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32 emplois industriels menacés à Rivesaltes : « ils nous lâchent comme des malpropres »

Article mis à jour le 21 mai 2026 à 17:54

Le site de Bucher Vaslin à Rivesaltes, qui fabrique du matériel viticole, comme des pressoirs, voit ses machines partir les unes après les autres dans des camions, sous le regard impuissant des salariés. Selon Jean-Baptiste Llati, avocat spécialisé en droit du travail, le démantèlement précipité questionne la légalité de l’opération.

32 salariés sur les 36 du site de Rivesaltes devraient être licenciés selon le Plan de Sauvegarde de l’Emploi annoncé par Bucher Vaslin. Selon Gilles Marck, salarié de l’entreprise, la chaudronnerie viticole fait face à des difficultés depuis quelques années. « En 2024 et 2025, on perd la moitié de notre chiffre d’affaires » explique-t-il, évoquant une période de chômage technique partiel. Conjoncture, crise du vin renforcée par le réchauffement climatique ou les taxes Trump, rendent les clients plus frileux.

Sauf que Bucher Vaslin fait partie du groupe Suisse « Bucher » qui, lui, dégage des bénéfices. D’après Gilles Marck, le résultat flirte avec les 250 millions d’euros sur un chiffre d’affaires de plus de 3 milliards d’euros, sans compter plus de 600 millions en trésorerie et 120 millions de dividendes reversés aux actionnaires.

« Effectivement notre activité est déficitaire. Mais pendant 25 ans nos bénéfices sont partis à ce groupe. Maintenant qu’il y a des difficultés, ils nous lâchent comme des malpropres. Plutôt que de diversifier ou chercher à sauver l’activité, ils ont tout sacrifié, et surtout les hommes. »

Avec des compétences difficiles à reclasser, les ouvriers spécialisés, certains avec plus de vingt ans dans l’entreprise, oscillent entre désarroi et colère. D’autant que les représentants syndicaux sont au siège, près d’Angers, et non à Rivesaltes où l’on se sent écarté des décisions. « L’industrie est déjà faible dans les Pyrénées-Orientales, la conserver, au moins en partie, nous paraît important. Et nous souhaitons que les salariés de Rivesaltes licenciés puissent avoir des congés de reclassement plus longs. Notre retour à l’emploi va être difficile. »

Une suppression déguisée avec des salariés fantômes ?

L’avocat Jean-Baptiste Llati soutient et conseille les salariés. Pour lui, hors la question morale du grand groupe et des petites branches, il pourrait y avoir une question de légalité. En effet, Bucher Vaslin aurait sauté l’étape de recherche d’un repreneur.

« On peut restructurer parce que l’entreprise va mal. Mais quand on supprime purement et simplement un établissement, il y a des règles très strictes. »

Selon Jean-Baptiste Llati, les camions du siège se sont précipités pour enlever les machines. Ils maintiendraient quatre salariés sur place : la directrice de site et trois ingénieurs. Quatre personnes au milieu de hangars vides sur un site de 12 000 m2… Pour l’avocat, c’est seulement un moyen de dire que le site n’est pas supprimé, et de s’émanciper des obligations légales. « Ils veulent faire vite et pas cher, dégager les mecs. Chercher un repreneur c’est du temps et de l’argent. Le maintien des quatre salariés est complètement fictif. On se doute bien qu’ils ne vont pas conserver le coût d’entretien du site pour eux. Ils seront sans doute mis en télétravail, puis rapatriés au siège… »

Contacté, le siège de Bucher Vaslin n’a pas répondu à nos sollicitations. Les salariés se sont rapprochés de la préfecture. Ils espèrent aussi que les élus s’intéresseront au sort de l’industrie rivesaltaise.

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Philippe Becker