La Perpignanaise Cécile Hernandez portera le drapeau français lors des Jeux olympiques et paralympiques de Milan Cortina aux côtés du paraskieur Jordan Broisin. Les Jeux se déroulent du 6 au 22 février pour les olympiques et du 6 au 15 pour les paralympiques. La championne en titre concourra en snowboard cross. Une victoire après des mois de détresse mentale suite à ses blessures.
« C’est un grand bonheur », confie Cécile Hernandez, tout juste descendue des pistes de la station des Angles. La Pyrénéenne, originaire de Perpignan, a appris il y a quelques jours qu’elle serait porte-drapeau des Jeux olympiques et paralympiques de Milan Cortina. Un « honneur » pour la snowboardeuse. Mais aussi l’aboutissement de longs mois de bataille pour sa santé physique et mentale.
Après des mois de rééducation, la santé mentale de Cécile Hernandez décline
Elle se remet de nombreuses blessures. Une rupture totale des ligaments de la cheville l’hiver dernier, suivie d’une entorse du genou et d’une fracture du ménisque. À peine de retour sur les pistes en juin, elle se déchire la cuisse. « Ça a été dur de s’adapter. » Atteinte de sclérose en plaques, Cécile Hernandez doit rester active : « Je me déprogramme très vite. Je me ramollis et j’en perds mes facultés motrices et mes connexions neurologiques. »
L’année de rééducation érode le moral de la sportive. « Je n’allais pas bien mentalement. Pour la première fois, on a intégré un psychologue du sport à ma préparation. Je me sentais sombrer. Je savais que mon issue de secours, c’était d’en parler. » Soulagée d’avoir pris au sérieux sa santé mentale et d’avoir été écoutée, elle s’efforce de relativiser. « Je suis fière de cet aveu de faiblesse. Aujourd’hui je me sens plus légère. J’ai compris qu’il n’y avait rien de grave ».
Des prises de paroles éparses, peu de changements de fonds
La santé mentale des sportifs revient fréquemment sur le devant de la scène, souvent portée par des athlètes qui prennent la parole. La gymnaste américaine Simone Biles avait par exemple renoncé à plusieurs épreuves des JO de Tokyo en 2021. Plus récemment, Léon Marchand, champion olympique de natation, a confié avoir été proche du burn-out et perdu le goût de la nage lors du confinement.
Cécile Hernandez se place dans leur lignée en mettant sur la table l’aide dont elle a eu besoin. Elle fait aujourd’hui partie de l’association NéoHéros qui mène des actions de sensibilisation dans le monde du sport. Plus près d’elle, elle note un tournant du côté de son équipe. « Mon staff, mon coach, je pense qu’ils sont un peu plus attentifs à ce qu’ils peuvent dire et faire. » Mais selon elle, les changements de fond ne suivent pas.
« Je suis peut-être l’arbre qui cache la forêt. On parle beaucoup mais on libère peu la parole. »
En octobre dernier, un plan d’action pour la santé mentale des athlètes est lancé par les comités olympiques et paralympiques français, l’Agence nationale du sport et le ministère des Sports. Il propose la mise en place d’un encadrement plus fort des athlètes et d’une prévention accrue. Mais pour Cécile Hernandez, certains aspects demeurent tabous. Elles rapprochent notamment la santé mentale des conditions matérielles des sportifs. « On considère que les athlètes sont forts, qu’ils ont une vie de rêve. Alors que ce n’est pas vrai, il y a aussi des athlètes qui galèrent à financer leur saison. » Récemment, Vincent Maharavo, skieur catalan qui concourra à Milan et Cortina, abordait cette thématique dans une interview à Ici Roussillon. Il y confiait avoir dû dormir dans sa voiture pour financer sa saison.
Les soutiens financiers s’améliorent… mais pas depuis les Pyrénées-Orientales
La snowboardeuse concède des avancées sur l’aide financière aux athlètes depuis les Jeux olympiques et paralympiques de Paris. « Cette saison d’hiver, l’Agence nationale du sport a déployé des moyens considérables pour nous permettre de financer sereinement nos saisons sportives. » Au niveau local en revanche, elle regrette une absence de soutien des acteurs économiques des Pyrénées-Orientales, alors même qu’elle insiste pour s’entraîner et médiatiser son parcours dans le département.
« Dans les Alpes, je gagnerais trois ou quatre fois mieux ma vie parce qu’ils ont cette culture des sports d’hiver. Je n’ai que trois sponsors locaux. Je suis tellement amoureuse de ce département. Mais il ne me le rend pas. C’est dur. »
Il y a encore quelques mois, la candidature de Cécile Hernandez en tant que porte-drapeau est alors impensable. « C’est une pression, il faut être à la hauteur du rôle. » Un point noir surtout : la participation à la cérémonie d’ouverture qui risquait d’impacter sa performance. « J’ai quand même un handicap évolutif, qui demande beaucoup d’énergie. Je ne me voyais pas faire sept heures de route, et être le lendemain super opérationnelle. Je voulais privilégier le sportif. »
Cécile Hernandez a néanmoins fini par se présenter pour le rôle car cette année, les porte-drapeaux paralympiques ne participent pas à la cérémonie d’ouverture. « Les lieux sont trop espacés, explique la compétitrice, on sera uniquement sur la cérémonie de clôture. » Ces jeux sortent en effet du lot par la multiplicité des sites qui leur seront consacrés. Sept au total. La cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques aura lieu dans quatre villes différentes en simultané, une première. Pour les paralympiques, c’est le site de Vérone qui a été choisi. Cécile Hernandez participera en revanche bien à la cérémonie de clôture, le drapeau tricolore en main : « Sur les quatre porte-drapeaux, il y a trois Savoyards, remarque-t-elle. Je suis fière d’être Pyrénéenne. »
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