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Première en France : cette commune des Pyrénées-Orientales reboise avec l’arbre « qui brûle le moins au monde »

Article mis à jour le 30 janvier 2026 à 08:52

À Saint-André, dans le massif des Albères, après les incendies dramatiques de 2023, la commune a opté pour un reboisement atypique. Elle a fait venir en France les tout premiers « paulownias emerald ». Une variété unique qui arrive de Hongrie, et qui résiste non seulement à la sécheresse, mais aussi au feu.

Les Pyrénées-Orientales connaissaient déjà le paulownia, arbre asiatique parfois considéré comme miraculeux tant il cumule d’intéressantes propriétés, dans sa capture du CO2 par exemple. Le paulownia emerald, non invasif, résilient à la sécheresse, est encore plus adapté à notre territoire. Saint-André est pilote en France pour son utilisation.

Sur les friches, pins et de bruyère s’embrasent comme des torches

Tout démarre avec les incendies ravageurs d’août 2023. Nous sommes au climax de trois ans de sécheresse. « Il y avait un déficit de précipitations de presque 50 % » se souvient Johanna Férié, responsable des espaces verts pour Saint-André. « Il y avait un effet de foehn, ce vent chaud et tournoyant. » L’incendie dévore 800 hectares dont 480 sur la commune. 15 maisons et des entreprises sont détruites, 3000 personnes évacuées.

« On s’est aussi rendu compte de toute la cabanisation en extérieur du village. On a eu beaucoup de chance qu’il n’y ait pas eu de mort. On a vécu ensuite pendant 8 mois dans la cendre, avec l’odeur de la fumée. »

Avec le changement climatique, comment éviter que cet enfer ne se reproduise ? « Nous n’avons presque plus d’agriculteurs, les terres sont devenues des friches » regrette Johanna Férié. Pins et bruyère propagent les flammes, deviennent de véritables torches quand il fait sec.

Sous l’impulsion de Johanna Férié, formée à l’horticulture, des élus, et en lien avec les scientifiques de l’association port-vendraise « Batterie 500 », un projet « laboratoire climatique » voit le jour à Saint-André. La commune préempte 19 parcelles à vendre, soit 10 hectares, pour créer une barrière de protection autour du village. Une société évacue gratuitement les bois calcinés. Les services de la mairie décident alors d’y replanter des espèces plus adaptées. Cinq arbres sont retenus pour éviter une monoculture. Quatre sont bien connus, et résistent déjà mieux au feu que le pin : le chêne vert, le micocoulier, le chêne-liège et le caroubier. Le cinquième est exceptionnel. Le paulownia emerald est en effet une variété créée en Hongrie par un scientifique qui la peaufine depuis vingt ans. « On nous prenait pour des fous » se souvient Johanna.

Un an après, des arbres qui avaient la taille d’un crayon atteignent 1m60

Mais le projet prend forme. Les terrains sont achetés pour 416 000 euros, dont 60 % grâce aux aides de l’Etat. 1500 plants, coûtant 14 euros pièce, arrivent de Hongrie par camion. Les arbres ne sont alors pas plus gros qu’un crayon. Fin 2024, ils sont plantés avec du mycélium (réseau de champignons) et de l’engrais organique. Un arrosage est nécessaire les premières années. Aujourd’hui, près d’un an plus tard, ils font 1m60. La croissance pourra être encore plus rapide par la suite. Le paulownia fait partie des arbres qui poussent le plus rapidement au monde, certains gagnent jusqu’à 5 mètres en six mois, pour une maturité à seulement dix ans.

Les bienfaits de l’arbre sont une liste à la Prévert. Labellisé par l’ONU comme répondant à 17 objectifs de développement durable, le paulownia emerald absorberait jusqu’à dix fois plus de CO2 que n’importe quel autre arbre. Et comme il est impropre au bois de chauffage, ce CO2 ne sera pas relâché. Son bois est utilisable pour la menuiserie de luxe, et il peut supporter jusqu’à six coupes avant de ne plus repousser. Ses feuilles gigantesques créent de l’ombrage et servent aussi de fourrage. La variété, qui résiste à la sécheresse, a été plantée au Maroc et en Arabie Saoudite. Elle demande deux fois moins d’eau que le paulownia classique. « J’ai fait des essais dans des terres de vigne sableuses, ils vont très bien » explique Johanna Férié.

Le « pompier paulownia » : la variété emerald supporte plus de 400 degrés avant de s’enflammer

C’est aussi, comme l’explique Johanna Férié, un arbre mellifère qui peut permettre jusqu’à 800 kg de miel par hectare et par an. Il résiste aux maladies et aux ravageurs. Enfin le paulownia est un hybride stérile, un clone en quelque sorte, qui n’envahira pas nos terres. On peut néanmoins le reproduire par bouturage.

Mais par-dessus tout, l’arbre ne brûle pas. Le point de combustion du pin est à 80 degrés. Celui du chêne est à 200 degrés. Le paulownia emerald ne brûle qu’à partir de 440 degrés. C’est le record mondial, et un coupe-feu bienvenu pour ceinturer un village proche d’un massif forestier. Un arbre parfait ? Presque, il est sensible au vent, et ses feuilles cassent parfois sous la tramontane. Pour le moment, les quelques dégâts n’ont pas mis en danger les plantations de Saint-André. Johanna Férié espère aussi rendre vie à des sols très arides.

« On a fait des analyses, il y avait moins de 1 % de matière organique dans le sol. Une catastrophe. Je pense que dans toute la France on a négligé les sols.  »

L’ombrage du paulownia devrait protéger la pousse d’espèces plus lentes, et rendre peu à peu la vie à une terre désertée car trop chaude sur les 20 premiers centimètres. L’espoir est le retour de la matière organique et des animaux auxiliaires. « C’est une espèce de symbiose. »

Déjà d’autres communes s’intéressent à l’initiative. Johanna Férié espère que le paulownia emerald inspirera les collectivités. Elle souhaite aussi que les sols ainsi ressourcés puissent un jour favoriser un retour de l’agriculture. Si pour Saint-André, il a fallu le feu pour déclencher la prise de conscience, le préventif pourrait aussi tenter….

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