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Le Miam à Perpignan l La cantine solidaire qui suscite des vocations

Le Miam Perpignan

Article mis à jour le 14 novembre 2022 à 11:05

Cette cantine solidaire perpignanaise fêtait ses 2 années d’existence quand nous avons rencontré l’équipe du Miam. Les micros et caméras ? Camille, Wilfried, Anne, Pablo, Lia, ou Charlotte connaissent ; ils ont déjà eu les honneurs de la presse nationale voire internationale. Car le Miam est une cantine qui interroge, où l’accueil social et la lutte anti-gaspi prévalent sur la course au profit ou le chiffre d’affaires. Rencontre avec les acteurs de ce lieu unique ; des fondateurs, aux bénévoles en passant par les bénéficiaires, les clients et les soutiens institutionnels.

Ce jour de juin, la terrasse que partage l’Atmosphère et le Miam est en effervescence ; tout le monde s’affaire. Certains dressent les tables quand d’autres préparent l’accueil. Pendant ce temps-là, en cuisine Camille et Lia sont dans le rush. Heureusement, Lucia et Anne sont attendues pour prêter main-forte. Camille est fondatrice salariée, Lia diplômée d’une école de cuisine, Lucia en service civique et Anne est bénévole. Une multitude de statuts, mais une même envie : donner du sens à leurs actions.

Le Miam Perpignan

« Une envie et des valeurs à partager autour de l’assiette »

Pour Camille et Wilfried, tout est parti d’une envie de partage. Celle de créer un lieu de rencontre autour de l’assiette et du repas avec des menus sains, accessibles à tous et toutes et dans le centre-ville de Perpignan. Nouvelle arrivante sur Perpignan, Camille était confrontée à des lieux fermés ou peu accueillants.

« À Perpignan, il y a peu de lieux où on se sent bien accueilli d’office. Et nous avions envie de créer ce lieu. Il ne s’agissait pas seulement d’ouvrir un restau, mais bien une cantine associative ».

Comme pour illustrer les propos de Camille, 55 ans sans emploi, Abdel témoigne. « Je viens pour la chaleur humaine, pour faire connaissance, pour tutoyer des gens« . Abdel est célibataire, il habite non loin de la Place Rigaud. « J’ai un appartement en face de l’ancienne université, je viens presque tous les jours, parce que ça bouge pas mal. Je viens pour le plaisir de parler, pour faire connaissance. Ce n’est pas une question d’argent, mais plus pour discuter avec les gens, être heureux avec eux, sinon je serai tout seul« .

Avant de se lancer, Camille et Wilfried ont d’abord testé le concept lors de festivals. Et en 2018, les deux amis fondent la structure. « On a passé pas mal de temps à chercher un local, car la recherche est compliquée à Perpignan. Et puis nous avons eu l’idée de partager un lieu avec Florian et Kevin, repreneurs de l’Atmosphère. Á la mi 2019, tout était acté, le Miam allait ouvrir ses portes en janvier 2020. Juste le temps de concourir à un appel à projet initié par la Région. Nous avons été le 2e projet le plus voté par les citoyens. Nous avons eu 17.000€ de soutien au démarrage ».

À peine ouvert, le Miam est contraint par le confinement

Le 17 mars toute activité est mise en sommeil en France afin d’aider les soignants à contenir la crise sanitaire. Camille, Wilfried, Charlotte, et tous les bénévoles tirent le rideau de la cantine solidaire à contrecœur. Avec le Covid, les besoins des plus précaires sont moins visibles, mais tout aussi réels. L’équipe du Miam décide d’organiser des distributions de repas solidaires.

À défaut de convivialité, les habitués auront au moins de quoi manger. « Le collège bénévole s’est particulièrement investi, et nous avons eu de nombreux dons de la part de nos adhérents. Nous avons aussi pu bénéficier de la bourse d’une fondation pour distribuer des repas et des kits d’hygiène aux personnes qui en avaient besoin. Jusqu’à la fin du premier confinement tous les samedis, nous servions 70 repas à emporter« .

Un restaurant pas comme les autres

Pour le service de ce samedi au Miam, Camille et Lia s’affairent en cuisine. Les deux jeunes femmes sont souriantes et chantent tout en formant des polpettes de légumes qui seront servies avec une délicieuse sauce tomate. Une ambiance bien éloignée de l’image d’Épinal de la brigade de cuisine. Lia a 26 ans ; après ses études, elle intègre un restaurant traditionnel. Á la réouverture des restaurants après le confinement et après 7 ans en cuisine, la jeune femme peine à voir son avenir dans le secteur. « Avant le confinement, j’avais négocié la réduction de mes horaires à 40 ou 50 heures de travail par semaine. Mais après le déconfinement, je me suis remise à bosser même le dimanche, genre 80h par semaine !.

Et personne n’y voyait rien à redire. Au contraire, l’état d’esprit général était plutôt à dire qu’il fallait se sacrifier pour le patron ! Je faisais de la cuisine depuis 7 ans dans des restaurants traditionnels, mais je n’arrivais plus à me projeter« .

Á la question, le secteur de la restauration ne tient-il pas compte du bien-être de ses salariés, la réponse de Lia fuse, et c’est un grand Oui !. « Et c’est le système qui fait ça, même s’il y peut y avoir des gens bienveillants dans le secteur, c’est un mode de fonctionnement qui perdure depuis longtemps et qui est même transmis dans les écoles. Genre vous allez en chier et c’est normal !« .

Lia, Camille et Lucia

« Quand tu viens bénévoler, tu as l’impression de participer à quelque chose de plus grand »

Lia rencontre le Miam, Camille et les bénévoles lors d’une distribution de repas solidaires et rejoint l’aventure en juillet 2020. « Je fais les mêmes gestes qu’avant, c’est le même métier, mais ce ne sont pas les mêmes priorités ». Pour Camille, les bénévoles modifient aussi l’approche du métier. « Le secteur de la restauration exploite des personnes sous-payées, alors que quand tu es bénévole tu viens de toi-même pour participer à quelque chose de plus grand que toi. Mais quand tu vas bosser pour un patron qui te sous-paye, tu vas juste remplir ses poches. Ici quand les personnes viennent bénévoler, l’objectif n’est pas de nous payer nous, mais pour que le projet continue à exister.

Nos salaires sont fixés par le conseil d’administration de l’association. De plus, tous les bénéfices sont réinvestis dans l’action sociale du restaurant. L’état d’esprit est complètement différent« .

Certains restaurateurs pourraient prendre ombrage de la terrasse pleine de la cantine solidaire. Camille s’emporte, « on est certes un restaurant, mais nous avons aussi une dimension sociale. On fait aussi de l’accueil de personnes, en cuisine il y a aussi des personnes qui ne sont pas du métier qui viennent proposer quelque chose. Ici, il y a des gens qui se côtoient et qui n’ont pas les mêmes moyens.« 

« Cela n’existe pas dans un restaurant traditionnel, où tout le monde doit payer la même chose ». Le Miam propose des prix solidaires, allant de 2€ le menu complet à 7€ pour le prix conseillé. Quand le tarif de soutien est de 10€. Camille de rajouter, « quand tu viens payer ton repas, tu contribues à une action solidaire. Je crois aussi à la restauration traditionnelle, je ne pense pas que tout le monde doit faire comme nous, mais il faut comprendre que nous n’avons pas le même modèle économique ».

Récupération d’invendus, menus végétariens et bénévoles, un modèle économique coopératif et des valeurs durables

Au-delà de l’absence de profit inhérent au modèle associatif, le Miam a dû imaginer le moyen pour un modèle solidaire. « Pour pouvoir faire des repas bon marché, il fallait passer par de la récupération. Ce qui exclut la viande pour des questions de conservation. Et puis, nous avons nous-même arrêté de manger de la viande, alors on s’est dit pourquoi pas ». Le principe de récupérer les invendus prend du temps et contraint le choix des menus. « Là aussi c’est une différence par rapport à la restauration traditionnelle », insiste Camille.

« Nous fonctionnons grâce aux invendus de 2 BioCoop du département et d’un grossiste qui est dans l’obligation légale de gérer ses invendus ». Camille confie avec ironie, « on se rend bien compte qu’on fonctionne sur les ruines du capitalisme. Comment faire pour moins consommer ? Même en France il y a des gens qui ont du mal à se nourrir alors qu’il y a beaucoup de gaspillage. Dans le monde, on produit de quoi nourrir 13 milliards d’habitants, et il y a des milliers de personnes qui meurent de faim. Personnellement, ce sont des choses que je ne peux pas entendre ! »

Parmi les clients ce jour-là, Doumé, 66 ans retraité, pourrait être considéré comme un serial associatif. Il nous liste les associations pour lesquelles il milite. Du théâtre de la complicité, en passant par les Amis Catalans du Sud de l’Inde ou Pyrénées Catalanes Népal. Doumé est aussi végétarien convaincu. « Je viens au Miam pour manger végétarien, même si le couscous chez Radija à la rue Lucia est très très bon. Mais il y a eu une industrialisation du commerce de la viande qui conduit les moins argentés à manger de la viande de piètre qualité ! ». 

Ces jeunes en quête de sens, qui veulent se rendre utiles

Dans un rire, Pablo esquisse un pas de danse en passant la toile après le service. Ce grand brun de 28 ans a fait son choix, le greenwashing ne passera pas par lui. Après des études en école d’ingénieur et 3 ans à travailler dans l’informatique, le jeune homme a pris conscience que son travail « n’avait ni avenir social, ni écologique ».

Et il a tout plaqué. « Je suis parti, et j’ai passé un an à faire du militantisme avant d’arriver à Perpignan en novembre 2021 ».

En décembre, il intègre le groupe de bénévoles du Miam. « Je suis au Miam entre 2 et 4 fois par semaine. J’ai eu fait la cuisine ou le service, mais depuis un moment, j’assure l’accueil. J’aime bien parler avec les gens, les voir, vérifier les cartes, les inscrire ». Parfois la négociation avec certaines personnes en état d’ébriété peut être compliquée. Mais pourquoi Pablo a choisi d’être bénévole au Miam plutôt qu’une carrière confortable dans la tech ? « Plus que le sens, ce qui compte c’est l’utilité du taf que je fais ici« .

Pablo s’interroge : « qu’est-ce que je peux apporter à une société à une ville, à un pâté de maison ? Qu’est-ce que cela peut apporter de positif, de constructif d’avoir un lieu qui rassemble des personnes de classes sociales différentes et qui partagent toutes le même menu ? ».

En nous montrant la disposition des tables Pablo décrit cette volonté de gommer les différences entre les clients du Miam.  « Il y a peu de différences entre les tables, et tu te retrouves avec des gens qui ne sont pas tes potes. Au début, tu vas t’assoir seul, mais le manque de place fait que tu vas devoir croiser les gens. Au contraire, dans les métiers de la tech, on part de plus en plus loin pour éviter ce brassage. Pour le coup, je préfère être bénévole ici, à réunir les gens, plutôt que d’être payé à les séparer« .

Ce samedi de juin, la terrasse au diapason d’un chansonnier

Pour fêter les 2 ans du Miam, un chansonnier circule entre les tables et propose aux convives de choisir : chansons de Brassens, issues de la culture catalane ou de la Réunion, où Gunter est parti vivre il y a 20 ans. Agnès Langevine, élue à la Région est présente, elle choisit une chanson en créole. « Je ne connais pas alors ce peut être sympa ». Le chanteur dégaine sa guitare et entame sa chanson.

« Dimanche soir à côté ti’bazar. Un ti’fille l’était là. Moin l’a vu, li l’était gaillard (…) Et le refrain disait « Toué lé jolie, ton dent lé blanc comm’ de riz, Toué lé jolie, ton zié brille comm’grain letchis. Ton zié lé noir ti fille, ton cheveu lé noir aussi. Ah ti fille, n’a rien que ton dent que lé blanc. Comm ‘ un grain de riz ».

Le Miam comme une place de village et de rencontre

Selon Pablo, le métissage social et culturel du Miam forme une logique de place du village. Une place e village en cœur de ville. Charlotte, membre du collège bénévole nous confie. En arrivant de Paris, Charlotte et sa petite fille s’installent dans le quartier. « Ma petite fille a appris à marcher ici. En général, le samedi je m’occupe de l’accueil. Je m’occupe aussi des dossiers de subventions. Maintenant, je suis très impliqué dans les perspectives. Et ça me permet aussi d’être très impliquée dans la vie de quartier ».

Quant aux projets, le Miam ne manque pas d’idées. Un des objectifs est de faire des émules, susciter des vocations, permettre à ceux qui voudraient s’inspirer du modèle de la cantine solidaire de pouvoir le faire. Les projets, les idées, les perspectives sont discutées par le conseil d’administration. Composé de 8 bénévoles, le collège se réunit régulièrement pour évoquer le quotidien, les horaires, l’organisation, les orientations, les événements à venir.

Camille nous confie : « on a envie de déménager la structure, c’était bien de partager les locaux avec l’Atmosphère, mais il faudrait que ce soit plus grand. Nous aimerions élargir nos horaires d’ouverture. Mais aussi mettre en place de nouvelles activités, des ateliers de cuisine, de mises en conserve par exemple, mais notre cuisine est trop petite ».

Selon Camille, désormais « au bout de 2 ans, les structures sont plus solides ».

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