Article mis à jour le 18 juin 2026 à 11:00
Une usure face aux incivilités et le sentiment de ne pas être assez considéré par la ville. C’est ce qui émerge de l’agacement d’Aziz Sebhaoui, président de l’association des commerçants du quartier Saint-Jacques à Perpignan, où les problématiques semblent s’inscrire dans la durée. Côté mairie, on assure faire déjà beaucoup.
« Nous sommes des Perpignanais, et pas seulement le jour des élections. Nous sommes considérés comme un quartier prioritaire, mais de priorité il n’y a que le mot. » Aziz Sebhaoui tient le Casa Café près de la place Cassanyes, et parmi ses nombreuses casquettes, représente l’association de commerçants du secteur, avec 110 adhérents. Dans ce quartier populaire qui réunit plusieurs communautés, dont gitans et maghrébins, il déplore un quotidien rendu pénible par une minorité de personnes qui multiplient les incivilités. « On a écrit au maire, aux sénateurs, aux députés, au préfet… liste Aziz Sebhaoui. On commence à se poser la question. Est-ce que Saint-Jacques fait partie de la ville de Perpignan ou pas ? »
Des frontières invisibles qui ceinturent le quartier
Il reconnaît volontiers que la baisse de fréquentation dans les commerces s’inscrit dans un contexte national, mais les problèmes propres au quartier n’aident pas. La propreté qui n’évolue guère, avec selon Aziz Sebhaoui des corbeilles supplémentaires réclamées autour de la place, non obtenues, ou encore les nuisances sonores la nuit, les trafics et même la présence de personnes en situation de troubles psychiques sans accompagnement… C’est un inventaire de difficultés à la Prévert. Le tout avec un sentiment d’abandon.
« Nous n’avons qu’un pourcentage minime des animations qui se passent sur le reste de la ville, nous ne sommes pas consultés pour la fête de quartier alors qu’à l’époque on en était à l’initiative, le nouveau maire de quartier ne s’est pas présenté… Il y a un manque d’écoute, de communication. »
Selon le président de l’association, il est trop facile de se défausser sur les comportements de quelques-uns. « Tous les habitants ne sont pas responsables. Doit-on payer les pots cassés ? Nous jouons les nettoyeurs, les médiateurs du matin au soir… » Il mentionne une frontière invisible autour du quartier Saint-Jacques. « On dépasse Cassanyes, et sur Anatole France, cette frontière disparaît. Alors qu’on a la chance d’avoir un marché le dimanche, au moment où le reste de Perpignan est une ville morte. Demain s’il n’y a plus de commerces ça devient un coupe-gorge. »

Sur la sécurité, il espère plus de présence policière pédestre près de la place, regrettant de voir davantage d’uniformes pour la fête de l’eau que pour le marché qui draine une importante population. « Le passage en voiture c’est bien mais ce n’est pas dissuasif. » Aziz Sebhaoui annonce sont retrait des « Cafés du Commerce », ces moments d’échange entre commerçants et ville, où il ne se sent plus entendu.
Farid Belacel, directeur de cabinet de Louis Aliot : « ce quartier s’est ghettoïsé. Il est identifié comme le plus difficile de France »
Du côté de la mairie, le directeur de cabinet du maire Louis Aliot, Farid Belacel, assure que le dialogue n’est pas rompu. Il évoque des problèmes remontant à de précédentes mandatures. « Le quartier Saint-Jacques, a été, il n’y a pas d’autre mot, abandonné pendant des décennies. Nous en subissons les conséquences. Ce quartier s’est ghettoïsé. Au national, en termes de rénovation urbaine, il est identifié comme le plus difficile de France.»
Farid Belacel prend la propreté pour exemple, assurant que le coût du ramassage des ordures et du nettoyage de Saint-Jacques est huit fois supérieur au reste de la ville. « Il y a une frange des habitants du quartier qui n’ont pas le souci de vivre ensemble. Il n’est pas normal que dans un quartier de la ville on se sente autorisé à jeter ses déchets par les fenêtres. Ce n’est pas un simple problème de corbeilles. »
Des commerces fantômes aux propriétaires inconnus
Insoluble donc ? Farid Belacel évoque un temps long pour la transformation du quartier, avec la réfection de la rue Llucia. « On investit comme jamais pour faire l’acquisition des immeubles insalubres. Certains commerces exercent dans des conditions qui ne sont plus au goût du jour… Si on veut que demain des touristes viennent, il faut un commerce de proximité qualitatif.» Mais derrière les rideaux de fer, des inconnus.
« Sur la quarantaine de cellules commerciales identifiées, une bonne vingtaine n’a plus de commerçant déclaré, on ne sait même plus à qui elles appartiennent. Il y a un travail d’archéologie administrative.»
Les commerces, rénovés avant d’être remis à disposition des professionnels du quartier, pourraient selon lui rendre de l’attractivité à ce passage entre la place Cassanyes et l’université. Il cite aussi les reconstructions d’îlots, et les requalifications à l’image de la rue des Augustins. « Tout cela est en cours. » Sur la présence policière, il s’inscrit en faux. « Saint-Jacques n’est pas exonéré des patrouilles. »
« Il va être nécessaire d’avoir un message ou une action beaucoup plus coercitive »
Pour autant il reconnaît le ressenti de stagnation. « Il faut qu’il y ait une action d’envergure dans le quartier, qui est aux prises avec le trafic de stupéfiants. » Le directeur de cabinet pointe alors la responsabilité de la police nationale. « C’est la compétence de l’Etat. » Farid Belacel liste parmi les actions la création du poste de police dans l’ancien hôtel de la Cigale, bâtiment disputé avec le Conseil départemental. Du poste de police, il n’existe que l’enseigne depuis quelques années, le lieu reste inoccupé. Farid Belacel assure que les discussions avec le Département concernant la Cigale se poursuivent. « La majorité départementale me semble plus ouverte s’agissant du devenir de cet immeuble, elle a dit qu’elle réviserait son projet d’occupation dans l’hypothèse où elle le récupèrerait. »
Enfin Farid Belacel évoque un durcissement des réactions face aux incivilités. « Il va être nécessaire, peut-être, d’avoir un message ou une action beaucoup plus coercitive. Ce quartier a, à un moment donné, cristallisé l’image de la ville négativement. »
Une temporalité qui diffère avec celle des commerçants. Ces derniers, parfois installés depuis plus de vingt ans, s’impatientent et envisagent une mobilisation prochaine.
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