visiteurs. Parmi les scènes qui seront jouées, un débat parlementaire de 1936 concernant les réfugiés espagnols, un dialogue pouvant susciter indignation ou colère. Ou encore ce témoignage de Friedel Bohny-Reiter, infirmière qui s’interne volontairement pour porter assistance aux enfants juifs et tsiganes. Ou bien, pour la période des années 1960, la mémoire harkie qui sera convoquée.
Ces dialogues du passé qui télescopent les débats actuels
« La difficulté est de trouver la juste distance. Trop loin on reste froid, c’est un peu inerte. Cela se fait dans un temps très court, on a quatre jours de répétitions, après un mois et demi d’écriture. Le plus difficile est la sélection, faire des choix. » Le spectacle est dense, fait confiance à l’intelligence du public, ouvre vers le contenu du musée plutôt que de clore la visite.
Ce théâtre révèle aussi les parallèles et télescopages avec l’époque contemporaine. « Quand j’ai découvert le débat parlementaire qui parle de flux migratoire avec les réfugiés espagnols, j’avais l’impression que c’était un débat d’aujourd’hui » se souvient Jade Herbulot. « C’est intéressant de voir comment des sujets reviennent dans le débat public. » Pour Céline Sala-Pons, la pièce ne donne pas de leçon, se contente d’inviter à aiguiser son esprit critique. Essentiel, par ces temps de retour des idées préconçues.
Hors celles destinées aux lycées, les représentations grand public auront lieu ce vendredi 11 septembre 2026 à 18h30 et ce samedi 12 septembre à 11h et 14h30. Elles sont comprises dans le billet d’entrée (9,50 euros, gratuit pour les mineurs). Le Mémorial envisage de reconduire les visites théâtralisées par la suite, sans calendrier encore, mais aussi, pourquoi pas, de les jouer en itinérance.
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