Deux mois après le feu de Trévillach, les services de l’Etat déploient un plan en deux volets. Il s’agit d’abord de débloquer des fonds en urgence pour les sinistrés. Dans un second temps, la question de la protection se précise face à des incendies qui menacent d’être toujours plus virulents.
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Les agriculteurs des Pyrénées-Orientales sont parmi les plus impactés par le feu. 20 à 30 millions d’euros de dégâts sont estimés sur 178 exploitations touchées. Au national, l’Etat débloque un plan de soutien de 1 milliard d’euros aux agriculteurs. Sur cette somme, 235 millions pour un fonds d’urgence dit de « réarmement agricole », qui comprend des prolongations sur les aides à l’achat de carburant ou d’engrais. Sur ces 235 millions devrait se détacher une enveloppe incendie. Reste à savoir combien, et quelle part sera déclinée au local. Le préfet Pierre Regnault de la Mothe défendra le sujet au niveau régional dans les jours qui viennent.
« On veut donner ce ballon d’oxygène le plus vite possible à un moment où des charges doivent être payées et quand des investissements doivent repartir. »
Le préfet s’engage à des premiers versements dès le mois d’octobre. Par ailleurs le Conseil départemental et la Chambre d’agriculture financent une étude pour déterminer si le raisin touché par les fumées reste commercialisable.
Allègements de taxe foncière et activité partielle
Sur l’aide aux communes touchées, Pierre Regnault de la Mothe s’engage à verser un million d’euros sur 2026 et 2027 pour des projets d’investissement, comme le travail sur les pistes DFCI (Défense des Forêts Contre les Incendies). L’association des maires a mis en place un fonds de solidarité, actuellement de 50 000 euros. Du côté des entreprises, 32 établissements des Pyrénées-Orientales obtiennent des mesures d’activité partielle leur permettant de mettre des salariés en pause, pour un total de 42 000 euros pris en charge par l’Etat.

Enfin 40 contribuables, professionnels ou particuliers, bénéficieront de dégrèvement de taxe foncière. Le reste sera le jeu des assurances, du moins quand c’est indemnisable. A ce jour 300 sinistres ont été expertisés pour des pertes estimées à plus de 10 millions d’euros. « On n’arrivera jamais à compenser à l’euro près tout ce qui a été endommagé » précise le préfet. « Ce n’est financièrement pas possible. »
« Il faut qu’on adapte le territoire à cette réalité qu’est le dérèglement climatique »
Pour autant les services de l’Etat comme ceux du Département se penchent sur la protection des communes. « Il faut qu’on adapte le territoire à cette réalité qu’est le dérèglement climatique. » Les fameuses « ceintures de protection », à savoir des projets comprenant débroussaillement, cultures coupe-feu et sylvopastoralisme, ont créé un engouement inattendu. 101 communes sur les 226 des Pyrénées-Orientales se sont portées candidates. 45 d’entre elles sont recevables. Elles répondent à une série de critères, dont la présence sur une zone menacée. Certaines communes, comme Glorianes, préfèrent aux ceintures d’autres projets d’entretien des massifs. Un chantier d’insertion devrait y être déployé pour débroussailler. Pour la maire Céline Dragué, également vice-présidente de l’association des maires, il est essentiel d’abattre les arbres morts.
« Dans certaines communes, à cause de la sécheresse, un arbre sur trois est mort sur pied. Nos massifs sont des poudrières. Il y a une urgence absolue à mettre en place des protections autour des villages. »
L’Etat soutiendra, à hauteur de 15 000 euros par poste, l’embauche de volontaires territoriaux en administration (VTA). Il s’agit de jeunes qui pourraient servir de relais dans la mise en place des protections.
Arracher des vignes d’un côté, en planter de l’autre
Reste à déterminer les modalités de ces fameux coupe-feu en cercles concentriques, le financement, la gestion du foncier… Il pourrait s’agir de plantations de vignes et autres productions agricoles, avec une aide au maintien de l’activité. Le dispositif des « PSE » ou paiements pour service environnementaux pourrait ainsi compléter le revenu d’exploitations agricoles difficilement rentables. L’Aude est déjà particulièrement avancée sur l’idée. « Il faut qu’on creuse ça avec la Chambre d’agriculture et le Département » assure le préfet.

Pour le préfet, les aides à l’arrachage des vignes tout en encourageant à planter n’est qu’un paradoxe apparent. « Dans un certain nombre de cas où un exploitant n’y arrive plus, ce n’est pas une mauvaise chose que l’Etat ait mis en place des aides à l’arrachage, pour lui permettre de passer à autre chose. Mais c’est une logique personnelle. Ce n’est pas forcément contradictoire, c’est complémentaire. »
Quelle végétation laisser ?
Le Conseil départemental se penche également sur les haies d’ornement des particuliers, comme les thuyas ou les cyprès qui ont été de véritables torches durant les feux. Avec la pépinière départementale, des conseils pour d’autres essences seront renforcés. Il sera question aussi du nettoyage des ripisylves, ces végétations en bord de rivière, qui peuvent à la fois propager un incendie mais aussi maintenir des zones humides.
« Si on enlève toute végétation ça accentue la sécheresse » rappelle Hermeline Malherbe présidente du SDIS et du Conseil départemental. Pour le préfet, la réglementation actuelle sur la question demeure trop restrictive. « Je l’ai signalé au ministère. Il ne faut pas avoir de tabou ou de sujet qu’on n’ose pas toucher. » Les semaines à venir seront cruciales pour l’application des indemnisations mais aussi ajuster un calendrier pour les plans de protection.
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