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Crèches, nounous, écoles : l’impact de la baisse des naissances dans les Pyrénées-Orientales

La baisse démographique majeure observée au niveau national se répercute aussi dans le département. Face à ce bouleversement statistique, l’avenir des territoires et de leur organisation interroge. Des tensions et des bouleversements apparaissent déjà sur les structures dédiées à la petite enfance, tout comme dans les écoles. Photo d’illustration ©Tanaphong Toochinda – Unsplash. 

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Sale temps pour les bébés. Ces dernières années, la difficulté pour trouver des solutions de garde pour les tout-petits a marqué de nombreuses familles. Les crèches et les assistantes maternelles (« nounous ») affichaient des listes d’attente à rallonges. Tout cela semble en train de changer très vite et en profondeur. En cause : deux phénomènes qui viennent se percuter : la baisse de natalité d’un côté, la raréfaction des ressources humaines de l’autre. 

À l’échelle du pays, le nombre de naissances a diminué de 14 % entre 2010 et 2022, puis encore de 11 % entre 2022 et 2025. En quinze ans, le nombre moyen d’enfants par femme est passé de 2,03 à 1,55. La France connaît désormais sa fécondité la plus basse depuis un siècle.

Les Pyrénées-Orientales ont longtemps mieux résisté. Entre 2010 et 2022, les naissances y ont reculé de 10,8 %, contre 14,1 % en France. Mais depuis 2022, le décrochage s’accélère et les naissances ont encore diminué de 12 % dans le département. 

« Un hiver démographique »

« Pour la première fois depuis 1945 en France, le nombre de décès est supérieur à celui des naissances. La population vieillit et pourrait diminuer à l’horizon 2070. C’est un hiver démographique qui a débuté », résume Clément Beaune, haut-commissaire à la stratégie et au plan, dans un entretien au Monde.

Certains territoires, prévient-il, connaîtront un « déclin démographique rapide : moins de jeunes, donc moins d’activité, moins d’écoles, des difficultés sur le logement, etc… ». Clément Beaune appelle à une réaction politique, notamment pour faciliter la vie des parents, développer les modes de garde et mieux calibrer les congés. Mais il prévient : « L’hiver démographique sera long, c’est un fait ». 

Des crèches contraintes de fermer

Paradoxalement, moins de naissances ne signifient pas la fin des difficultés pour faire garder les enfants. Un rapport conjoint de l’Inspection générale des finances et de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) alerte sur une possible perte de 240 000 places d’accueil d’ici à 2033 si rien ne change. En cause notamment : la baisse rapide du nombre d’assistantes maternelles et les difficultés de recrutement dans les crèches. Près de la moitié des assistantes maternelles encore en activité pourraient partir à la retraite d’ici 2030. 

Michel Bah a dirigé deux micro-crèches Nimba, à Brouilla et Saint-Jean-Lasseille. Pour lui, le problème de recrutement tient pour l’heure moins au nombre de candidats qu’à leur expérience. « Pour nous, la difficulté a plutôt été de trouver du personnel de qualité, c’est-à-dire des personnes bien formées et qui restent motivées ». 

À cette fragilité des ressources humaines s’ajoute désormais une baisse très concrète de la demande. Michel Bah dit l’avoir subie à la rentrée 2025. Ses deux structures, qui affichaient un taux de remplissage de 75 à 80 %, sont tombées à environ 50 %. « J’ai eu une baisse de fréquentation de l’ordre de 20 à 30 % au mois de septembre 2025 ». Quelques mois plus tard, les deux établissements, déjà fragilisés, ont été contraints de fermer.

La natalité n’est pas seule en cause. Le contexte économique pèse aussi, estime l’ancien directeur de Nimba. « Les temps complets se raréfient. Les parents combinent davantage la crèche avec les grands-parents ou d’autres proches pour limiter la facture ». 

Les nounous en difficulté 

Même constat chez Aude Valdenaire, assistante maternelle à Céret. « On a senti une vraie bascule. Avant, les contrats pour septembre se signaient dès le printemps. À partir du mois d’avril, mai, juin, j’avais tous les appels pour la rentrée ». Désormais, les demandes arrivent au compte-gouttes. Aude se souvient particulièrement d’une rentrée, il y a deux ans. Trois enfants qu’elle gardait sont entrés à l’école en même temps. En septembre, faute de demande, elle ne travaillait donc plus que le mercredi. Un nouvel appel est finalement arrivé début octobre, puis d’autres contrats en janvier. « Les demandes se sont égrenées sur toute une année ».

Les types de contrat aussi ont changé. Là où elle pouvait autrefois refuser un accueil deux jours par semaine en attendant un contrat de quatre jours, elle accepte désormais plus facilement les temps partiels.

« Pour nous c’est un peu plus de précarité, estime l’assistante maternelle Aude Valdenaire. J’ai beaucoup de collègues qui sont contraintes de demander un complément à France Travail. Et puis il y en a d’autres qui n’ont plus eu d’appels du tout et qui ont carrément arrêté ».

Sa rentrée 2026 s’annonce meilleure. Mais l’épisode a laissé des traces. « Je suis moins sereine qu’avant et j’économise plus, au cas où, pour l’avenir ». 

Dans les Pyrénées-Orientales, le nombre de nounous s’effondre. Les assistantes maternelles agréées indépendantes sont passées de 1 707 fin 2022 à 1 483 fin 2023, soit 224 professionnelles de moins en seulement un an (-13 %), selon les dernières données de la Protection Maternelle et Infantile (PMI) publiées par la Caisse d’allocations familiales (CAF). 

Les écoles tremblent

En cascade, les communes guettent, en croisant les doigts, la carte scolaire publiée chaque printemps par l’Education Nationale. Les fermetures de classes sont devenues récurrentes. Parfois, ce sont même des écoles entières qui disparaissent ou fusionnent : 6 000 ont été fermées en France entre 2010 et 2024, dont 2 000 dans des communes qui n’en comptaient déjà plus qu’une seule. Dans le département, ce sont une vingtaine d’établissements publics qui ont fait l’objet d’une fermeture ou d’une fusion au cours des 15 dernières années. 

Pour la rentrée 2026, la direction académique a validé 21 fermetures de classes supplémentaires (pour sept ouvertures). Des mesures d’ajustement de la carte scolaire justifiées par… la baisse de la démographie dans le département. Or les générations qui arrivent sont encore moins nombreuses. Les enfants nés en 2022 ne sont entrés en maternelle qu’à partir de la rentrée 2025. Ceux des années suivantes, marquées par une accélération de la chute des naissances, suivront plus tard. L’hiver démographique ne fait que commencer.

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Sébastien Leurquin