La Chambre de commerce et d’industrie (CCI) et la fédération du BTP se sont réunis ce jeudi 28 mai avec l’agence d’urbanisme Cogeam pour présenter le dispositif « Mon Tôa ». Leur vision : produire toujours plus de logements dans les Pyrénées-Orientales.
Mon Tôa est un service privé de la Cogeam qui propose des prestations de conseil et de rénovation sur les Pyrénées-Orientales, l’Aude et l’Hérault. En lien avec les collectivités, les équipes composées d’urbanistes, géomètres, ingénieurs réseaux et autres paysagistes tiendront des permanences pour les propriétaires dans plusieurs communes. Après une heure gratuite de conseil, les prestations, qui peuvent aller jusqu’à la prise en charge totale de travaux, sont facturées. L’ordre de prix, variable, n’a pas été communiqué.
Pourquoi un partenariat avec la CCI ? Il s’agit avant tout de repenser le bâtiment dans un contexte de déficit de la construction, avec le spectre des lois sur le « Zéro artificialisation nette » qui limiteront le foncier disponible en 2031 puis devraient stopper tout étalement en 2050.
« La situation du bâtiment n’est pas encore catastrophique, mais elle n’est pas bonne » regrette Florent Josende, président de la fédération. Il évoque la survie même des entreprises concernées. Le président de la CCI Laurent Gauze confirme. « S’il n’y a pas de logements, on va dans le mur. »
« Oui il y a du logement vacant, mais il n’est pas facilement mobilisable »
Pour Benjamin Hours, urbaniste pour la Cogeam, « il faut casser le mythe, il y a une nécessité de produire du logement. Oui, il y a du logement vacant, mais il n’est pas facilement mobilisable. » Il évoque, outre l’attractivité du territoire, le maintien à domicile des personnes âgées, ou encore le télétravail qui nécessite une pièce supplémentaire, mais aussi les séparations. Un point de vue en faveur de nouveaux logements qui est cependant nuancé par certains spécialistes, comme David Giband, professeur en urbanisme et aménagement du territoire. L’universitaire évoque un effet de seuil avec une attractivité à la baisse ou un desserrement des ménages qui touche à sa fin. « On va vider les écoles, d’ici dix ans une partie de la population ira en Ehpad » expliquait-il. David Giband s’inquiétait aussi de la pression sur l’eau dans la course permanente à l’accueil de populations. A l’inverse, Florent Josende table sur un besoin de logement qui resterait croissant « pendant au moins trente ans. »
Néanmoins l’universitaire comme les techniciens se rejoignent sur l’idée de repenser les modèles et de cesser l’étalement et le tout pavillonnaire. Pour la Cogeam, il faut diversifier et reconstruire aussi les villes sur les villes, s’appuyer sur la rénovation. Il peut s’agir de rehausser l’existant, ou encore de diviser une maison en appartements. La Cogeam pointe l’inadéquation du logement et de l’économie sur certains secteurs du département. Selon Benjamin Hours, sur Saint-Cyprien il faut accueillir 30 habitants pour générer un seul emploi, tandis qu’à Thuir, un emploi est créé pour chaque nouvel habitant.
Un manque de T2 et de T3 pour les conjoints qui se séparent
L’agence constate également un éloignement de la ville, voire des premières couronnes, pour raisons économiques, qui aboutit à un transport coûteux pesant sur les ménages. Les couples se sépareraient davantage dans les configurations périurbaines. Les conjoints séparés cherchent alors plus petit et se replient sur Perpignan, car les T2 et T3 manquent cruellement. « L’urbanisme de 1970 à 2010, l’extension à perte de vue, c’est terminé » confie l’un des représentants de la CCI.
« Aujourd’hui si on regarde la première couronne perpignanaise, on a quasiment le même logement partout. Il faut adapter la construction aux besoins. »
A travers « Mon Tôa » la CCI espère que propriétaires et communes profiteront de diagnostics plus fins et éviteront certaines erreurs, comme le développement sans prise en compte du stationnement ou du dimensionnement des réseaux, ou encore les permis mal déposés. « Notre ambition, assure Laurent Gauze, est d’inciter les décideurs politiques, les aménageurs, les logements sociaux à axer leur action dans un nouveau modèle. Et pour ça il faut des aides à la décision. »
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