Arrivée en France en 2017, Anna* vit dans un foyer après avoir connu plusieurs périodes à la rue. Avec environ 700 euros par mois, mêlant RSA et allocation chômage, elle tente de se stabiliser, tout en cherchant à retrouver un emploi. Le témoignage d’une précarité marquée par l’errance, l’isolement lié entre autres à l’orientation sexuelle et l’espoir d’une vie meilleure.
Le portrait d’Anna s’inscrit dans une série réalisée avec le soutien du ministère chargé de la ville. Made In Perpignan a voulu montrer les « visages de la précarité en pays catalan », la réalité humaine qui se cache derrière les statistiques de la pauvreté ; des trajectoires de vie, des accidents de parcours, des héritages sociaux et des luttes silencieuses…
Dans un centre d’accueil de jour à Perpignan, malgré la pluie, Anna s’affiche souriante dans sa parka kaki. Les cheveux coupés à la garçonne, la jeune femme fume sa roulée devant son thé aux fruits rouges. Après plusieurs épisodes d’errance dans la rue, Anna n’est plus SDF.
« Aujourd’hui, ça ne va pas mieux, mais ça va moins mal »
Anna vit seule dans un petit studio, elle partage la cuisine avec deux autres résidents. « C’est comme une colocation », résume-t-elle. Chaque mois, elle dispose d’environ 700 euros pour vivre. « Avec ça, je paye le loyer. Je mange. Je fume. Parfois, je bois un peu. » Depuis quelques semaines, elle ne travaille plus, une chute l’a contrainte à interrompre ses recherches d’emploi. « Je voulais aller chercher du travail, et je suis tombée. Là, j’attends que ça aille mieux. » Depuis sa blessure, ses journées se ressemblent. « Je viens ici le matin, après je rentre chez moi et je dors. Je ne fais rien », se désole la jeune femme.
Anna ne peut pas non plus compter sur l’appui de ses proches. « Je me suis embrouillée avec ma famille. Je ne pouvais pas rester chez eux. »
Originaire du Maghreb, Anna a quitté son pays par choix. « J’en avais marre, ce n’est pas la même mentalité qu’ici ». Elle avait vécu en Suisse durant son adolescence. Une fois arrivée en France, elle travaille d’abord dans des maisons de retraite, un secteur dans lequel elle dit se sentir à l’aise. « Le contact avec les personnes âgées, c’est facile. J’aime bien. » Après un passage par Grenoble, puis Paris, ses conflits familiaux la poussent à partir.
Dormir dehors, une expérience ambivalente
Fan de l’influenceur Nasdas et de sa team, elle vient à Perpignan en 2022. Mais sans solution de logement, elle se retrouve vite à la rue. Un univers qu’Anna n’idéalise pas, mais qu’elle ne décrit pas uniquement comme un enfer : « C’est un peu bien et un peu pas bien ». Alors l’été, elle dort dehors, sur un matelas gonflable avec des couvertures. « J’ai bien dormi. Mais après, c’est pas bien. Parce que t’es dehors. Tu peux pas te doucher. » La nuit, elle fréquente l’abri nocturne, où l’on reste assis, mais au chaud. « Au moins, t’as pas de risques. » Elle passe aussi par des squats, des voitures, ou des hébergements temporaires. Au total, Anna estime avoir vécu environ un an sans domicile, par épisodes.
À plusieurs reprises, elle intègre des foyers puis finit par être orientée vers un nouveau dispositif qui lui permet aujourd’hui d’avoir un toit. Elle fréquente encore quotidiennement un centre d’accueil de jour perpignanais. « Je viens pour le café, pour voir les gens. » Parfois, elle y récupère des colis alimentaires ou bénéficie de services ponctuels, comme un coiffeur solidaire. « Dès que je touche le RSA, je mets de côté pour le loyer, je remplis le frigo, je fais attention. »
Anna aspire à une vie simple : un emploi, un logement et une compagne
La jeune femme se dit régulière sur le plan administratif et garde de bons contacts avec ses anciens employeurs. Elle espère reprendre rapidement le travail, idéalement dans une maison de retraite. À plus long terme, elle va « chercher un logement. Un bon logement avec un salon, une chambre et tout.. » Et plus loin encore : « Je veux me marier avec une femme. Une vie simple. » À Perpignan, comme pour d’autres personnes précaires, le logement n’a pas tout réglé. Il marque une étape. Celle où l’on cesse de survivre, sans être encore sorti de la fragilité.
*Le prénom a été échangé.
Dans les Pyrénées-Orientales, entre 20 et 25 % des appels au 115 concernent des demandes d’hébergement pour femmes. À Perpignan, cette précarité féminine est souvent moins visible. Les femmes dorment moins fréquemment dans l’espace public que les hommes, privilégiant les solutions temporaires : hébergement chez des tiers, squats, voitures, foyers ou abris de nuit. Une stratégie de protection face aux violences, mais qui rend leurs parcours plus discontinus et plus difficiles à saisir par les dispositifs d’aide. De plus, selon l’agence Santé publique France, les personnes LBGT+ sont deux à trois fois plus exposées à des différends ou à des ruptures avec leurs familles.
Dans la série « les visages de la précarité »
- « Je ne pense qu’au présent » : Yulia, trois ans d’exil dans l’incertitude
- Mère seule dans la précarité : « Je me lève tous les matins pour lui apporter une vie meilleure »
- Joindre les deux vies : Anne-Marie, bénévole, aide sans être à l’abri
- Ambre, 27 ans, navigue entre découverts et emplois courts : « L’hiver est compliqué dans cette région »
- Gilles, handicapé et précaire dans les Pyrénées-Orientales : « Je veux seulement travailler »
- Galérer en couple à Perpignan : « Nous avons fait un crédit pour payer le premier loyer »
- À Perpignan, la précarité discrète des séniors : Pour Lucette, 77 ans, « même laver son linge devient un calcul »
- Six personnes sur ses épaules : la charge mentale de Lucie, mère précaire près de Perpignan
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