Aller au contenu

Les chiens patous effraient les promeneurs : partager une nature toujours plus fréquentée

Article mis à jour le 29 juillet 2026 à 15:53

Les Pyrénées-Orientales ne sont pas exempts de faits divers impliquant des patous, les chiens protégeant les troupeaux. Alors que l’intérêt du pastoralisme au plus près des communes, face aux incendies, nous est rappelé, comment faire cohabiter troupeaux et promeneurs alors que la montagne est toujours plus arpentée ? Photos GAEC des Cardalines

Cet article est en accès libre, et nous voulons qu’il le reste. Mais après dix ans, Made In Perpignan est menacé. Sans le soutien de ses lecteurs, notre média ne passera pas l’année ➡️ Si vous le pouvez, faites un don.

Le patou, souvent un berger des Pyrénées pouvant atteindre 90 kg, n’est pas le chien qui rassemble les troupeaux. Son rôle dans notre département est seulement de protéger le troupeau contre les loups et les chiens errants. C’est le gouvernement lui-même qui, suite à la multiplication des attaques de loups, recommande le patou aux éleveurs. Des animaux devenus de plus en plus nombreux au fil des années. Ils sont parfois plusieurs par troupeau. Dans le même temps, quelques affaires de chiens qui mordent ou terrifient les passants défrayent la chronique.

Plusieurs incidents dans les Pyrénées-Orientales

En 2010, le sous-préfet de Céret demandait déjà la capture de patous trop agressifs au pied des Albères, envisageant jusqu’à l’euthanasie après avis d’un comportementaliste. En 2011 deux touristes étaient attaqués et mordus, l’un en Cerdagne, l’autre près d’Argelès-sur-Mer. En 2020, sur les hauteurs de Céret, une famille entière est hélitreuillée. Les promeneurs étaient bloqués au bord d’une falaise par des chiens de protection. En 2023, dans le Vallespir, un cycliste paniqué est gravement mordu au mollet par un patou ayant déjà fait l’objet de plaintes. On relève aussi une affaire de petit chien dévoré. Sur le massif des Pyrénées, une association d’accompagnateurs en montagne, craignant le drame, a tiré la sonnette d’alarme en 2025 à propos de patous de plus en plus nombreux.

Dans ces conditions, comment cohabiter ? Julie De Moura est éleveuse de chèvres à Mosset. Fin juin 2026, elle accueille une fête du pastoralisme avec démonstration de dressage. L’idée est de désamorcer les peurs et rappeler les bons gestes.

« Il s’identifie à une chèvre »

Pour son propre troupeau, Julie a un berger des Pyrénées né dans la bergerie. « Il s’identifie à une chèvre, il pense qu’il est un petit ruminant et va être perdu s’il n’a pas de chèvre avec lui. Si je dois l’emmener au vétérinaire je dois prendre une chèvre avec lui. Mais son instinct de chien va prendre le dessus dès qu’il va y avoir un danger potentiel. » Renard, chat, loup ou randonneur, toute intrusion peut être perçue comme une menace. Comme l’explique Julie De Moura, l’aboiement du patou est alors une forme de discussion avec l’extérieur parfaitement normale. Il prévient l’intrus de la présence du troupeau et le suit en aboyant jusqu’à ce qu’il s’éloigne.

« Les patous sont assez impressionnants, et si des gens ont une mauvaise expérience avec les chiens, ça peut faire peur. Mais le chien fait juste son travail. J’ai choisi un chien que j’ai beaucoup socialisé, qui a confiance en lui. Certains éleveurs vont choisir des chiens moins socialisés et qui vont plus aller au contact, car ils ont plus de risque de se retrouver en face d’un loup. »

Julie évoque cette dame qui a l’habitude de se promener autour de Mosset et ne décolère pas. « Pour elle, elle a le droit de se promener aux abords du village sans inquiétude. Je suis d’accord avec elle sur le principe, mais selon moi, son inquiétude ne dépend pas de moi, le patou réveille une peur qui ne m’appartient pas. C’est difficile de discuter avec elle. »

José Vergnes est le président du comité de la randonnée pour les Pyrénées-Orientales. Pour lui, la consigne est claire, il diffuse un guide de recommandation à tous les clubs. « La première recommandation c’est de les éviter. On demande aux gens, dès qu’ils voient les patous, de contourner. » José Vergnes reconnaît que le dressage est essentiel. Il se souvient de ces patous du côté de Batère, souvent livrés à eux-mêmes sans troupeau, qui constituaient une menace. Pour l’essentiel, les problèmes d’attaques surviendraient hors des clubs de randonnée, auprès d’un public moins averti.

Partir sans avoir l’air de fuir

Quelle est l’attitude à adopter en cas de rencontre inopinée avec un patou ? La peur est souvent incontrôlable, pas si simple de jouer l’apaisement. Didier Berdaguer est technicien pour la Pastorale Pyrénéenne, l’association chargée de former et tester les patous. « Quand le chien arrive pour identifier l’intrus, il va lire quels signaux renvoie la personne. Si elle crie ou lève les bras, ça veut dire « je suis dominant », c’est un signal d’agressivité. »

En clair, il faut d’abord stopper, mettre le pied à terre si l’on est à vélo, et se laisser identifier, même si le patou vient renifler ou aboyer. Un temps qui peut paraître long. « Cela peut durer trois minutes mais paraître trois heures ! » Après quoi, s’éloigner lentement sans tourner le dos, ni regarder le chien dans les yeux.

« Si vous partez en courant, c’est un signal de fuite qui est louche pour le patou. Il peut vous courir après en se disant qu’il gagne. »

Selon le technicien, le bâillement peut être vu comme un signe d’apaisement. Si les choses tournent mal, poser un sac ou planter un bâton devant soi permet d’interposer un objet, vers lequel le chien ira d’abord. Dans tous les cas, il faut savoir renoncer à la promenade et ne jamais tenter de forcer un passage vers le troupeau. L’approche d’un patou est encore moins évidente quand on a soi-même un chien. Il s’agit de le tenir en laisse tant que la situation ne s’envenime pas. En revanche, si l’attaque est imminente, mieux vaut le lâcher afin qu’il ne soit plus relié à soi.

Le chien peut associer une couleur de vêtement à une agression passée

Au final, le comportement du promeneur participe de l’éducation du patou. « Si une personne avec un sac à dos jaune a levé un bâton, ce n’est pas super pour vous d’avoir un sac jaune. Le chien fonctionne par associations d’idées, il a une mémoire des situations. Certains chiens réagissent trop fort. » Didier Berdaguer teste régulièrement le discernement des chiens.

« L’éducation du chien doit lui donner une capacité de discernement. On le met face à différents évènements, des vélos, des bruits, pour qu’il ait une lecture de ce qui est dangereux pour le troupeau ou non. On teste des centaines de chien par an. »

Le technicien regrette que les éleveurs doivent faire l’avance d’une partie des interventions de la Pastorale, avant d’être remboursés par la PAC*. Certains qui n’ont pas de trésorerie renoncent ainsi aux formations.

Les zones de pâturages avec patou sont souvent indiquées par des panneaux. Pour autant, afin de choisir ses sorties, il n’existe pas encore de carte très précise des patous consultable en amont. L’application MapPatou lancée en 2024 se concentre sur l’Auvergne-Rhône-Alpes et d’autres cartes de randonnée en ligne signalent parfois des zones de troupeaux. Les emplacements plus précis ne pourraient être transmis que via les services de l’Etat, dans la mesure où les montées en estive sont notifiées à la DDTM (Direction départementale des Territoires et de la Mer). En attendant, la cohabitation nécessite un jeu entre sang froid des uns et dressage des autres.

*PAC : Politique Agricole Commune, qui permet des aides aux agriculteurs

Envisagez-vous 2027 sans Made In Perpignan ? C’est la question que nous devons vous poser. Après dix ans, notre média libre est aujourd’hui menacé. Cet article, comme près de 5000 autres, est en accès libre grâce au soutien de nos lecteurs. ➡️ Si vous le pouvez, faites un don pour que cette aventure continue.

Participez au choix des thèmes sur Made In Perpignan

Envie de lire d'autres articles de ce genre ?

Comme vous avez apprécié cet article ...

Partagez le avec vos connaissances

Philippe Becker