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Délinquance dans les Pyrénées-Orientales : l’État assume de prioriser, « on ne peut pas tout traiter à niveau égal »

Délinquance dans les Pyrénées-Orientales

Article mis à jour le 2 février 2026 à 15:53

Le préfet des Pyrénées-Orientales, Pierre Regnault de la Mothe, et le procureur de la République, Jérôme Bourrier, ont présenté ce lundi 2 février 2026, à la préfecture, les chiffres de la délinquance pour l’année 2025.

Autour d’eux, les responsables de la police nationale et de la gendarmerie ont détaillé l’action des forces de l’ordre dans un département confronté à un niveau de délinquance qualifié d’élevé. Dès les premières minutes, une phrase du procureur a donné le ton : face à la masse des procédures, « prioriser, c’est aussi faire des choix », et accepter de ne pas tout traiter « à niveau égal ».

« Prioriser, c’est faire des choix » : la ligne fixée par le parquet

Avec 32 507 faits de délinquance constatés en 2025, en hausse de 10 % sur un an, les Pyrénées-Orientales figurent parmi les départements les plus exposés de la région Occitanie lorsqu’on rapporte ces chiffres à la population.

Pour le procureur de la République, cette donnée impose un cadre clair. « C’est une masse considérable », a-t-il rappelé, soulignant que cette réalité doit conduire à hiérarchiser les investigations et la réponse pénale. Dans un département marqué par des spécificités locales, frontière espagnole, flux de trafics, précarité sociale, l’autorité judiciaire assume de concentrer ses moyens là où les enjeux sont jugés les plus lourds.

PROCUREUR BOURRIER PREFET REGNAULT DE LA MOTHE CHIFFRES DELINQUANCE

Cette priorisation repose aussi sur une organisation procédurale précise. Le parquet privilégie, chaque fois que possible, le traitement en flagrance des faits les plus graves, notamment en matière de violences. Ce cadre juridique permet des délais de traitement plus courts et une réponse pénale plus rapide, là où les enquêtes préliminaires peuvent s’étirer sur plusieurs mois. Ainsi, en 2025, près de 1 900 personnes ont ainsi été déférées dans le cadre de procédures rapides.

Violences, première des deux priorités identifiées dans les Pyrénées-Orientales

Parmi les choix opérés, deux axes ressortent clairement : les violences aux personnes et le narcotrafic. Les chiffres présentés confirment une pression persistante sur ces deux fronts. Les violences intrafamiliales atteignent un niveau particulièrement élevé, avec près de 1 900 faits enregistrés en hausse de 14,2% en 2025 par rapport à l’année précédente. Les autorités insistent sur un dénominateur commun : dans environ 70 % des dossiers de violences aggravées, alcool ou stupéfiants sont présents.

Dans le cadre des violences intrafamiliales, le procureur comme le préfet sont revenus sur plusieurs dispositifs : bracelets anti-rapprochement, téléphones grave danger, protocoles de dépôt de plainte à l’hôpital, et partenariats avec les associations d’aide aux victimes. Concernant l’hébergement, et si une quarantaine de lieux sont réservés aux femmes victimes de violences, le département ne compte encore aucun lieu dédié à l’éviction du conjoint violent. « En 2026, nous allons travailler avec les mairies qui vont nous aider à trouver des lieux », précise le préfet. Le procureur d’abonder, qu’il est selon les cas, nécessaire d’éloigner le conjoint violent. « Les collectivités locales sont moins spontanément enclines à mettre à disposition des appartements pour accueillir des auteurs et intellectuellement ça se comprend. »

Priorité aussi au narcotrafic, une réalité à la fois nationale et locale

Département frontalier, les Pyrénées-Orientales sont un territoire de transit, mais aussi de consommation et de revente. En 2025, 18,5 tonnes de stupéfiants ont été saisies et 2 201 personnes ont été verbalisées pour usage de stupéfiant, un chiffre en hausse de près de 43% en un an.

POLICE CRS CONTROLE NARCOTRAFIC CLODION PERPIGNAN

Le procureur a aussi pointé le trafic de cocaïne qui s’impose désormais dans de nombreux points de deal, y compris hors des zones urbaines. À l’issue de la conférence de presse se tenait l’État-major départemental de sécurité. L’occasion d’officialiser la création d’un Groupe d’évaluation départemental « Narco-GED ». Un dispositif permettant, entre autres, de cartographier les points de deal, cibler les actions coordonnées et approfondir le travail sur les flux financiers liés aux trafics.

Le ratio délinquance/population le plus fort d’Occitanie 

En début de conférence le préfet avait promis, « pas de langue de bois ». Il confirme que le niveau de délinquance qui reste important. Les chiffres dévoilés par le ministère de l’Intérieur ce 29 janvier montrent clairement que le taux de crimes et délits pour 1000 habitants est bien plus élevé dans les Pyrénées-Orientales que dans les autres départements d’Occitanie.

Idem, si on compare au niveau national, les Pyrénées-Orientales affichent des chiffres supérieurs à la moyenne nationale en termes de vols liés à l’automobile, de « violences physiques en dehors du cadre familial », « d’escroquerie » ou de « destruction et dégradations volontaires ». Cette dernière catégorie concerne près de 6 200 infractions et est en hausse est de 7% par rapport à 2024.

Des chiffres en hausse, oui mais … à nuancer selon les autorités 

Si les chiffres sont en hausse, les autorités insistent sur la nécessité d’en proposer une lecture contextualisée. Une part importante de la hausse est liée aux infractions révélées par l’action des services (IRAS), qui progressent de 15 %. Il s’agit notamment des infractions à la législation sur les stupéfiants ou sur les étrangers, qui n’apparaissent dans les statistiques qu’à la suite de contrôles et d’enquêtes. En clair, le nombre de procédures en hausse serait aussi corrélé à la multiplication des actions sur le terrain précisent le préfet et le procureur.

Du côté de la direction de la police nationale, son directeur Laurent Astruc précise que le recours aux plaintes en lignes a augmenté plus fort dans les Pyrénées-Orientales qu’ailleurs en France. À Perpignan, leur nombre a doublé en 2025 et représente 28 % des faits constatés, notamment pour les atteintes aux biens. Des dégradations ou vols qui, auparavant, n’étaient pas systématiquement déclarés, entrent désormais dans les statistiques.

Malgré cette hausse des faits enregistrés, les Pyrénées-Orientales affichent des taux d’élucidation supérieurs à la moyenne nationale pour plusieurs catégories d’infractions. Pour accompagner cette stratégie de priorisation, l’État annonce également des renforts humains. La police nationale prévoit le recrutement de 80 policiers adjoints à Perpignan. Et du côté de la gendarmerie, la création de brigades territoriales mobiles, notamment en Cerdagne. Ces unités, moins contraintes par les tâches administratives, sont destinées à intensifier la prévention et les contrôles sur le terrain.

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