Article mis à jour le 25 février 2026 à 10:31
Jusqu’au 31 mai 2026, le musée d’art moderne de Céret consacre une exposition d’envergure au duo Hippolyte Hentgen. Intitulée Mimosa, cette présentation réunit une centaine d’œuvres – peintures, dessins, collages, sculptures et vidéos – et investit jusqu’aux murs mêmes de l’institution.
Derrière ce nom d’emprunt se cachent Gaëlle Hippolyte, née à Perpignan, et Lina Hentgen. Dix-huit ans après le début de leur collaboration, les deux artistes proposent un panorama dense de leur travail, pensé spécialement pour dialoguer avec l’architecture et l’histoire du musée céretan. Photos © Musée d’Art Moderne de Céret.
Une exposition immersive entre fresques, collages et sculptures
Dès l’entrée, l’exposition s’ouvre sur plusieurs peintures murales réalisées in situ pour Céret. Les artistes investissent les murs du musée avec des fresques monumentales qui prolongent leur pratique du dessin à une échelle architecturale. Le geste graphique, socle de leur collaboration, s’y déploie dans une dimension immersive. Ces compositions dialoguent avec un ensemble de dessins, collages et pastels, offrant au visiteur un parcours rythmé par des changements d’échelle et de supports.
Le titre, Mimosa, rend hommage à la nature environnante et à la lumière hivernale du Vallespir. La référence n’est pas anodine : elle inscrit l’exposition dans un territoire précis, celui de Céret, ville marquée par une tradition artistique forte depuis le début du XXe siècle. Ici, Picasso, Soutine ou encore Chagall ont façonné l’identité d’un musée aujourd’hui reconnu comme l’un des pôles majeurs de l’art moderne et contemporain en Occitanie. L’exposition d’Hippolyte Hentgen s’inscrit dans cette histoire tout en la déplaçant vers des formes plus hybrides et contemporaines.


Le parcours rassemble plusieurs séries emblématiques du duo, parmi lesquelles Résistantes, Demain 88, les tentures Breeket Sentiments Adrifts, ou encore les sculptures dites « molles » intitulées Bikini invisible. Ces œuvres, aux titres souvent énigmatiques, jouent avec les registres visuels et les références culturelles. À Céret, plusieurs pièces ont été conçues spécialement pour l’exposition, renforçant le caractère singulier de cette présentation.
À travers cette centaine de pièces, le musée propose ainsi un vaste panorama de dix-huit années de création. L’ensemble donne à voir une pratique protéiforme, oscillant entre humour, distance critique et plaisir du regard.
Hippolyte Hentgen : détourner l’image pour mieux la révéler
Hippolyte Hentgen est le pseudonyme partagé par Gaëlle Hippolyte et Lina Hentgen, pensé comme un espace commun et une mise à distance de la notion d’auteur. Cette identité fictive leur permet de travailler à quatre mains, dans une continuité où l’on distingue difficilement la part de l’une ou de l’autre. Le dessin constitue le cœur de leur démarche, mais leur univers s’étend également au spectacle, à la scénographie, au film et à la sculpture.
Leur travail puise dans une vaste culture visuelle : bande dessinée, dessin de presse, cartoons des années 1930, modernisme, graphisme de l’entre-deux-guerres, motifs textiles ou encore images issues de la culture populaire. Par glissement, collage et greffe, elles réactivent des images parfois usées, inscrites dans la mémoire collective, pour leur offrir une nouvelle lecture. Le burlesque côtoie le naïf, l’ironie dialogue avec la douceur des couleurs. L’œuvre se présente comme un vaste assemblage où se mêlent références savantes et iconographie de masse.
Cette approche, à la fois critique et ludique, a valu au duo de nombreuses expositions en France et à l’étranger. Leurs œuvres figurent notamment dans les collections du Centre national des arts plastiques (CNAP), du MAC VAL à Vitry-sur-Seine ou encore de plusieurs FRAC. Un parcours témoin d’une reconnaissance institutionnelle solide, que l’exposition céretane vient confirmer.
À Céret, la présence de Gaëlle Hippolyte, née à Perpignan, confère une résonance particulière à l’événement. Le retour d’une artiste originaire des Pyrénées-Orientales dans l’un des musées phares du département souligne la vitalité de la scène artistique régionale. Avec Mimosa, le musée d’art moderne de Céret poursuit ainsi sa mission : inscrire le territoire dans les dynamiques contemporaines de la création, tout en cultivant un dialogue exigeant entre histoire et modernité.
