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Faire place aux histoires vécues : le Mémorial du Camp de Rivesaltes dévoile sa programmation 2026 – 2027

Pas de hiérarchie entre les mémoires. Pas de concurrence entre les destins. Et pas de concession face à la complexité. C’est le credo de Céline Sala, directrice du Mémorial du Camp de Rivesaltes, qui reste dans l’obsession du sens à donner au site. L’idée reste d’ouvrir ce lieu qui fut fermé, pour faire respirer la nouvelle exposition permanente à travers des colloques et conférences, mais aussi des restitutions artistiques.

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Au fil des années, ce qui marque l’histoire des indésirables est la disparition progressive des grands témoins qui ont vécu les camps et les évènements. « C’est l’enjeu de tous les mémoriaux. Je suis allé à Hiroshima au Japon, il y a la même problématique à 15 000 kilomètres. Comment faisons-nous à l’heure de la disparition des grands témoins ? Comment les jeunes générations et les descendants s’emparent de la mémoire ? »

Après la disparition des témoins, l’ère de la post-mémoire

La nouvelle programmation s’attache à une post-mémoire, à l’idée de transmission. En mars un café sport sera organisé avec les frères Cantona et les frères Goutta, autour de l’intégration par le sport des descendants d’exilés. « On s’appelle mémorial, pas historial. Nous faisons place à ceux qui transmettent et aux jeunes générations. Nous faisons le pari de cette jeunesse, les citoyens de demain. » Adam Joulia a ainsi présenté un film sur Edouard Drommelschlager qu’il a réalisé alors qu’il n’était qu’en troisième.

Une jeunesse qui sera également invitée, avec l’accueil de 1200 élèves de quartiers défavorisés. « Un enfant qui vient au Mémorial se verra offrir une carte pour toute sa famille. Il devient le prescripteur. » Avec les rencontres de la laïcité, les enfants du territoire réfléchissent au concept, s’approprient le Mémorial.

Antisémitisme, xénophobie… un besoin de mieux saisir ce que recoupent vraiment ces termes entendus dans les médias

Avec l’accueil du festival « Et Alors ? » c’est la déportation des homosexuels qui sera abordée dans une pièce de théâtre. Le comédien Denis Lavant viendra faire une lecture pour l’anniversaire de la panthéonisation de Robert Badinter. On sourira avec la pièce « Le parfait manuel à l’usage des futurs dictateurs », on découvrira les dernières recherches concernant les Brigades internationales, on laissera sortir de sa cage l’art qui résiste à la censure.

Le Mémorial noue des coopérations avec plusieurs théâtres locaux, mais échange aussi avec des sites européens, en Allemagne et en Espagne entre autres.

« En élargissant notre territoire on devient plus fort pour ne pas oublier. Nos lieux de mémoire sont des lieux qui font du bien. Il y a un besoin de se former, mieux savoir ce que recouvrent les termes qu’on entend dans les médias comme antisémitisme, antitsiganisme, xénophobie… »

Sculpteurs, artistes explorant les marges seront mis à l’honneur. Sans oublier la musique avec le Barcelona Gypsy Klezmer Orchestra qui viendra se jouer des frontières. Ou encore le choeur d’enfants de Pablo Casals qui jouera l’opéra de Brundibár sur les camps nazis.

« Il reste encore des mémoires à explorer »

La guerre d’Algérie sera abordée à travers un hommage aux femmes, trop souvent invisibilisées sur cette période. Car, encore et toujours, le travail pour faire parler le passé n’est pas terminé. « Il reste encore des mémoires à explorer. Nous l’avons vu avec les Guinéens. Il y a du travail sur la colonisation et la décolonisation, les migrants… » Projection de films, journées d’études, concours et remises de prix, cafés littéraires… C’est un long travail pour maintenir à la surface un passé qui sombre dès qu’on ne le porte plus.

Toute cette dynamique amène un certain engouement pour le site. France Télévisions prévoit des films sur le camp de Rivesaltes. En attendant leur diffusion, la programmation laisse de quoi se pencher sur la quarantaine de rendez-vous prévus jusqu’en août 2027, avec le choix d’entrer par l’art ou par l’Histoire. Les deux s’entrecroisent, quoi qu’il en soit.

Retrouvez toute la programmation sur le site du Mémorial du camp de Rivesaltes.

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Philippe Becker