Le collectif SOS Périscolaire recense un cas de violences sexuelles dans le périscolaire dans les Pyrénées-Orientales. Si ces données ne sont pas exhaustives, elles visent à provoquer un sursaut politique et à mettre en avant les difficultés à signaler les violences dans les petites communes. Un constat que partagent les associations locales.
Les révélations de violences présumées dans le périscolaire s’enchaînent depuis le mois de décembre. Si les premières vagues de signalements ont émané de Paris, elles prennent une ampleur nationale. Dans une carte interactive en ligne, le collectif SOS périscolaire recense les signalements de violences issus de témoignages de parents ou de professionnels. Ils sont classés selon leur nature : négligence, violences psychologiques, physiques ou sexuelles. Dans les Pyrénées-Orientales, un cas est recensé pour le moment. Il pointe des soupçons de violences sexuelles c’est-à-dire de faits présumés qui peuvent relever de l’agression sexuelle, voire du viol.
« On a voulu montrer que c’est systémique, et que ce ne sont pas des problématiques uniquement parisiennes », explique Élisabeth Guthmann, cofondatrice du collectif SOS Périscolaire.
Un travail de recensement toujours en cours
Les témoins de violences peuvent le signaler à la plateforme pour la faire apparaître. L’information est ensuite vérifiée par ses membres avant d’être affichée. Il ne s’agit pas d’une démarche juridique, c’est aussi pourquoi le collectif ne publie pas la localisation précise des signalements. SOS Périscolaire veut surtout provoquer un sursaut médiatique et politique. « Ces chiffres n’existent pas ailleurs. » L’unique alerte émise dans les Pyrénées-Orientales n’est donc pas forcément représentative de la réalité du problème. D’autant plus que, comme le rappelle Elisabeth Guthmann, « derrière un signalement, il y a plusieurs dizaines de victimes potentielles ».

« On manque de réactivité politique, déplore Jean-Louis Gérente, président de l’association Enfance en danger – Oser parler, à Perpignan. Il y a un déni de réalité. On arrive pas à se dire que ça peut aussi se produire chez nous. »
Il déplore un manque d’information. « Il y a une ignorance totale des démarches à faire. Peu d’enfants et de parents connaissent les points d’alerte ». Jean-Louis Gérente rappelle l’existence de la CRIP (Cellule de recueil des informations préoccupantes) et du numéro de prévention de l’enfance en danger 119 qui permettent d’effectuer des signalements. C’est aussi un manquement que souhaite combler SOS Périscolaire, qui accompagne les témoins qui le souhaitent dans une démarche juridique avec l’aide d’une avocate.
La moitié du périscolaire n’est pas déclarée auprès du ministère de la Jeunesse
Le collectif veut mettre l’accent sur la nécessité d’être vigilant sur le périscolaire en dehors de la capitale. « En région, 50 % des dispositifs périscolaires ne sont pas déclarés auprès de Jeunesse et Sport, ils sont déclarés comme garderie. » Jeunesse et Sport, qui dépend du ministère chargé de la jeunesse, encadre les « accueils collectifs de mineurs » qui doivent répondre à des normes de diplôme, d’encadrement et de recrutement.
« Dans ce cas-là, il est possible de saisir Jeunesse et Sport. Mais quand c’est une garderie, il n’y a pas d’organes administratifs en dehors de la mairie pour faire un signalement. Et la mairie va souvent ne pas pouvoir ou vouloir résoudre le problème parce qu’ils n’arrivent pas à embaucher. » Elle note aussi dans un certain cas une tendance à minimiser ces violences. « Les discours changent en fonction des maires. C’est aléatoire. » En clair, la procédure de signalement est moins balisée en dehors du champ des services de Jeunesse et Sport.
Jean-Louis Gérente constate aussi un manque de formation des professionnels, intervenants et cadres du périscolaire. « Lorsqu’on effectue des formations, on voit bien que pour eux, c’est un grand flou artistique. La loi prévoit un cadre, mais beaucoup l’ignorent. » SOS Périscolaire ne souhaite pas pointer du doigt les mairies, intercommunalités ou même l’ensemble des travailleurs du périscolaire. L’idée est davantage de mettre en avant des dysfonctionnements systémiques.
Deux pistes d’amélioration pour SOS Périscolaire : l’uniformisation et la professionnalisation
Le collectif a été reçu par le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray et par sa déléguée à la protection des enfants à l’école, Cristelle Gillard, nommée au début du mois d’avril 2026. Ses fondatrices devraient également être prochainement auditionnées par l’Assemblée nationale. « Il faut que tous les systèmes périscolaires soient sur le même régime, avec les mêmes quotas d’encadrement et une exigence de formation », explique Elisabeth Guthmann. Un processus qui doit se faire sans pénaliser les petites communes qui manquent souvent de personnel, ajoute-t-elle.
« Cela n’empêche pas que ce n’est pas normal que le jardinier ou n’importe quel employé communal soit en charge de la cantine. Parfois, on met les animateurs en situation d’échec. Et sans le vouloir, ils créent un système répressif avec les enfants parce qu’ils ne savent pas comment faire autrement. »
Le collectif préconise par ailleurs de re-professionnaliser le secteur. « Le métier d’animateur a perdu toute sa substance. Il faut rediriger les gens vers un diplôme où ils seront outillés pour travailler avec des enfants. » Un travail qui doit se faire main dans la main avec les professionnels et les pouvoirs publics pour, d’un côté, diminuer les cas de violences, de l’autre, agir plus vite et signaler celles qui ont lieu.
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