Elle veut proposer une alternative pour que les Perpignanais et Perpignanaises n’aient plus honte de vivre dans une ville d’extrême droite. Candidate investie par Place Publique et le Parti socialiste, Agnès Langevine se présente en binôme avec Annabelle Brunet, l’une à la mairie, l’autre à la communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole.
Parmi leurs propositions : une police de proximité citoyenne, un plan de lutte contre l’habitat indigne et un festival des jardins de la Méditerranée pour reverdir Perpignan.
Début 2026, nous avons réalisé le premier épisode de nos « grands entretiens » politiques. Nous avons convié tous les candidats actuellement en lice pour les élections qui se tiendront les 15 et 22 mars prochains. Retrouvez l’ensemble de l’entretien en vidéo à la fin de l’article. Lire ou relire les interviews déjà parues, de Bruno Nougayrède et Mickaël Idrac.
Après des études de psychologie, Agnès Langevine intègre l’hôpital de Perpignan. À 57 ans, elle est élue depuis 2015 au Conseil régional d’Occitanie en tant que vice-présidente en charge du « défi climatique », du « pacte vert » et de « l’habitat durable ». Elle a grandi à Perpignan. En 2008, elle est 6e sur la liste de Jean Codognès, ancien député socialiste. Depuis, Agnès Langevine a été candidate à chaque élection municipale.
En 2020, elle est à la tête d’une liste allant des écologistes aux socialistes. Au soir du premier tour, les électeurs la placent en 3e position avec 14,51% des suffrages. Après une longue réflexion, Agnès Langevine se désiste finalement et appelle au front républicain pour tenter de faire barrage à l’extrême droite de Louis Aliot. Sur cette séquence, la candidate tient à préciser que ce fut « un épisode très douloureux ».
Désormais, elle est candidate sous les bannières Place Publique et Parti socialiste. Avec « Perpignan Autrement », et « Changez d’air » des Insoumis et les Écologistes, l’union avec Annabelle Brunet est la troisième proposition sur l’espace électoral de gauche.
Quelle stratégie pour unir derrière des valeurs de gauche ?
Les Perpignanais souhaitaient une union et nous l’avons faite avec Annabelle Brunet en responsabilité mais aussi en conviction. Notamment avec le sondage de l’IFOP (NDLR, sondage de climat politique réalisé en décembre 2025 pour L’Indépendant) qui trace la voie d’une victoire possible contre Louis Aliot. Nous avons des chemins et des sensibilités différents, mais nous avons l’essentiel en commun : Perpignan. Et nous voulons transformer Perpignan, la rendre plus attractive, évidemment traiter les questions sociales qui sont très dégradées dans notre ville et partager nos compétences, nos expériences et notre détermination. Pour cela, nous sortons toutes les deux de notre zone de confort mais nous le faisons parce que nous voulons l’union pour la gagne.
Qu’est-ce qui vous fait penser que vous seriez la plus à même de battre le maire sortant Louis Aliot ?
Déjà notre détermination, notre travail et puis nous avons déjà battu le Rassemblement national avec Carole Delga aux Régionales de 2021. Les électeurs de Perpignan nous ont choisis devant la proposition du Rassemblement national. Il y a cette menace que Louis Aliot ne puisse pas mener son mandat à son terme. Et puis, il y a le bilan de l’inaction, une ville qui a continué à s’abîmer, des finances qui ne se sont pas rétablies. Nous souhaitons que cette ville trouve la place qu’elle mérite, qu’elle soit dynamique, créatrice d’emplois, méditerranéenne, catalane.
Les instances nationales de Place Publique vous ont désignée pour porter la stratégie locale à l’inverse du vote des militants locaux. La politique politicienne a-t-elle un impact sur la campagne, sur le terrain ?
La politique politicienne a monté en mayonnaise le vote de six électeurs perpignanais ! Je crois que Place Publique est un mouvement sérieux qui mène un combat contre l’extrême droite. Et moi, j’ai fait la preuve de mes compétences, de ma détermination et de ma capacité à rassembler. Il y a aussi le facteur « notoriété » qui compte.

Vous savez, sur le terrain, je sens vraiment une dynamique. Nous avons des personnes qui nous rejoignent, le Parti socialiste, donc avec évidemment des membres importants comme Frédéric Monteil, nous avons Marc Panis ancien dirigeant des écologistes à Perpignan. Là, nous faisons la démonstration de la responsabilité. Et finalement les étiquettes, nos convictions, ne se diluent pas, mais on sait les mettre de côté pour se donner toutes les chances de gagner.
Je crois que c’est cela qui intéresse les Perpignanaises et les Perpignanais. Quand nous sommes sur le terrain, personne ne nous pose cette question. Ils veulent savoir quels sont nos projets pour Perpignan. Je n’ai jamais vécu une telle dynamique pour une élection municipale. Les jeux ne sont absolument pas faits.
En novembre dernier, vous décliniez vos premières propositions à destination de la jeunesse, pourquoi avoir choisi ce sujet comme premier axe de développement ?
La jeunesse c’est l’avenir d’une ville. Et je suis frappée d’entendre des parents me dire que leurs enfants doivent quitter la ville pour réussir. Ça, ce n’est pas acceptable. Il y a aussi le constat des inégalités scolaires, des précarités. Un enfant sur deux vit dans une famille sous le seuil de pauvreté.
C’est dès l’école, voire dès la crèche qu’il faut agir. Nous sommes là en pleine compétence municipale. Nous proposons de réintroduire un petit-déjeuner dès le matin et un kit de fourniture pour que tous les élèves de cette ville aient les mêmes chances.
Il faut aussi des espaces d’écoute, d’activité et d’initiative pour les adolescents. Des lieux où cette jeunesse trouve des animations culturelles et des propositions entrepreneuriales. Cette ville doit être celle de tous les possibles !
Aujourd’hui on n’a pas assez développé le potentiel transfrontalier de l’université. Et l’université n’a pas le soutien politique qu’elle mérite. Nous devons aussi favoriser la vie étudiante, lutter contre les précarités. Nous allons, par exemple, instaurer un ticket-restaurant étudiant. Perpignan doit devenir un campus universitaire à ciel ouvert. Nous voulons doubler le nombre d’étudiants à Perpignan.
Nous voulons faire revenir l’université de médecine au centre-ville. Et la première brique de ce projet, c’est l’universitarisation de l’hôpital de Perpignan.
Dans le cadre de Perpignan Stories, Kylian 19 ans interroge Agnès Langevine. « Qu’est-ce que vous proposez pour améliorer l’accès au transport ? »
Les mobilités sont vraiment une question essentielle. À la fois, les mobilités dans la tête, celles qui nous permettent d’aller nous former, de voyager. J’ai en tête le témoignage d’un enseignant au lycée Maillol qui me disait que certains lycéens n’ont jamais franchi la Têt ! Il faut donc penser à cette façon de se projeter dans toute la ville. Et concrètement savoir comment se déplacer.
À Perpignan, mais aussi dans l’agglomération, il y a tout un plan de circulation à mettre en débat. Pour faire coexister les déplacements, la voiture, les piétons, les vélos, et les trottinettes. Il faut coordonner et ne pas opposer les usages. Le transport en commun, doit être privilégié, mais aussi les mobilités douces à vélo dès lors que les parcours sont sécurisés. Il y aura un plan d’investissement massif en termes d’aménagement et de voirie et une réflexion pour desservir les grands axes principaux de Perpignan, Nord Sud, Est Ouest.
Mais la question aussi, c’est comment je relie l’ensemble des quartiers. On peut proposer un bus circulaire qui pourrait raccourcir les distances. Sur l’accès, je pense que la gratuité n’est pas à exclure, mais il faut qu’elle soit pensée, progressive et soutenable sur toute l’agglomération. C’est une question budgétaire qui sera à négocier avec l’ensemble des élus communautaires. Il y a un gros chantier sur le volet transport et nous allons organiser des assises du transport.
Parmi les priorités des Perpignanais, la sécurité. Perpignan compte 1 policier pour 613 habitants, ratio le plus élevé de France. Et pourtant les derniers chiffres de la délinquance ne sont pas bons. Quelles sont vos propositions sur le volet sécurité ?
Le ressort d’une municipalité ce sont ses policiers municipaux. Et à Perpignan, nous sommes suffisamment dotés. Pour autant, quand il y a des troubles de la tranquillité publique, il faut absolument qu’il y ait une prise en charge et un accompagnement plus préventif en termes d’éducation, de sport et de médiation. Nous proposons donc la création de 50 médiateurs socio-éducatifs sportifs, y compris en intervention de nuit. Ils pourraient travailler en complémentarité avec la police municipale. Par exemple, à quoi ça sert de verbaliser une personne SDF ? Le nombre de verbalisations a explosé à Perpignan. Il faut revoir ce traitement qui n’est ni social, ni humain ! Il faut une réponse éducative, sociale ou même sanitaire pour aller au bout de l’intervention de la force publique.

Nous voulons aussi créer une réserve de police municipale, sur le modèle des réservistes de la gendarmerie. Et pour cela nous sommes favorables à une expérimentation portée par le Sénat.
Concrètement, des citoyens, des retraités, des jeunes, femmes, hommes vont donc être formés. Et évidemment sans port d’arme, ils assureront des missions de police municipale. L’intérêt est de renforcer les équipes mais aussi de former des jeunes qui vont tester leur appétence à ces métiers. C’est aussi une implication citoyenne.
Les violences sont aussi intrafamiliales. Comment la ville peut-elle agir sur ce fléau ?
C’est évidemment une cause à laquelle je suis fortement sensibilisée. J’ai commencé mon engagement militant par le féminisme et le Planning familial. La municipalité doit être présente, cela peut passer par la mise à disposition de logements ou la facilitation du parcours administratif.
Il faut aussi que dans chaque commissariat de police municipale, chaque lieu public, il y ait des référents formés à détecter et orienter les victimes.
En plus, nous proposerons aussi une grande campagne municipale de communication contre les discriminations, la prévention des violences sexuelles et sexistes. Ce sont des combats essentiels.
Nous avons travaillé sur les Visages de la précarité à Perpignan, et ils sont multiples. Le taux de précarité a explosé avec plus d’un tiers des Perpignanais et des Perpignanaises concernées, que peut faire une mairie pour changer ça ?
La première des protections, c’est un logement digne. Il faut un grand plan Marshall sur la rénovation urbaine pour mettre fin au logement indigne à Perpignan. Encore le 3 février, un immeuble s’est effondré à Saint-Jacques ! Il y a 15% de logements vacants à Perpignan. C’est un chantier important et qui, au passage, procurera des marchés pour les entreprises locales.
L’alimentation, c’est aussi très important. Et la première maille de la solidarité c’est l’école. Avec la gratuité de la cantine que nous étudierons. Ensuite, il faut que les familles les plus vulnérables puissent avoir accès à une alimentation saine et équilibrée. Le CCAS est un très bon outil municipal, nous mènerons un diagnostic approfondi, parce que la grande pauvreté, est souvent invisible. Et nous devons la détecter, et appuyer les associations compétentes comme ATD Quart Monde qui proposent des solutions innovantes, y compris de formation ou retour à l’emploi. Et ça, ça va être une priorité. Parce qu’une ville où on masque la précarité est une ville qui s’enfonce et s’abîme.
Quelles sont vos propositions pour adapter Perpignan au climat de 2030 ?
Pour moi, l’adaptation au changement climatique est un marqueur essentiel. Perpignan sous 50 degrés, ce n’est pas dans 10 ans ou dans 15 ans. En mai dernier, il y avait déjà des classes, des logements où il faisait 50 degrés. Les rues étaient désertes et les commerçants n’ont pas bossé. C’est un vrai sujet, et on l’a vu aussi avec la sécheresse.
Pour s’adapter au changement climatique, il faut de la recherche et de l’innovation à développer en lien avec l’université. Il y a aussi la manière d’aménager la ville. Comment construire, rénover avec quels matériaux pour un confort été comme hiver. Il y a aussi la question de la végétalisation.
Pour porter cette dynamique de renaturation, de désimperméabilisation, nous allons créer un festival des jardins de la Méditerranée. Il y aura des installations artistiques, des aménagements paysagers, dans tous les jardins privés ou publics, pour que chacun puisse se réapproprier la question de la végétalisation. Et en dehors de ce temps fort du festival, ce projet partagé permettra à tous d’être accompagnés pour embellir, planter, s’approprier des techniques.

Quand il s’agit de changer les habitudes, ce qui nous manque dans Perpignan, c’est la création d’une dynamique. Il faut donner du sens à l’action publique et fédérer en créant de la convivialité. Gérone avec son festival des fleurs l’a fait, pourquoi pas nous ?
Pour cette campagne, Louis Aliot est dans tous les médias nationaux en raison, entre autres, de ses démêlés avec la justice, les Insoumis ont choisi de faire venir les cadres de leur mouvement. En 2020, vous-même aviez convié Yannick Jadot et Raphaël Glucksmann lors d’un meeting. Première question, avez-vous envisagé sa venue durant la campagne ?
Oui, il viendra à Perpignan, même si nous avons encore besoin de caler la date. Nous aurons vraiment le plaisir de l’accueillir à Perpignan et je suis très heureuse de son soutien.
Perpignan, au niveau national est bien sûr observée comme une grande ville, quel est l’intérêt de nationaliser une élection locale ?
Je ne crois pas qu’il y ait un intérêt à nationaliser le débat, mais en tout cas, nous sommes sur le terrain avec une équipe très diverse. Et finalement, je ne pense pas que les écuries nationales soient si investies. Je trouve que cette élection se joue surtout sur le local. Nous ne jouons pas comme la France Insoumise une stratégie de maintien de l’électorat en vue de l’élection présidentielle ; ou comme Mathias Blanc, quelques places dans l’opposition. Non, nous nous jouons vraiment la gagne ici et maintenant.
Sur la culture, quelles sont vos propositions ?
La culture doit irriguer la ville, et à Perpignan nous avons des pépites avec La Casa musicale ou l’Institut Jean Vigo. Il faut que cette culture soit populaire, partagée et soutenue.
Ensuite, nous avons le projet de rénover le musée d’histoire naturelle au cœur du quartier Saint-Jacques. Ce sera un équipement important pour rénover le quartier, mais aussi pour mettre en lumière les collections du muséum, faire intervenir des artistes et questionner notre rapport aux vivants et à la biodiversité.
Quelles sont les propositions de Plus forts pour Perpignan sur le sujet du sport ?
Il y a d’abord le soutien aux clubs et aux équipements sportifs. Et l’idée est de créer, à l’image de l’équipement du Moulin-à-Vent, dans une version différente, un deuxième parc des sports mais cette fois-ci au nord de la ville. Il s’agirait d’une diagonale des sports qui longerait celle du Vernet, en allant du Parc des expositions jusqu’à la piscine, en passant par le gymnase Pons et les deux stades emblématiques de rugby. Cette diagonale sera une trame qui pourra permettre la pratique sportive dans un cadre arboré, et des lieux de rencontres. Un axe qui constituera une coulée verte et qui transformera le quartier du Vernet.
Il y a aussi le sujet de la rénovation du stade Jean Laffon. Parce que oui, on aime beaucoup le rugby, mais à Perpignan il y a un grand nombre de licenciés qui jouent au football. Et une ville comme Perpignan doit avoir un club de foot qui joue à un niveau supérieur.
Agnès Langevine, si vous êtes élue, vous serez la première femme maire de Perpignan, mais, sincèrement pourquoi voulez-vous être élue ?
J’ai grandi dans cette ville, et je suis une femme qui veut être en responsabilité pour agir. Le reste, ça ne m’intéresse pas vraiment. Je suis très attachée à cette ville. Je sais ce que je dois au tissu associatif, à l’école et à l’éducation populaire. J’imagine cette ville, je la sens, je la vis. On nous dit son potentiel et son énergie. J’en ai marre que ce soit un gâchis, d’entendre qu’on a honte d’habiter à Perpignan parce qu’elle est dirigée par l’extrême droite. Et je ne suis pas seule, Annabelle Brunet et toute l’équipe sont formidables. Nous nous sentons vraiment portées. Je pense qu’on va gagner.
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