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Duel Bardella-Mélenchon à Perpignan : La guerre des chefs éclipse l’élection municipale

Article mis à jour le 1 mars 2026 à 20:24

À deux semaines du premier tour des élections municipales, Perpignan a passé un week-end au cœur des tensions nationales. Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon se sont affrontés par meetings interposés. Le premier, venu le 28 février, vante le bilan de Louis Aliot, maire de Perpignan. Le second, ce dimanche 1ᵉʳ mars, au côté du candidat insoumis aux Municipales, Mickaël Idrac, appelle au « front antifasciste ».

De Sardou à PNL : deux meetings en miroir

Loin de l’élection locale, dans les tribunes, les spectateurs sont venus défendre des visions antagonistes. Dans les gradins RN ce samedi, on évoque la « peur de LFI ». Un grand-père et son petit-fils de 14 ans sont venus d’Ariège pour soutenir Jordan Bardella. Si “on ne parle pas de politique en famille”, ils suivent à deux tous les meetings du parti d’extrême droite. Le lendemain au palais des congrès, on crie « siamo tutti antifascisti ».

Les gradins en rang du Rassemblement national où s’amoncellent les drapeaux bleu blanc rouge contrastent avec une salle où les militants se serrent, certains assis par terre, d’autres debout, et dans laquelle les drapeaux palestiniens, français, syndicaux et LGBT+ se rassemblent. Chacun y va de sa playlist, de Michel Sardou aux rappeurs du groupe PNL.

Perpignan, théâtre du “eux ou nous”

Avant les prises de parole des pontes nationaux, Louis Aliot et Mickaël Idrac ont présenté leur projet pour Perpignan. L’un prône la “constance”, l’autre la “rupture”. L’un comme l’autre écument les noms de leurs adversaires Bruno Nougayrède, Agnès Langevine et Mathias Blanc. À noter qu’une sixième liste “Lutte ouvrière” se présente à Perpignan, menée par Pascale Advenard. Pour le maire sortant, “il faudra mettre tout ce beau monde dehors”. Le candidat LFI lui, se présente comme seule alternative. “À Perpignan plus vite qu’ailleurs, à la fin ce sera lui ou moi”. “Il n’existe rien d’autre”, abonde ensuite Jean-Luc Mélenchon.

Mort de Quentin Deranque : le RN et LFI continuent de se renvoyer la balle

Le décor du duel était planté avant même la venue des deux chefs de file. Il y a quelques semaines, alors que la visite de Jean-Luc Mélenchon est annoncée, le Rassemblement national décale le meeting de Louis Aliot. Les deux évènements étaient prévus le même jour. La France insoumise décalera finalement le sien au 1ᵉʳ mars. Un report qui advient après la mort de Quentin Deranque, militant d’extrême droite décédé à Lyon lors d’une rixe face à des militants d’ultra gauche. Parmi les suspects arrêtés, deux attachés parlementaires du député LFI Raphaël Arnault.

C’est d’ailleurs par un hommage au jeune homme que Jordan Bardella a entamé son attaque à Jean-Luc Mélenchon. “L’extrême gauche a tué. Ce drame est le résultat d’un cas de violence méthodiquement construit et installé dans le pays par M. Mélenchon et par ses amis. Demain, nous dresserons une liste des organisations qui portent atteinte à la sécurité nationale. Et ces milices violentes seront traitées comme elles sont, à savoir des organisations terroristes. » Le lendemain, Jean-Luc Mélenchon riposte et dénonce une dialectique trumpiste. Il a rappelé les révélations du journal L’Humanité sur des traquenards montés par le collectif identitaire Némésis pour piéger des militants antifascistes.

Démonstrations de force un an avant les élections présidentielles

Dans les gradins aussi, le sujet est au cœur des préoccupations. “La gauche tue”, crie-t-on à la volée pendant la prise de parole de Jordan Bardella. En attendant Jean-Luc Mélenchon, deux retraitées venus de Gironde et du Tarn confient s’inquiéter de l’hommage rendu aux militants à l’Assemblée nationale. “Une minute de silence pour un néo-nazi, on avait jamais vu ca.” Si elles sont là, c’est aussi pour répondre au meeting de la veille. Même son de cloche parmi un groupe de jeunes filles. “On est venues parce qu’on se sent enfin représentées par une personnalité de gauche. Et pour le soutenir, il faut qu’il y ait du monde.”

Car les chiffres comptent dans le duel. 3000 personnes environ annoncées du côté du RN, LFI se targue de 2000 spectateurs et d’avoir dû ouvrir une deuxième salle au palais des congrès pour accueillir la foule. “On n’était pas à domicile mais on a gagné 3-0”, lance Manuel Bompard, coordinateur national du parti.

Coupure de courant chez Bardella, Mélenchon saute sur l’occasion

Les deux partis orchestrent leur démonstration de force. Si bien que, alors que la lumière s’est brutalement éteinte pendant la prise de parole de Jordan Bardella, Jean-Luc Mélenchon en profite pour ironiser le lendemain. Il fait alors allusion à la rivalité passée entre Louis Aliot et Jordan Bardella pour la présidence du parti. Chaque détail est pris d’assaut pour décrédibiliser l’adversaire.

Le RN et LFI présentent les Municipales comme une étape à gravir pour les présidentielles. Pour Jordan Bardella, il s’agit d’enclencher “le jour un de l’alternance”. “Les Municipales ont changé de sens” pour Jean-Luc Mélenchon. Dans les deux discours, un choix inéluctable se dessine pour lutter d’un côté contre le désordre, de l’autre contre le fascisme. Dans cette lutte locale pour la conquête présidentielle, la cité catalane cristallise les tensions.

“Perpignan est une figure de la médiocrité puante du fascisme”, lâche Jean-Luc Mélenchon.

Le discours de plus d’1 h 30 du chef de file insoumis s’est épanché sur la lutte contre les « suprémacismes ». Un plaidoyer qui lui a permis d’aborder une multitude de sujets nationaux et internationaux : silence des institutions françaises dans l’affaire Epstein, guerre en Iran et situation du monde agricole. Du côté de Jordan Bardella, certains thèmes reviennent. L’agriculture, notamment, à laquelle s’ajoutent la baisse de la fiscalité, la sécurité et la lutte contre la “mexicanisation” de la France. Expression brandie par le Rassemblement national pour décrire le narcotrafic.

« Election volée » : le national a t’il pris le dessus ?

Il y a quelques semaines, au micro de Made In Perpignan, le candidat Mathias Blanc dénonçait une “élection volée” par les figures nationales. Et en effet ce week-end, la ville a servi de tribune à deux partis qui veulent dessiner un face-à-face. Numéro 2 de la liste de Mickael Idrac, Naïma Mokhtari a introduit le meeting en annonçant la couleur : “L’enjeu dépasse notre ville. La France nous regarde.” Une course à la nationalisation qui pourrait se poursuivre. Ce jeudi 6 mars, Raphaël Glucksmann, Boris Vallaud et Carole Delga sont attendus en soutien à Agnès Langevine, candidate de Place publique et du Parti socialiste.

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