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L’orchestre éphémère du Nouveau Logis, étape perpignanaise du Bus pour la paix

Article mis à jour le 10 juillet 2026 à 18:46

Est-il possible de former un orchestre en une semaine seulement ? Kalid Mazi mène l’expérience depuis onze ans, a déjà parcouru 200 territoires et entend bien le prouver une nouvelle fois. Rendez-vous samedi 11 juillet sur l’esplanade du Nouveau Logis à 19 h pour découvrir le résultat… et des musiciens qui « jouent leur vie à chaque note ».

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Les espaces de répétition sont en surchauffe. La canicule y est pour quelque chose, bien sûr. Mais c’est aussi parce que, sur les 22 inscrits au début du projet, 35 ont finalement répondu présents. Ils ne sont pas tous là aujourd’hui : certains ont pris le bus ce matin pour une sortie au parc aquatique… mais la répétition générale aura lieu coûte que coûte. Le concert est programmé pour le lendemain.

Une climatisation portative est installée dans un coin de la pièce et recrache son air chaud par une fenêtre où un carton découpé empêche, tant bien que mal, l’air extérieur de rentrer. Kalid demande trois secondes de silence. « Il faut garder vos oreilles propres. Pour être juste, il faut s’écouter. » Avant de relancer : « Ce qui fatigue, ce sont les temps morts, il faut qu’on enchaîne. »

Ils reprennent une composition initiée par Véronique, de l’association Un espace. Dès les premières notes, on comprend que le projet du Bus est ici différent de ce qu’il propose lors de ses autres étapes. Ici, tous les jeunes sont musiciens. Les deux batteurs qui accompagnent Kalid savent où ils vont et guident même le pianiste s’il a oublié un passage. D’ailleurs, l’un d’entre eux, Lomani, 15 ans, participe à trois autres groupes. « Je joue de tous les instruments, je suis professionnel, je suis même allé à Montpellier pour jouer. »

Le Nouveau Logis accueille une partie de la communauté gitane de Perpignan. Si le Bus pour la paix est venu dans le quartier Saint-Jacques en 2023, David Cana, musicien intervenant à la Casa Musicale, précise qu’ici aussi, la musique est très présente. Seulement, elle est moins instrumentale : c’est le chant qui prend le dessus. Ce projet est aussi l’occasion de « mélanger les quartiers de Saint-Jacques et du Vernet, et c’est bien. »

Battre ensemble plutôt que se battre

À onze ans, Kalid Mazi découvre la batterie. Une rencontre décisive. Convaincu que la musique lui a permis d’éviter les ennuis dans le quartier où il a grandi, il imagine, au lendemain des attentats de 2015, un projet destiné aux jeunes. À cette époque, le climat est tendu. Les communautés se crispent, les amalgames se multiplient et les responsables sont parfois désignés un peu trop vite.

L’idée du Bus pour la paix est simple : réunir des jeunes sans pratique musicale et leur faire découvrir la musique sans passer par le solfège. Ici, on privilégie l’écoute, l’entraide et le collectif. L’orchestre devient alors un terrain d’expérimentation où l’on apprend à construire la paix. Car dans un orchestre, impossible d’avancer seul : l’enfer, c’est de jouer en solo. Kalid précise que « les Batteurs pour la paix sont surtout des batteurs pour la paix locale ». Quand des jeunes apprennent à se connaître dans un orchestre, il y a de grandes chances que cela contribue à désamorcer des conflits par la suite.

Un coup en entraîne un autre

Le collectif des Batteurs pour la paix, fondé notamment avec le chanteur du groupe Magma, donnera naissance à plusieurs projets. L’École pour la paix s’adresse ainsi aux jeunes en décrochage scolaire et propose un accompagnement éducatif qui dépasse largement le cadre de la musique. De son côté, le Bus pour la paix, présenté comme « un espace d’échanges et un outil itinérant d’accès à la culture », sillonne la France et parfois l’étranger. À chaque étape, une quinzaine de jeunes découvrent la pratique musicale au sein d’un orchestre éphémère. Plus qu’un simple projet artistique, c’est aussi un véritable lieu d’apprentissage de la citoyenneté. À cette étape, c’est l’Espace Citoyen qui s’associe au projet en prêtant les locaux.

Quand la musique devient un levier d’insertion

Certains s’interrogent parfois sur l’utilité des subventions accordées aux associations qui œuvrent dans le champ du « social ». Kalid Mazi résume leur rôle en quelques mots : « C’est super de mener des projets associatifs comme celui-là, mais il y a une réflexion à mener au niveau institutionnel à Perpignan », notamment pour sortir ce quartier de son enclave, davantage quartier-dortoir que Saint-Jacques où il y a toujours un endroit où aller boire un café. L’objectif est d’offrir aux jeunes une nouvelle opportunité, de leur permettre de reprendre confiance et de dépasser les conditions défavorables auxquelles ils ont été confrontés.

Perpignan, une étape particulière ?

Laetitia, une autre chanteuse intervenante du Bus pour la paix, et Kalid s’accordent pour dire que les interventions qu’ils mènent auprès des Gitans de Perpignan sont uniques. « Ici, la musique est sacrée », confie Kalid. Partout ailleurs, le Bus apporte une proposition culturelle puis repart. À Perpignan, c’est un échange. « On te demande d’abord qui tu es en tant que musicien. » L’apport culturel se déplace alors vers la langue, en leur apprenant par exemple La Corrida de Francis Cabrel. Faire entendre le soulèvement de victimes que l’on n’entend jamais. Une fois encore, les Gitans sont confrontés à de nombreux clichés qu’ils sont ravis de faire tomber dès qu’ils en ont l’occasion.

Laetitia précise : « Je suis ici pour l’aspect technique du chant et pour leur ouvrir des perspectives sur le monde professionnel de la musique. Je leur propose des échauffements, je leur apprends à chanter sans micro. Ils sont tellement matures. » La répétition reprend : « …est-ce que ce monde est sérieux ? »

Noelia effectue un service civique à l’association Un espace. Elle navigue d’une langue à l’autre et s’assure chaque jour que les inscrits participent aux ateliers. « J’habite ici, tout le monde me connaît. Cette semaine, ça a été cardio. Il a fallu que toutes les associations participant au projet s’adaptent pour réussir à proposer un concert commun, destiné à un même public. » Elle repart d’un pas léger, coquette, coiffure impeccable et sourire aux lèvres, dans la salle de répétition qui bouillonne.

Rendez-vous samedi 11 juillet 2026 à 19 heures sur l’esplanade du Nouveau Logis. Le concert est gratuit et ouvert à tous, naturellement.

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Virginie Demorget