Ce jeudi 11 décembre 2025, l’association des urgentistes « Causamu 66 » organisait à Thuir la toute première « rencontre des urgences ». Simulations chronométrées par équipes sur des mannequins, conférences, débriefings… Plusieurs dizaines d’infirmiers, réanimateurs, pompiers et autres personnels des urgences de Perpignan et de Nîmes se sont retrouvés à la recherche d’une cohésion.
Aussi surprenant que ce soit, les infirmiers urgentistes n’ont aucun entraînement obligatoire sur mannequin pendant qu’ils exercent. Certains des plus anciens n’ont même pas pratiqué de simulation au cours de leur formation. Alors que les services commencent enfin à introduire ces pratiques, l’association Causamu, fondée il y a deux ans à peine, prend les devants.


« Aujourd’hui vous allez vous challenger ! » entame le soignant chargé de l’animation. Derrière lui, des mannequins, de l’équipement de réanimation et des formateurs qui vont scruter chaque mouvement pour juger de l’efficacité. Le chrono est lancé, les équipes se pressent autour des victimes en plastique. « Madame vous m’entendez ? » Tandis qu’un compteur rouge égrène les minutes, il faut déterminer la gravité des blessures, prioriser les gestes.
Un chrono qui tourne, une vie entre les mains
Après un premier chrono et un long débriefing, Cyril et Sophie, infirmiers en réanimation à l’hôpital de Perpignan, soufflent enfin. Le défi de leur équipe, incluant aussi un médecin et une aide-soignante, n’était pas des plus évident. « On est arrivé sur un incendie où un patient avait été blasté » explique Cyril.
« Il avait une détresse respiratoire liée aux fumées d’incendie, et un pneumothorax compressif. Le jeu était de prendre en charge toutes les détresses, qu’elles soient respiratoires ou neurologiques. Travailler en équipe, faire un bilan rapide… »


Cyril et Sophie, infirmiers en réanimation
Pour ces infirmiers, bien connaître ses coéquipiers est essentiel. Ils sont favorables à une généralisation des entraînements, ne serait-ce que pour travailler avec des collègues qu’ils fréquentent moins. « Il y a beaucoup de nouveaux infirmiers, on ne se voit pas tous régulièrement. »
Les simulations commencent à peine à intégrer les services
Sophie a fait vingt ans de réanimation. Elle précise qu’elle n’avait pratiqué aucune simulation dans son cursus de formation. « Ça commence à se mettre en place en réanimation, mais ce n’est pas obligatoire dans tous les services. » Quant aux débriefings, même en situation réelle, ils aident à gérer le stress d’un métier où chaque seconde compte.
« Une fois qu’on y est on oublie le public, le regard des formateurs, on se concentre sur le patient, même si c’est un mannequin. Je ne me suis pas rendu compte que ça avait duré dix minutes. »
Les axes d’amélioration portent essentiellement sur la communication et la priorisation des tâches. « Ce n’est pas le geste qui est un problème. Le plus important est que chacun ait des rôles bien répartis. Qui s’occupe du matériel, qui s’occupe de la perfusion… »
Pour les deux infirmiers, le travail sur mannequin est essentiel pour s’améliorer. « Il y a des gens qui apprennent beaucoup mieux en faisant les choses qu’en les voyant sur un morceau de papier. »
« Ne jamais faire une première fois sur les patients »
Clément Duchene est l’un des responsables de l’association Causamu 66. Il espère renouveler ce type de journée. « Les simulations sont difficiles à faire sur les temps de travail, mais aussi sur les temps de repos avec les projets de service. » Clément Duchene évoque une médecine d’urgence qui change constamment.
« Il y a tout le temps de nouvelles recommandations, pour les gestes invasifs sur les arrêts cardiaques comme les thoracotomies, les positions latérales de sécurité, les débits d’oxygène, la posologie des médicaments… Le but de la simulation est de ne jamais faire une première fois sur les patients. »

Clément Duchene confie que le manque d’effectif amène du stress. La simulation pourrait permettre d’apprendre à travailler à deux ou à trois là où il faudrait quatre ou cinq soignants. « C’est dans l’intérêt du patient. »
L’association pourrait organiser ce type de rencontre au moins une fois par an, si les moyens sont au rendez-vous. Le début d’une aventure à suivre.
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