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Payer cher une eau qui fuit : la Chambre Régionale des comptes épingle la gestion de l’eau potable dans le Conflent

France, Perpignan, 2021-11-20. Illustration, Conflent. Photograph by Arnaud Le Vu / Hans Lucas.France, Perpignan, 2021-11-20. Illustration, Conflent. Photographie de Arnaud Le Vu / Hans Lucas.

Dans les Pyrénées-Orientales, nombreux sont les secteurs aux réseaux vétustes et fuyards. La Chambre régionale des comptes, qui avait déjà épinglé l’eau potable dans la vallée de l’Agly, se penche désormais sur 19 communes du Conflent. Elle met en regard une « performance insuffisante » pour un prix de l’eau élevé.

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19 communes autour de Prades et Vinça dépendent du SIVU du Conflent, le syndicat intercommunal en charge de la distribution et l’assainissement d’eau potable. La gestion se fait soit en régie directe pour certaines communes, soit en délégation via l’opérateur privé Saur.

Depuis 2019, la Chambre régionale des comptes Occitanie enquête sur l’eau potable. Elle en est à son neuvième contrôle. Dans le Conflent, avec un gros captage entre Ria et Villefranche-de-Conflent, pas de stress hydrique à ce jour tel qu’on a pu le constater dans la vallée de l’Agly ou dans les Aspres. Au point que le SIVU a même vendu de l’eau à des communes extérieures au périmètre. Mais le volume de la ressource restante est mal connu, et le contrôle fait apparaître un réseau très vétuste. Plus de 37 % de l’eau produite et assainie fuit dans la nature avant d’atteindre le robinet de l’usager.

A Tarerach et Valmanya, les deux tiers de l’eau potable n’atteignent pas le robinet

Le rendement s’est toutefois amélioré d’un peu plus de 3 % entre 2019 et 2024, tandis que le taux de renouvellement des réseaux, sur la même période, baisse légèrement en passant de 0,33 à 0,31. Ce taux, qui représente le ratio annuel de conduites remises à neuf, est deux fois plus bas que la moyenne nationale. C’est considérable sachant que le territoire présente plus de 185 km de réseau. La Chambre constate ainsi un « retard d’investissement dans le renouvellement des infrastructures du SIVU ».

Sur l’ensemble des communes concernées, quelques-unes atteignent des records de fuites. Ainsi pour Tarerach et Valmanya, moins de 38 % de l’eau produite arrive jusqu’à l’utilisateur. Quasiment les deux tiers de l’eau sont perdus, en bénéficiant certes à la nature mais après avoir été traités pour rien. Ce sont les communes qui sont en délégation de service public, c’est-à-dire qui passent par l’opérateur Saur, qui ont les plus faibles rendements. Au final, le SIVU du Conflent est classé par la Chambre dans la pire appréciation en catégorie semi-rurale.

« Le SIVU n’a pas été en mesure d’expliquer la baisse brutale du rendement en 2022 » écrit la Chambre dans son rapport.

Inégalités tarifaires : quand la machine à eau est une usine à gaz

Pour l’organisme de contrôle, il y a un point noir dans l’organisation avec le double mode de gestion au sein du même syndicat. Les huit communes en régie directe et les onze en délégation n’ont pas droit au même traitement. Selon l’endroit du territoire, les quelque 8500 abonnés ont un prix de l’eau et des conditions d’intervention différents. Sans compter que dans cette organisation, distribution et assainissement n’étaient pas clairement distincts jusqu’à fin 2024, ce qui a freiné une vision prospective claire.

En 2024, suite à des augmentations, le prix de l’eau hors assainissement atteint 2,61 euros par m3, le même montant qu’on retrouve dans la vallée de l’Agly elle aussi concernée par des difficultés. La moyenne nationale est à 2,32 euros. Des tarifs élevés et surtout plus chers dans les territoires avec délégation, même si l’écart avec la régie directe a tendance à se réduire au fil des années. Globalement, avec l’assainissement, le bénéficiaire va payer son eau potable autour de 5 euros le m3. La baisse du prix de l’abonnement n’a compensé que partiellement ces tarifs élevés.

Des millions à mettre sur la table pour réparer le réseau

La Chambre estime un investissement pour remplacer les canalisations entre 18,5 et 36,3 millions d’euros, selon qu’on remplace uniquement les canalisations les plus anciennes ou toutes celles ayant plus de 40 ans. D’après l’organisme de contrôle il y aurait, grâce aux réserves financières du SIVU, une possibilité d’investir davantage.

« Ce scénario suppose cependant que le SIVU soit doté d’une structure administrative capable de mettre en œuvre ces investissements supplémentaires. »

Aude Vivès, maire de Prades, vient de prendre la présidence du SIVU. Elle assure qu’un plan pluriannuel pour réaliser les travaux sur les cinq prochaines années est en cours d’élaboration, avec le soutien espéré de l’Agence de l’Eau et du Conseil départemental. « Sur ce territoire, l’eau ne paye pas l’eau. L’investissement, conséquent, doit être soutenable. On regarde ce qui se passe sur la loi de finances, pour que les collectivités ne paient pas encore les pots cassés d’une gestion étatique contestable. » Il s’agit du budget 2027 qui sera voté par les parlementaires, et scruté de près.

L’idée du syndicat départemental de la ressource en eau de retour dans les tuyaux ?

Elle espère remonter le rendement vers 80 % voire au-delà. « On part de très loin, même si le SIVU n’était pas dans les pires élèves. » Aude Vivès compte se battre pour que le prix de l’eau n’augmente pas davantage, mais aussi pour que le délégataire Saur réalise sa propre part d’investissements. Au-delà de la réfection des réseaux, Aude Vivès compte se pencher davantage sur la ressource. Les volumes d’eau potable disponibles sont en effet un mystère.

« Nous sommes approvisionnés en eau par les montagnes, mais on ne connaît pas la profondeur de la ressource. Nous dépendons des précipitations et de la neige. »

La maire de Prades souhaite remettre sur la table l’idée, jusque-là retoquée, d’un syndicat départemental de la ressource. « Le préfet conditionnera, et il a bien raison, tout projet d’urbanisme à la ressource en eau. On ne peut pas vivre au-dessus de nos moyens de ce point de vue. Nous sommes des territoires où l’eau passe, l’enjeu est de voir comment on peut l’utiliser au mieux. » Aude Vivès déplore enfin que les habitudes de sobriété prises durant les grandes sécheresses n’aient pas perduré. « On avait baissé l’utilisation de l’eau de 30 %, on est revenu depuis aux consommations d’avant la crise. Les économies participent à un territoire résilient qui a pris conscience du changement climatique. »

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Philippe Becker