Article mis à jour le 23 juillet 2026 à 08:46
Rares auront été les ententes collectives aussi larges. Ce mercredi 22 juillet, élus et acteurs de tous bords ont signé un premier protocole en faveur d’un Club Méditerranée au Barcarès, dans les Pyrénées-Orientales. Ce sera le seul de la façade Méditerranéenne en France. Un projet créateur d’emploi mais consommateur de ressources qui questionne l’usage de l’eau. Photo d’illustration © Benoît Durand / Hans Lucas
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Stylos et sourires s’échangent pour signer la convention en grande pompe. La présidente de région Carole Delga a fait le déplacement pour retrouver, auprès du préfet des Pyrénées-Orientales, le grand patron des Club Med, Stéphane Maquaire. Parmi les signataires, le représentant de la Banque des territoires Antoine Saintoyant, la présidente du département Hermeline Malherbe, le maire du Barcarès Alain Ferrand, le président de la CCI Laurent Gauze. La communauté urbaine était représentée par le maire de Canet-en-Roussillon Stéphane Loda. Tous se réjouissent de cette nouvelle étape qui regroupe officiellement les acteurs. Avant une signature lançant le projet, espérée avant la fin de l’année.
Des logements pour les saisonniers intégrés au site
Chacun soulignera avant tout l’emploi. 2000 équivalents temps plein pour la construction, puis en fonctionnement, quelque 450 emplois directs et 500 indirects. Le tout sans bétonner davantage, puisqu’il s’agira d’exploiter la friche touristique de l’ancien village de vacances « Les Portes du Roussillon » qui remonte aux années 1970. Stéphane Maquaire évoque même 30 % de végétalisation supplémentaire par rapport à l’ancien site. Près de 180 millions d’euros seront investis par les différents acteurs pour ce resort de 15 hectares avec 380 mètres de façade maritime. Mieux, des logements pour les saisonniers seront construits sur place. Un atout de taille quand on connaît la difficulté locale des jeunes pour se loger. Le Club Med ne sera que locataire du site, mais ni le montant du loyer ni la durée du bail n’ont encore été déterminés.

« Nous sommes nés en Méditerranée, c’est là où nous souhaitons porter notre développement dans les années futures » assure le directeur du Club Med, qui table sur des retombées économiques de 12 à 15 millions par an.
Pour la présidente de l’Occitanie Carole Delga, le Club Med doit permettre de « mieux faire connaître et reconnaître le territoire catalan. C’est essentiel de montrer que les Pyrénées-Orientales ne sont pas uniquement un territoire où il y a de la canicule et des incendies. » La région investit 6 millions d’euros dans le projet.
Un resort gigantesque sur une terre où l’eau manque déjà
Pour autant le projet questionne au regard du dérèglement climatique et de sa consommation en eau dans un département en sécheresse. Le resort, à savoir un complexe touristique all inclusive, est clairement orienté tourisme de masse haut de gamme avec 400 chambres prévues, soit jusqu’à 1000 lits environ. La même Banque des territoires qui participe au financement du projet indiquait pourtant en 2024, à travers son média Localtis, que les villages vacances arrivent en tête des prélèvements d’eau touristiques avec 439 litres par personne et par jour. Devant les hôtels. Et loin devant les 150 litres d’une personne à son domicile.
Questionné sur la notion de consommation raisonnée, Stéphane Maquaire évoque simplement « des initiatives qui permettent de diminuer les besoins en eau et en énergie » et une « végétalisation moins consommatrice. »
Il mentionne de belles réussites avec d’autres Club Med autour de la Méditerranée. « On peut citer la Sicile qui est aussi une région à stress hydrique. Avoir une insertion paysagère permet aussi de diminuer les besoins en eau. » Le directeur semble miser essentiellement sur des plantes peu gourmandes, sans un mot sur les piscines et autres usages hôteliers.
La question des nappes profondes
Les alertes sur le niveau des nappes profondes dans ce secteur précis de la bordure côtière nord résonnent encore. Certaines de ces nappes ont vu leur niveau descendre si bas qu’elles ont subi des intrusions irréversibles d’eau salée et doivent, encore aujourd’hui, être diluées par d’autres forages pour garder le seuil de potabilité. Sans compter les multiples restrictions d’eau renouvelées depuis des années dans le département, imposant aux particuliers et professionnels de limiter drastiquement leur consommation.
Le maire du Barcarès Alain Ferrand, qui confie travailler depuis au moins 2019 à la venue du Club Med, a lui-même été mis en demeure par la préfecture, en sa qualité du président du SMIPEP, le syndicat chargé des forages d’eau potable en Salanque. Il n’avait pas transmis les volumes d’eau prélevés entre 2022 et 2025, malgré les relances et alors qu’il devait réduire drastiquement les pompages. Aujourd’hui Alain Ferrand est devenu vice-président de la Communauté urbaine Perpignan Méditerranée Métropole, en charge de l’eau.
Des trajectoires inverses au tourisme de masse ont pourtant existé. Le Club Med le plus proche des Pyrénées-Orientales était celui de Cadaquès, au sud de la frontière et à moins de 100 km de Perpignan. Créé en 1962, il a accueilli des milliers de touristes au bord d’une crique avant d’être démantelé en 2003. « Le club était incompatible avec les valeurs de protection du parc » indiquait Victoria Riera, la directrice du parc naturel du cap de Creus, dans un article du Monde. Près de 7 millions d’euros avaient été déboursés pour retirer le béton et rendre le site à la nature.
La méthode « Notre-Dame de Paris » pour aller plus vite
Le préfet Pierre Regnault de la Mothe s’engage à faire vite pour ne pas perdre de temps sur le Club Med du Barcarès. Il propose « la méthode Notre-Dame de Paris pour rassembler toutes les compétences des services de l’Etat, pour accélérer les procédures et les simplifier, pour que les beaux projets puissent sortir vite. » Les travaux pourraient commencer en 2027 pour une livraison autour de 2030.
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