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Photojournalisme – Paul Senn témoin de la guerre d’Espagne, de la Retirada et de vingt ans d’histoire

Du 26 février au 28 avril, le travail de ce photographe Suisse sera présenté au Centre International de Photojournalisme de Perpignan. Le Mémorial de Rivesaltes mettra également en avant le travail de Paul Senn autour de la guerre d’Espagne et notamment de La Retirada.

Michel Lefebvre, journaliste et auteur de l’ouvrage “Paul Senn, un photographe suisse dans la guerre d’Espagne” (à paraître aux Editions Tohu-Bohu), décrit ce dernier comme un photographe humaniste, qui va devenir “reporter de guerre”. Selon le commissaire de l’exposition, il tirera de cette expérience de la guerre, “les lueurs d’espoir avec de merveilleuses photographies en couleurs”.

♦ Les années 1930, l’âge d’or du photojournalisme

C’est sur fond de crise économique, d’affrontements sociaux et de violences politiques, que les photographes suisses, au premier rang desquels Paul Senn, rendent compte de l’actualité. Armés de leurs Leica* et Rolleiflex** pour une presse illustrée très dynamique. Bien loin de l’image d’Epinal de la Suisse des sports d’hiver et des lacs majestueux, du chocolat et des meules de fromage.

À ses débuts, Paul Senn photographie les travailleurs aux champs ou à l’usine, mais aussi la manifestation ouvrière réprimée à coup de fusil par la police à Genève. Son reportage dans les foyers d’enfants abandonnés qui vivent dans des conditions indignes fait scandale. Il parcourt déjà l’Europe avec une prédilection pour l’Espagne où il se rend plusieurs fois avant le déclenchement de la guerre civile.

♦ Paul Senn – “Un reporter suisse dans la guerre d’Espagne”

Robert Capa disait que, si on veut faire de bonnes photos, il faut être au plus près de son sujet. Paul Senn l’a bien compris, d’abord parce qu’il est en empathie avec ce peuple en guerre et ensuite parce qu’il excelle dans des portraits bouleversants. C’est une photographie qui témoigne.

Dans les années 1930, Senn travaille comme photoreporteur pour la Zürcher Illustrierte et la Berner Illustrierte. Il voyage en France, Italie, Espagne et dans les Balkans. En 1937, Senn accompagne un convoi de secours lors de la guerre civile espagnole et fait un reportage qui paraît dans un numéro spécial de la Zürcher Illustrierte.
Au début de l’année 1939, il se rend à la frontière franco-espagnole où il documente la Retirada. Ses photos sont reproduites dans des journaux suisses et distribuées par l’agence AP (Agent Press).

Il sera sous les bombes en 1937, infatigable témoin de la guerre et de l’exil espagnol aux côtés de ses amis de l’Ayuda suiza. Il témoignera aussi de l’exode de l’armée française vers la Suisse en juin 1940 et des camps d’internement sous le régime de Vichy, en particulier à Rivesaltes.

♦ La Retirada par Paul Senn

Janvier 1939, des dizaines de milliers de civils se présentent à la frontière française. Ils fuient face à l’avancée des troupes franquistes par la route côtière, par les chemins de montagne, passant les cols enneigés des Pyrénées. Hommes, femmes, enfants, vieillards, enveloppés de couvertures, portant valises et sacs, en voiture ou en carriole pour les plus chanceux, à pied pour la plupart, au coeur d’hiver très rigoureux. L’armée républicaine est en déroute depuis la chute de Barcelone. Au poste-frontière du Perthus en Catalogne, les autorités françaises, devant l’urgence finissent par ouvrir la frontière. D’abord les civils, puis l’armée, 450.000 personnes passeront en France dans un chaos indescriptible. C’est l’exode le plus important dans cette première partie du XXe siècle. Il sera suivi de beaucoup d’autres.

Plusieurs photographes et cinéastes vont témoigner de cet exode que l’on appelle la Retirada. Parmi eux, Paul Senn couvrira un conflit qu’il a suivi du début à la fin et après par des reportages dans les camps d’internement en particulier celui de Rivesaltes en 1941.

Paul Senn “traquera la joie de la Libération et de la reconstruction dans le monde entier”

En France, en Italie et beaucoup aux Amériques, qu’il parcourra longuement du Canada au Mexique en s’attardant aux États-Unis, dont le dynamisme et les couleurs le fascinent.

♦ Le CIP affiche la diversité du travail de Paul Senn – Le Mémorial met en lumière son travail sur la Retirada

En cent photos et une quinzaine de reportages, le CIP présente donne à voir la diversité du travail journalistique d’un reporter suisse témoin de son temps, une leçon qui montre que la photographie n’est jamais neutre.

Une sélection de plus de 1.000 photos concernant le travail de Paul Senn pendant la guerre d’Espagne, la Retirada puis dans les camps d’internement a été mise à la disposition du Mémorial du Camp de Rivesaltes. C’est à partir de ce corpus très riche que le Mémorial organise une exposition à partir de janvier 2019, point d’orgue d’une série d’initiatives autour de la commémoration de l’anniversaire de la Retirada, présentant 150 photos de Paul Senn dont certaines, les plus émouvantes seront collés sur le mur d’accès au Mémorial en très grand format.

Markus Schürpf est historien de l’art et de la photographie, auteur et commissaire. Il est directeur de l’Office de l’histoire de la photographie à Berne depuis 1999 et des Archives Paul Senn au Kunstmuseum de Berne depuis 2005. Avec Michel Lefebvre, journaliste au Monde, ils sont les deux commissaires de cette double exposition.

Les archives Paul Senn, des centaines de milliers de négatifs, sont abritées au Musée des Beaux-Arts de Berne.

*Leica est une marque allemande d’appareils photo. Dans le monde très fermé du photojournalisme cette marque symbolise le travail des professionnels de l’argentique, délaissé depuis l’apparition de la technologie du numérique.

**Le Rolleiflex est un appareil photographique reflex bi-objectif de moyen format. Fabriqué par Franke & Heidecke à Brunswick en Allemagne, à partir de 1929, le Rolleiflex est l’un des appareils les plus représentatifs du moyen format.

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