Le mérou a failli disparaître totalement des côtes méditerranéennes. Depuis 2001, dans la réserve naturelle de Cerbère – Banyuls-sur-Mer, sa population augmente, baromètre de tout un écosystème. Des résultats, et surtout une présence de juvéniles, qui plaident en faveur des zones de protection.
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Savoir compter un poisson qui se déplace…
Ce jeudi 10 septembre 2026, les embarcations reviennent au port de Banyuls-sur-Mer par une mer agitée. Scientifiques, animateurs du parc marin, plongeurs et apnéistes bénévoles… Tous les trois ans, les acteurs de la réserve naturelle, réalisent un comptage sur quelques jours pour suivre la population du mérou. Pas simple de dénombrer des poissons en mouvement ! Les plongeurs ratissent différentes profondeurs en progressant en ligne, en partant du large pour revenir vers la côte. Ils notent leurs observations sur un papier qui supporte l’eau.

« Chacun doit tenir son cap et garder son collègue de palanquée bien en vue, pour ne pas manquer des mérous » explique Bruno Ferrari, directeur adjoint du parc marin. Profondeur et comportement du poisson sont notés. Sur le bateau, on croise les données pour être sûr de n’avoir pas compté plusieurs fois le même animal.
Mérou sont-ils passés ?
Le mérou est une espèce dite « parapluie ». Cela signifie que la protection de son habitat est aussi celle d’un écosystème complet qui inclut sa chaîne alimentaire. Sa présence constitue un baromètre écologique. Mais ce poisson a été tellement pêché que fin des années 1980, il a quasiment disparu de Méditerranée.
« Il y a eu un moment où on a cru qu’on allait perdre le mérou sur les côtes françaises » explique Philippe Lenfant, professeur à l’université de Perpignan et président du pôle d’étude du mérou.
La réserve naturelle de Cerbère-Banyuls, gérée par le Conseil départemental, permet d’en épargner une poignée. On compte sept mérous dans le golfe du Lion en 1986. En 1993, un moratoire interdit la chasse sous-marine du mérou brun en Méditerranée, puis en 2002 c’est la pêche à l’hameçon qui est suspendue. On observe peu à peu un retour du poisson, mais essentiellement dans les aires protégées comme la réserve naturelle marine de Cerbère – Banyuls-sur-Mer, où son alimentation est elle-aussi à l’abri.
« On a été contacté par d’autres pays sur le pourtour Méditerranéen »
Les résultats sont plus qu’encourageants. En 2001, 190 mérous sont recensés dans la réserve. En 2023, ils sont 730. Cette année, le résultat du comptage doit encore être affiné mais d’après les premières observations, on dépasserait largement le précédent chiffre. Le plus intéressant est sans doute la présence de nombreux juvéniles, indiquant une reproduction sur place. « Cela veut dire que tout le système fonctionne bien, commente Philippe Lenfant. La biomasse est présente. On a été contacté par d’autres pays sur le pourtour Méditerranéen pour savoir quel type de suivi a permis de convaincre les décideurs de maintenir le moratoire. »
Autre signe prometteur, comme le rappelle Virginie Hartmann, responsable scientifique, on relève de plus en plus de mérous hors du périmètre de la réserve. Le poisson investit de nouveaux lieux, qu’il va falloir à leur tour protéger. De quoi encourager la fameuse extension de la réserve de 650 à 1680 hectares prévue en 2027. « Quand l’extension va avoir lieu il y aura déjà un pool de mérous présents sur zone. »

Au-delà du rôle indéniable de la protection, démontré par le contraste avec les zones non surveillées, le dérèglement climatique pourrait avoir un rôle paradoxalement positif. Le mérou est en effet une espèce thermophile. Là où d’autres espèces sont perturbées par ce qu’on appelle les « canicules marines », le mérou pourrait apprécier les eaux plus chaudes. Prochain comptage dans trois ans, sur un secteur bien plus vaste.
Le saviez-vous ? Le mérou change de sexe
Les mâles, territoriaux, vivent avec des harems de femelles sur des secteurs déterminés. Quand elles atteignent environ 80 cm, les femelles deviennent à leur tour des mâles et continuent de grossir, pouvant dépasser le mètre. Le mérou peut vivre une cinquantaine d’années.
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