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La photographe catalane Paloma Laudet primée à Paris et exposée à la BnF

La photojournaliste catalane Paloma Laudet distinguée à Paris et exposée à la BnF

Article mis à jour le 19 décembre 2022 à 07:05

La photojournaliste Paloma Laudet – originaire des Pyrénées-Orientales – a décroché la Bourse du Talent 2022. Une distinction de plus pour la jeune catalane, née en 1999, synonyme d’une prestigieuse exposition sur les murs de la Bibliothèque Nationale de France (BnF) à Paris.

La Bourse du talent est organisée par le magazine en ligne photographie.com, la fondation Picto et la BnF. Le prix est ouvert à tous les photographes, sans restriction d’âge, et qui ont le choix entre plusieurs catégories : reportage, mode & transversalité, portrait & espace, paysage & architecture.

Paloma Laudet a remporté la thématique paysage avec son projet au long cours et nommé No man’s land.

Elle y documente, depuis bientôt trois ans, les dispositifs adoptés à Calais, et la politique générale de répression mise en place contre les exilés. « J’ai vraiment hésité, lors de ma candidature, sur le choix de la thématique. Étiqueté ici comme paysage, ça ne veut pas dire que le projet ne peut pas raconter d’histoires ou d’actualités. Cela n’empêche pas d’avoir un propos et de documenter. Paysage ou reportage : c’est juste un moyen de parler d’une situation spéciale ».

Ci-dessus en photo de Une © Paloma Laudet : « Le long de la rocade portuaire, une première clôture avait été construite en 2015. Par la suite, c’est ce mur anti-intrusion qui a été érigé. Calais, le 22 mars 2021. »

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Une exposition à la Bibliothèque Nationale de France

« À Calais, près de 65 kilomètres de clôtures barbelés dentellent la ville. Depuis les Accords du Touquet signés en 2003, on assiste à une externalisation de la frontière britannique sur le sol français. L’Angleterre a versé plus de 170 millions d’euros à la France pour la sécurisation de sa frontière face à l’afflux de migrants dans le Pas-de-Calais. La ville, avec le soutien de l’État, a mis en place une politique de répression envers les centaines d’exilés toujours présents à Calais. En 2020, 3.000 mètres carrés d’espaces verts et de forêts ont été évacués, rasés puis clôturés pour éviter la formation de nouveaux camps. Mais surtout, près de 26.000 panneaux de clôtures, parfois électrifiés, ont fleuri partout dans la ville.

Ces dispositifs anti-migrants touchent aussi les Calaisiens qui sont privés de certains espaces et subissent eux aussi ces clôtures au quotidien. Ces murs, clôtures, barbelés, caméras de vidéosurveillance et matériaux de détection infrarouge, rendent les 30 kilomètres entre Calais et Douvres quasiment infranchissables en véhicules. De ce fait, les exilés prennent de plus en plus de risques pour traverser le détroit, notamment en petits bateaux. Selon la préfecture maritime, en 2021, entre le 1er janvier et le 31 juillet, 12.000 personnes ont tenté de traverser la Manche en bateaux, contre environ 2.300 en 2019. En 20 ans, plus de 346 exilés sont morts en tentant de rejoindre l’Angleterre ».


Parler des murs et des dispositifs anti-migrants pour intéresser sur la problématique globale

La photojournaliste a commencé ce reportage dans le cadre de sa formation à l’École des métiers de l’information de Paris (EMI). Emplie de passion dans la voix, elle nous partage : « J’y allais tous les mois, puis, de décembre à avril j’y ai habité pour continuer le sujet. Au début, j’étais plus dans l’idée de raconter des histoires personnelles d’exilés. Petit à petit, je me suis dit que, malheureusement, ça fait vingt ans qu’on voit les mêmes images choquantes.

Tout en restant sur la situation dans cette ville, je pouvais mettre en avant quelque chose de différent, mais de tout aussi fort : parler des murs, et de ces dispositifs, était un bon moyen d’intéresser les gens sur la problématique globale. Cela remet aussi les Calaisiens dans la situation, alors qu’on n’en parle moins. Via ces locaux, on s’aperçoit davantage que cette politique impacte tout le monde. Les habitants sont abandonnés et pris au piège. Sans parler des ONG et autres actions solidaires qui sont totalement bloquées ».

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Aujourd’hui, Paloma Laudet poursuit No man’s land. Le chapitre de Calais est terminé, mais deux nouveaux ont déjà été commencés : Ceuta et la frontière entre Pologne et Biélorussie.

« J’étais en août 2021 à Ceuta, la seule frontière terrestre entre l’Europe et l’Afrique, avec ses 7,8km de murs et de barbelé. En octobre 2022 j’étais en Pologne. Je reste toujours côté Union Européenne pour montrer comment cette organisation se barricade. Et comment elle finance cette politique ».

Interrogée sur les décisions de narration de No man’s land, elle se confie : « Ne pas mettre d’humains en photo dans le chapitre de Calais, était un choix pour montrer l’inhumanité des dispositifs. Pour la suite, c’est encore en réflexion. Mais je tiens à rappeler qu’il est impossible d’arriver sur place, et de prendre en photo cette nature morte, sans de nombreuses rencontres au préalable ».

Elle conclut quant à la grande problématique du financement d’un projet de cette envergure : « Ce sont beaucoup d’investissements personnels, pour le vendre par la suite, ou pour des candidatures à des bourses ; et entre-temps, s’il y a une commande de reportage, c’est le plus confortable bien sûr ».


Paloma Laudet a reçu, récemment, le Prix Sept info pour son travail réalisé à Ceuta. En octobre dernier, en Pologne, la photojournaliste était en mission pour une ONG, ainsi que pour le journal Le Monde. Quels sont les projets pour cette nouvelle année ? « J’ai besoin de retourner à Ceuta et en Pologne. Je n’y suis resté qu’une dizaine de jours. Or, je dois m’investir autant que pour Calais. J’aimerais beaucoup commencer un nouveau chapitre de No man’s land en Hongrie, à la frontière avec la Serbie. C’est en tous cas mon sujet de fond, que je vais poursuivre, et ça prend du temps. »

Paloma Laudet, photojournaliste indépendante, est membre des collectifs Hors Format et Item. Son reportage No man’s land – distingué par la Bourse du Talent – est exposé, aux côtés des autres lauréats, jusqu’au 12 mars 2023 à la BnF.

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Idhir Baha