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« J’arrache les vignes que mon père avait plantées » : la fin d’un monde dans les Pyrénées-Orientales

Article mis à jour le 2 juillet 2026 à 14:38

Parmi les artisans de la campagne d’arrachage des vignes, Christophe Albafouille est à la tête de l’entreprise de travaux agricoles que son père lui a transmise. Il y a encore quelques années, celle-ci passait surtout après la taille, préparait les sols avant les plantations ou entretenait les parcelles. Aujourd’hui, il arrache beaucoup de vignes et entretient les landes. Christophe brise ainsi la tradition viticole de quatre générations.

Le soleil tape déjà fort sur la vallée de l’Agly. Au loin, un incendie vient de se déclarer près de la côte. Christophe Albafouille descend de son tracteur, allume une cigarette. La campagne d’arrachage de 2026 a été lancée, et il se trouve aujourd’hui sur les hauteurs de Baixas, largement touchées par la sécheresse ces dernières années.

« Je fais de la prestation spécialisée dans le milieu viticole. À la base, on arrachait les vignes pour replanter derrière. On préparait ensuite le terrain pour la nouvelle plantation. »

Pendant longtemps, arracher une vigne faisait partie de son cycle de vie. Mais depuis deux ans, le métier a changé. Avec le plan national d’arrachage définitif, les parcelles concernées quittent la viticulture. Dans les Pyrénées-Orientales, près de 2 500 hectares ont été arrachés en 2025, puis environ 1 900 hectares supplémentaires en 2026. Au total, près d’un quart du vignoble départemental est concerné, principalement dans la vallée de l’Agly, les Aspres et le secteur de Banyuls.

L’arrachage définitif soustrait des vignes du terroir viticole traditionnel

Aujourd’hui, c’est dans le cadre de la prime d’arrachage qu’il intervient. « Ils ne pourront plus planter de vigne sur ces parcelles. » Chaque année, Christophe Albafouille essouche une centaine d’hectares. Un paradoxe qui ne lui échappe pas. Plus il arrache, moins il aura de travail demain. « Une fois que les agriculteurs ont pris leur prime d’arrachage, c’est un manque à gagner pour les autres travaux. »

Le pré-taillage, par exemple, a été divisé par deux. « Je faisais 450 hectares. Aujourd’hui, je suis tombé à 200. On voit qu’il y a vraiment une baisse du travail. » Pour anticiper, il développe une autre activité : le débroussaillage pour les collectivités et les particuliers. « Les vignes arrachées deviennent des landes. Elles ne sont plus des coupe-feux. Je pense qu’il va falloir développer encore plus cette activité. » Car derrière l’arrachage apparaît une nouvelle question : que deviennent ces terres ? Si certaines seront reconverties, d’autres risquent de se fermer progressivement, augmentant le risque incendie dans un département déjà confronté à la sécheresse.

« À la base, c’était une passion. Après, c’est devenu de la survie »

« J’ai arraché des jeunes vignes, des vieilles vignes, des vignes centenaires… un peu de tout. » Avant d’ajouter : « Celles que j’avais plantées avec mon père… Les arracher quinze ou vingt ans plus tard, ça fait quelque chose. C’est un peu toute l’histoire de la famille. » Son frère aussi a quitté la viticulture. « Il les a mises toutes à l’arrachage, sauf une partie qu’il a réussi à vendre. Il n’a vendu que les vignes où il y avait l’irrigation. À la base, c’était une passion. Après, c’est devenu de la survie. » Aujourd’hui, les terres familiales sont toujours là. Il sera peut-être question de « planter quelques oliviers. Mais il faudrait trouver une variété qui résiste à la sécheresse ».

D’autres productions souffrent aussi. « Les jeunes abricotiers sont morts. Ils étaient irrigués, mais il n’y avait plus d’eau dans les forages. » L’avenir, il l’imagine sans les petites exploitations qui disparaîtront progressivement. « Il ne restera que les gros propriétaires et les investisseurs qui achètent des domaines. Je pense que c’est la fin. » Au volant de son tracteur, Christophe Albafouille continue pourtant son travail. Il possède actuellement une quinzaine d’engins qu’il aime réparer, modifier, équiper. Dans une économie en mutation, pour continuer à vivre de sa passion de la mécanique, il s’adapte au cycle que la secheresse a enclenché.

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Virginie Demorget