Article mis à jour le 22 février 2026 à 08:25
Connu ailleurs en France, le dispositif est arrivé tardivement dans notre département. D’abord installé à Saint-Génis-des-Fontaines, l’automate qui propose des aliments produits à moins de 20 kilomètres vise désormais deux autres communes.
Ce qui était prévu comme un site unique est en passe de devenir une franchise commerciale. À Saint-Génis-des-Fontaines, cet espace abrité sous une pergola solaire en bord de route fait songer à un étal de producteur. Mais dans le fond, nul comptoir. Seulement un mur de petites fenêtres à température contrôlée, qui présentent salades, fruits, bocaux, œufs, fromage, pain, viande et même des fleurs…



Pour ouvrir un casier, on sélectionne le numéro correspondant sur un écran, avant de régler avec sa carte bleue, sans abonnement. Le concept ne semble plus avoir de secret pour Annick, cliente qui note sur un des carnets à disposition les numéros de casiers à ouvrir. « J’allais me servir chez des producteurs, qui m’ont conseillé de venir ici. C’est pratique, ce sont toujours des produits frais, et ça dépanne le week-end, le soir… On est partis chez des amis ce week-end, je leur ai fait un panier gourmand. Tout le monde en parle ! » Même chose pour Karine, qui vient de Sorède. « Je fais du batch cooking, c’est-à-dire que je cuisine à l’avance pour la semaine, et pour ça c’est extra. J’espère avoir la brioche, il n’y a qu’un seul casier qui l’a ! »
Ils voulaient 160 000 euros de chiffre d’affaires la première année. Ils ont fait 320 000.
Nathanaël Tortevoie a lancé ce concept à l’été 2024 avec trois associés, les arboriculteurs Christine et Claude Cribeillet, et le maraîcher Vincent Gioan. « Je sors de quelques années de service de remplacement dans des exploitations agricoles de France. J’ai vu de belles choses, mais aussi des drames. » Constatant la chute des achats aux producteurs après le Covid, il voit dans les automates une opportunité pour relancer les circuits courts. Deux règles strictes : le contenu des casiers est produit à moins de 20 kilomètres, et le prix n’est pas négocié auprès des producteurs. C’est à Nathanaël de trouver une marge pour rémunérer l’employé qui vient approvisionner le dispositif avec un camion frigorifique.
« Les agriculteurs n’ont pas le temps, ils produisent. On a décidé de faire la distribution pour eux, on va chercher les produits chez eux tous les jours. Et on paye le jour même. »
Il est soutenu par l’association « Pays Pyrénées Méditerranée » qui regroupe 58 communes autour du bassin du Tech. Pour Nathalie Regond-Planas, maire de Saint-Génis-des-Fontaines et présidente de l’association, cela rejoint le Plan Alimentaire Territorial (PAT). « Nous sommes sur une deuxième phase du plan, avec moins de financements de l’État, donc il faut aller en chercher par ailleurs, du côté de l’Europe par exemple. » Restauration collective cuisinée sur place, préservation des terres… le PAT est clairement orienté vers l’approvisionnement local. « On avait le projet d’une maison de producteurs, mais elle tardait à se mettre en place. C’est alors qu’est arrivé Nathanaël avec son projet de casiers. C’était une façon pour les agriculteurs de commercialiser leur production. Et ça marche, c’est incroyable. »


Le petit distributeur envisagé initialement s’est rapidement vu assorti d’une seconde machine pour atteindre 244 casiers. L’ensemble du matériel coûte près de 100 000 euros. Près de 2500 paiements par carte bleue sont enregistrés chaque mois, avec un panier moyen d’environ 11 euros. « Nous sommes partis à 18 producteurs avec un objectif de chiffre d’affaires de 160 000 euros. La première année, nous avons fait 320 000 euros. Et nous sommes passés à 65 producteurs. »
Alénya et Reynès seront les prochaines communes équipées
Les automates oscillent entre concurrence et complément. Selon Nathanaël Tortevoie, les casiers ne feraient pas d’ombre aux boutiques de producteurs, attirant une clientèle autre qui cherche l’ouverture 24h/24. Les bouquets de fleurs vendus en casiers sont produits à 500 mètres de l’automate, mais des clients préfèrent payer un peu plus et utiliser la machine.
« Nous vivons dans une société où tout doit être disponible immédiatement. Notre concurrent est plutôt la grande distribution. »
Le succès est tel que Nathanaël a déposé la marque « Casiers locaux éthiques » pour en faire une franchise. Deux nouvelles communes vont prochainement se doter des casiers, Alénya et Reynès. Un emploi sera créé sur chaque site. Pour Guy Gatounes, le maire de Reynès, le potentiel est vaste. « Il y a un gros passage sur ce lieu » explique-t-il. « Nous avons déjà des gens du Vallespir qui vont jusqu’à Saint-Génis pour aller aux casiers. Ils sont impatients d’avoir celui de Reynès. » Aidée par une subvention européenne obtenue via Pays Pyrénées Méditerranée, la commune finance la dalle, l’abri pour les casiers et une chambre froide permettant de stocker en attendant le remplissage. « Nous voulions mettre à disposition, au peu de producteurs qu’on a aujourd’hui sur la commune, quelque chose pour vendre plus facilement, au même prix que s’ils vendaient à la maison. Ce n’est pas concurrentiel. »
La franchise pourrait aller bien au-delà de trois communes. Son créateur songe déjà à d’autres territoires à conquérir, et reçoit des demandes de producteurs autant que de collectivités. Les années à venir nous diront à quel point ce mode de consommation trouvera son chemin dans les Pyrénées-Orientales.
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