Une vive polémique s’est emparée du village de Corsavy, dans le Haut-Vallespir. En cause, l’abattage par une société mandatée par la commune, d’une dizaine d’arbres. Et la dégradation, lors des opérations, du mur d’enceinte d’un parc au coeur du village. Si la mairie regrette l’incident, elle explique que ces arbres, fragilisés par la tempête Nils, représentaient un danger imminent. Les élus s’étonnent aussi de la véhémence des réseaux sociaux. Reportage.
Un massacre à la tronçonneuse… et à l’engin de chantier. Le calme apparent qui règne d’ordinaire à Corsavy a soudain été troublé. Pas seulement par le bruit des machines. Mais surtout par la polémique qui a suivi. Sur les réseaux sociaux, de vifs débats n’ont pas tardé à s’envenimer après l’abattage d’une dizaine de cèdres du Liban. Les photos circulent, les accusations aussi. D’autant qu’un mur en pierres a également été abîmé. En quelques heures, les posts sur le sujet dépassent largement les frontières du village.
« Une entreprise de bûcheronnage, ou plutôt de destruction massive, est intervenue sur la commune de Corsavy, s’indigne un habitant sur Facebook. Résultat : notre village est défiguré, la tempête Nils avait fait moins de dégâts ! Mur détruit, arbres éclatés, routes abîmées, des débris de branches partout sur la commune, c’est un scandale ! », s’offusque-t-il. Contacté par Made in Perpignan, l’auteur de cette publication n’a pas donné suite.

Un autre internaute va plus loin. Il dénonce l’abattage d’arbres qui étaient « sains » et « ne présentaient pas de menace objective ». Il cite le Code de l’environnement, le Code du patrimoine, la proximité de l’église classée et la période de nidification des oiseaux. Avant de conclure que manifestement, « ici, on fait ce qu’on veut, on est en dehors des lois. ». Made in Perpignan l’a également sollicité, en vain.
Pendant ce temps, la polémique gagne même des acteurs spécialisés. Le Groupe national de surveillance des arbres (GNSA) s’en est ainsi mêlé avec une formule cinglante : « Merci à la mairie de Corsavy de contribuer à la hausse des températures dans le département. »
« On est malades de voir tout ce qui se dit ! »
Sur place, les élus encaissent. Tant bien que mal. Dans leur village de 240 habitants, chacun se connaît et la violence des attaques sur les réseaux sociaux les laisse pantois. Dans le hall de la mairie, les adjoints au maire Véronique Dairaux et Jean-Baptiste Puig le confient : « On en est malades, franchement, de voir tout ce qui se dit ». Antoine Chrysostome, le maire, ne tarde pas à arriver. L’ancien éleveur ovin, aujourd’hui retraité, embarque tout le monde dans sa voiture pour un tour du village. Il tient à montrer et à expliquer.
Au pied de ce qu’il reste de l’alignement de cèdres à l’entrée du bourg, l’édile précise que la décision n’a pas été prise à la légère. Lors de la tempête Nils, plusieurs arbres sont tombés dans la commune et de nombreux autres ont été durablement affaiblis. Parmi les arbres tombés figurait l’un des cèdres. Depuis, plusieurs autres montraient des signes inquiétants. « Quand on voit ces fissures-là, ça veut dire que les racines ont bougé, explique Jean-Baptiste Puig, photos à l’appui. Et une fois que les racines ont bougé, l’arbre est fragile. On ne pouvait pas se permettre de prendre de risque. »


Car en contrebas, une maison est située directement sous les arbres. Si les conifères étaient tombés dans la mauvaise direction, ils auraient pu tout emporter. Véronique Dairaux insiste : « On ne pouvait pas risquer la vie des trois personnes qui vivent dans cette maison. Nous étions face à un danger grave et imminent ! ». Le maire pointe également la nature même de ces arbres plantés il y a plusieurs décennies. Une espèce pas adaptée, selon lui, à cet endroit : trop hauts, trop proches, trop exposés au vent. « On dit toujours que les anciens faisaient mieux… Mais les anciens faisaient aussi parfois des erreurs ! Planter des arbres comme ceux-là, qui montent à 40 mètres de haut, ici, ce n’était pas malin. »
Corsavy et ses 4500 hectares de forêt
Antoine Chrysostome le répète. Il n’y avait pas de plaisir à couper ces arbres. Encore moins une volonté de « défigurer » le village. Il regrette finalement une polémique très « urbaine ». « Corsavy s’étend sur 4700 hectares, dont près de 4500 hectares de forêt. On ne peut pas dire qu’on soit en déficit d’arbres. Et je ne pense pas que notre bilan carbone ait été bouleversé… », glisse-t-il. A ses côtés, Jean-Baptiste Puig rejette lui aussi l’image d’une municipalité indifférente à son environnement. « On n’est pas des tueurs d’arbres », souffle l’adjoint.
Aux arguments sécuritaires et écologiques succède enfin l’argument financier. Le coût des opérations d’abattage, plus de 10 000 euros, est conséquent pour une commune de cette taille. La mairie a donc mandaté une société, JT Bois, qui intervenait déjà non loin de là pour l’Office national des forêts (ONF). Une opportunité qui a permis de limiter la facture. « Sinon, c’était 20 000 ou 30 000 euros », affirme le maire en mentionnant les devis envoyés par d’autres entreprises.
Un mur abîmé : véritable faux-drame ?
Reste le mur. Sur les réseaux sociaux, sa dégradation a renforcé l’impression d’un chantier mal maîtrisé. Là encore, la mairie reconnaît les faits. Mais elle conteste le symbole. Pour Véronique Dairaux, il s’agit d’une fausse manœuvre de l’entreprise. Un engin aurait heurté le mur pendant les travaux et un morceau de près de 1,50m s’est alors effondré. « Ce n’est pas un monument historique. Ce n’est rien de patrimonial. C’est un mur de clôture du parc communal », insiste l’adjointe. Antoine Chrysostome parle lui d’un « accident malheureux », qui sera couvert par l’assurance de l’entreprise. Contactée, cette dernière n’a pas souhaité répondre. Les élus assurent qu’ils veilleront à la rapidité des réparations et à ce que le mur garde son esthétique initiale.

Mais le mal est fait. « Cette histoire donne une très mauvaise image de Corsavy, alors que dans les petits villages, on s’entraide et on essaie de faire au maximum ! », soupire Véronique Dairaux. Le maire, lui, retient une leçon plus amère. « Le premier qui parle, on le croit. ». Le poids des réseaux sociaux se charge alors de faire l’écho. En réaction et pour contrecarrer de tels scénarios à l’avenir, la commune entend ouvrir sa propre page Facebook d’information. « Une page sans commentaires », sourit Jean-Baptiste Puig.
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