Article mis à jour le 30 juillet 2026 à 09:13
Le GICB* ou « Terre des Templiers » était la plus grosse coopérative des crus Collioure et Banyuls. Elle représentait près de la moitié des volumes de ces appellations. A l’agonie, suffoquée par les dettes et la chute des ventes, la structure échappe à la liquidation sèche grâce au seul repreneur présenté, le Domaine Lafage. La décision est actée par le tribunal en cette fin juillet 2026. Jean-Marc Lafage, co-associé du vaste domaine siégeant à Canet-en-Roussillon, répond à Made in Perpignan sur l’avenir des vins de la Côte Vermeille. Photo de une : Jean-Marc Lafage © Domaine Lafage
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Depuis quand votre domaine envisage de reprendre le GICB ?
Nous avions déjà une relation commerciale et industrielle avec la coopérative. Elle était en sous-activité par rapport à son système économique, et nous manquions d’espace. Depuis huit ans nous travaillons ensemble, une partie de nos volumes était vinifiée au GICB. Cela nous a permis de connaître les équipes. Il y a quatre ans ils nous avaient déjà approchés, mais nous n’étions pas assez organisés. Et puis il y a environ un an et demi, ils ont vu que la liquidation allait survenir, et ça s’est fait naturellement.
Racheter il y a quatre ans aurait coûté plus cher ?
Il y a un petit peu de ça aussi. Mais dans tous les cas nous n’étions pas prêts. Et il faut aussi dire qu’ils pensaient encore investir dans des vignobles avec des projets différents de ce qu’on pratiquait.
Combien vous coûte cette reprise ?
Au total on est autour de 12 millions d’euros. L’achat au tribunal doit être autour de 1,8 millions. Mais il y a la reprise intégrale des créances producteurs pour 5 millions, les reprises de prêts pour 3 millions, les frais de procédure… On sort immédiatement 4 millions et le reste c’est au fil de l’eau, chaque année il y aura des remboursements.
Quel sera le modèle de la nouvelle structure ?
La nouvelle structure s’appelle Terrasse Vermeille. La première année il n’y aura pas de coopérative, nous achèterons le raisin en direct, et nous utiliserons le stock du GICB pour les appellations Collioure et Banyuls. A partir de la deuxième année il devrait y avoir une cave coopérative qui fédère les producteurs, ce qui permettra de produire du vin doux naturel, mais nous n’aurons qu’un contrat avec eux pour acheter le fruit de leur travail, ils n’auront plus à gérer la vinification, le stockage, le conditionnement, le marketing etc.

C’est un système un peu plus privé que le tout coopératif. On garde les mêmes marques, on n’a aucun intérêt à les arrêter. On rajoutera peut-être notre patte avec d’autres gammes, mais on n’en est pas encore là. Sur la masse salariale globale entre commerciaux et salariés, nous garderons environ 80 % de l’effectif.
Peut-on éviter les dysfonctionnements passés et relancer les ventes ?
L’outil était devenu trop gros, il y avait de la sous-activité avec un coût phénoménal. Les commerciaux ont quand même une vraie base avec un fichier client relativement dense, 150 à 200 évènements par an en France. C’est une performance. Nous exportons. Par exemple nous travaillons bien avec le Vietnam. En ce moment on leur vend des Maury 1974 et ils en sont friands. Demain si on arrive avec du Banyuls ça peut être intéressant. Le Domaine Lafage exporte dans 60 pays, on doit faire 15 % de vins doux mais je tanne nos forces commerciales pour mettre du Banyuls partout, même si on n’en vend qu’une caisse pour une palette d’un autre vin. Le vin doux fait partie de mon ADN.
Quels volumes de vin doux seront produits ?
Le ratio Collioure / Banyuls était à peu près 50 / 50. Là, nous allons peut-être passer à 70 % pour le Collioure et 30 % pour le Banyuls. Mais le vin doux est important. Les pépites du Roussillon sont à 80 % des vins doux. Ma famille est de la septième génération du cru Maury, où ils vivent les mêmes galères. C’est plus compliqué que de vendre des vins secs, mais ce n’est pas non plus zéro. Souvent dans les dégustations, le vin doux n’arrive qu’en dernier, quand on n’a même plus envie d’en goûter. Là, nous allons lui donner la priorité.
Parviendrez-vous à maintenir les vignerons en activité ?
Si on veut que le territoire se refasse un peu il faut travailler avec les producteurs. Un seul peut gérer peut-être 5 à 8 hectares, le Domaine Lafage peut-être 15 ou 20, mais en aucun cas 100. Il faut essayer de remettre un peu d’activité là-dedans. Il faut que le producteur aille mieux. On paiera le kilo de raisin plus cher, en passant de 1,60 euros à 2 euros.
Et surtout on paiera la production d’une année sur l’autre alors que dans les caves coopératives, les producteurs attendent en moyenne 36 ou 40 mois. On prend tout le monde. Cela pourra être un producteur à la retraite qui a 0,2 hectares comme un professionnel qui en aura 15. On va être à 8000 hectolitres à peu près. Le Domaine Lafage en écoule déjà entre 28 000 et 35 000.
Il y a aussi un intérêt paysager et de lutte contre les incendies à maintenir ces parcelles…
Ces sont des espaces non mécanisables, s’ils sont abandonnés c’est très dur de replanter et de repartir. Si dans 5 ans il ne reste plus qu’une centaine d’hectares à Banyuls, les mairies, les communautés de communes finiront par payer les producteurs pour mettre de la vigne autour des villages pour faire face à ces atrocités que l’on peut voir. Notre mission est là aussi. On va certainement travailler à une banque de parcelles, et devenir nous-mêmes producteurs rapidement. Beaucoup de personnes relativement âgées en libèrent.
*GICB : Groupement interproducteurs Collioure Banyuls
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