Maison de retraite – Les soignants EHPAD au bout du rouleau

C’est à l’appel d’une intersyndicale que les Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes, EHPAD publics seront en grève le 30 janvier prochain. À l’origine du malaise des soignants, le manque d’effectif et la tarification à l’acte accusée de conduire à une marchandisation de la santé. Mais aussi des aides soignants ou infirmiers de moins en moins considérés ou respectés et qui quittent la profession en masse lassés par les dérives d’un système malade et au bord de l’implosion. Témoignages de soignants dans les Pyrénées Orientales et réponse de la présidente de la commission « Personnes âgées » du Conseil Départemental, Ségolène Neuville. Les syndicats ont donné rendez-vous le 30 janvier à 10h30 sur la Place Catalogne.

« Une maltraitance institutionnelle » rapportée par la députée En Marche, Monique Iborra

Lors d’une mission flash commandée par l’Assemblée Nationale en août 2017, la députée LREM constatait l’augmentation du niveau de dépendance des résidents qui rend les conditions de travail des soignants « particulièrement préoccupantes, tant du point de vue physique que psychologique » et « des sous-effectifs en personnel unanimement reconnus ». 

La députée préconisait des mesures à court terme et notamment « la préservation des contrats aidés dans les EHPAD souffrant déjà de sous-effectifs patents en 2017 » ainsi qu’une réflexion sur « la revalorisation du statut » d’aide soignante et une « actualisation de ses compétences ».

♦ Infirmiers, aides soignants, médecins… les soignants craquent

Selon une étude dévoilée fin 2017 par l’Association Soins aux Professionnels de Santé, « un quart des soignants interrogés ont déjà eu des idées suicidaires du fait de leur travail au cours de leur carrière », des chiffres qui confirment ceux déjà révélés en 2015 et 2016. Un aide soignant retrouvé mort en janvier 2018 à Toulouse, le 10 janvier c’était un infirmier de l’hôpital de Demain dans le Nord qui s’était donné la mort signe d’un secteur professionnel qui compte le taux de suicide parmi les plus élèves en France.

Le malaise des soignants se révèle aussi à travers des démissions médiatisées comme celle de Mathilde Basset qui déclarait à l’attention de la Ministre de la santé Agnés Buzin, sur un long message Facebook partagé près de 20 000 fois :  » Je rends mon uniforme, dégoûtée, attristée… je suis stressée donc stressante et à mon sens, maltraitante. Je ne souhaite à personne d’étre brusqué comme on brusque les résidents… J’ai peur Mme la Ministre. Votre politique gestionnaire ne convient pas à la logique soignante ».

Les réseaux sociaux sont aussi le lieu d’exutoire avec le #Balancetonhosto ou #BalancetonEHPAD. À l’instar des #Balancetonporc ou #Meetoo qui encourageaient à révéler les agressions sexuelles subies par les femmes, le hashtag « Balance ton hosto » ou « ton EHPAD » incite les soignants à témoigner des aberrations, du manque de bon sens, ou de leur ras-le-bol. Le trop plein de ceux dont la vocation est mise à rude épreuve par la réalité du terrain.

♦ Témoignage d’aide soignant dans les EHPAD des PO

Malgré une direction particulièrement à l’écoute, Gwenaëlle Lepine, aide soignante à la maison de retraite de Toulouges et secrétaire adjointe CFDT, faisait un constat alarmant de la situation : « Dans nos établissements, il y des personnes de plus en plus dépendantes et les moyens humains sont de moins en moins nombreux. Rien qu’à Toulouges, il nous faudrait au moins 2 ou 3 aides soignants de plus ».

Elle dénonçait également la suppression des contrats aidés. Lors du précédent mouvement en 2014, l’Agence Régionale de Santé avait débloqué des emplois aidés (Deux, qui s’ajoutaient au deux déjà existant sur l’EHPAD de Toulouges). Au mois de juin prochain, s’achève le dernier emploi aidé sans être renouvelé… En poste sur l’établissement Francis Panicot depuis son ouverture en 2007, Gwenaëlle nous confiait « elles nous aidaient, c’était un renfort même si ce n’est pas la panacée car il s’agit de contrats trop précaires ».

En moyenne et selon les résultats de l’enquête diligentée par la CFDT, on compte 10 patients par Aide soignant le matin, 14 l’après midi. Une charge de travail qui conduit très régulièrement à faire des heures supplémentaires.

Des témoignages dénotent d’une situation explosive et qui se dégrade : « Le stress est omniprésent dans nos services, peur de manquer de temps, peur de ne pas être assez efficace, peur de la réaction des patients ou des familles car on ne peut pas tout faire. La situation se dégrade de plus en plus depuis ces dernières années, on augmente le nombre de choses à faire pour être dans les normes, mais on retire du personnel. »

Gwenaëlle sur ses conditions de travail : « on baisse la tête et on avance » nous confirmait également : « pour les douches, c’est une par semaine. Si l’on passe du temps pour faire autre chose que ce qui est prévu, ça nous décale tout ». 

Lea (nous avons modifié le prénom), aide soignante en CDD sur plusieurs EHPAD dans les Pyrénées Orientales,  nous confiait quant à elle, avoir vu nombre de ses « collègues en surmenage », « incapables de se reposer durant leur jour de repos car trop stressées », voire « fondre en larme à la moindre contrariété ». Concluant par  un laconique : « Parfois, on croirait qu’elles sont maltraitées… ».

♦ Les aides soignants financés en partie par le conseil départemental, Ségolène Neuville répond aux interrogations

« Consciente de la problématique », Ségolène Neuville, Présidente de la commission interne « Personnes âgées » du conseil départemental et ancienne secrétaire d’État rattachée auprès du Ministère de la santé, nous détaillait les mesures déjà mises en places et les mesures actuellement à l’étude. Pour répondre à la crainte sur la baisse des financements des EHPAD, l’ancienne ministre également médecin, rappelait que le conseil départemental avait fait en sorte que l’obligation de convergence, voulant un alignement des dotations des établissements en fonction du degré de dépendance des résidents, n’imputerait pas financièrement pas les EHPAD public. : « Dans les PO, on a décidé de faire une convergence par le haut, c’est à dire que l’on a augmenté ceux qui recevait moins, au lieu de réduire ceux que reçoivent le plus ». Un coût supplémentaire de 250 000 euros par an, selon elle.

Mme Neuville rappelait également que le Conseil Départemental avait voté un taux directeur (taux d’augmentation de la dotation annuelle) de 0,8%, alors que d’autres départements avaient fait le choix de ne pas l’augmenter voire de le réduire.

Les pistes de réflexion, pour l’ancienne ministre sous la présidence Hollande insistait sur les « conséquences mortifères de la suppression des contrats aidés dans ce secteur » et envisageait « la possibilité de flècher un certain nombre de contrats aidés vers les maisons de retraite », selon « certains critères restant à définir ».

Ségolène Neuville semble convaincue qu’il faille augmenter le nombre de soignants. Rappelant que le département avait créé « plus de 1000 places supplémentaires en 10 ans supprimant ainsi les files d’attente pour intégrer une maison de retraite ». Elle insistait sur l’objectif recherché aujourd’hui :  « ouvrir plus de postes, plutôt que de créer de nouvelles places. Pour cela, il faut que l’effort soit reparti équitablement en fonction des EHPAD. En ce moment,  nous travaillons  à la mise en place de critères spécifiques pour définir le nombre de postes supplémentaires selon les établissements ».

♦ Les chiffres de l’OCDE et France

Selon l’OCDE, la France compte l’un des plus faibles taux d’Infirmières par lit (2,81) loin derrière le Danemark ou les Etats Unis avec ses 5,93 infirmière par lit. Paradoxalement, nous comptons quasiment le plus grand nombre de lits, 6,2 pour 1 000 habitants, derrière l’Allemagne et ses 8,23 lits. Quand les USA et le Danemark ferment ce classement avec, respectivement 2,73 et 2,54 lits seulement pour 1 000 habitants. L’étude de L’OCDE de 2014 met en avant le poids de la dépense de santé élevé avec 4,4% du PIB, en troisième position derrière les USA et le Danemark, quand 40% de ces dépenses de santé sont engloutis par l’hôpital. Ce qui fait de la France le 6ème en terme de dépense hospitalière, la première place étant occupée par l’Italie.

 

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