Article mis à jour le 6 juillet 2026 à 19:07
La nuit a été courte. Ce lundi 6 juillet au matin, des habitants se réveillent hagards dans les salles d’accueil à Thuir. Ils racontent leur évacuation dans l’urgence et la folie autour du feu d’ampleur qui menace des dizaines de communes.
Stéphane Mestres, le maire de Thuir est sur place. Lui aussi a peu dormi. Le café tourne à plein pour les équipes comme pour les bénéficiaires de l’aide. « Tout le monde sait ce qu’il doit faire, on a organisé dans la configuration incendie, anticipé tout ce qui était nourriture, lits, couvertures de survie… On n’avait pas suffisamment de lits, donc on a fait appel aux autres villages. Saint-Jean Lasseille a donné, Brouilla, Llupia, Perpignan et j’en oublie d’autres. »

« 20 personnes sont arrivées à 2h du matin »
Le maire évoque une nuit riche en problématiques à résoudre. « On a eu des personnes avec des problèmes de santé, d’autres en décompensation psychologique. Heureusement, on a eu beaucoup d’infirmiers et infirmières qui se sont proposés. La Croix Blanche est venue, elle est d’une efficacité totale. »
Les élus mettent en place des quarts de veille pour maintenir la logistique. Un restaurateur offre les repas. Des Thuirinois, ou encore un hôtel, ont mis à disposition des chambres. Au total, 300 personnes ont été accueillies, dont 220 en salles municipales. La plupart viennent d’Ille-sur-Têt et Bouleternère.
Nathalie n’a quasiment pas dormi. Evacuée de Tordères, elle a préféré se reposer dans sa voiture sur un parking de Thuir et promener son golden retriever qu’elle a pu emmener. « Ils ont évacué car on a déjà eu le feu de 1976 qui avait atterri sur Tordères. Le préfet a eu la finesse de voir large. » Mais Nathalie a aussi des chiens de chasse. Elle a dû organiser des rotations entre le chenil de Tordères et des amis chasseurs sur Trouillas pour les évacuer. Huit animaux ont été transportés en urgence.
« Mon mari est resté sur place pour mouiller les volets, les toitures… »
« Ca a été sport. On ne savait pas combien de temps ça allait durer. J’ai pris des affaires pour une semaine, et après on verra bien. Tout le monde s’entraide. Mon mari est resté sur place pour mouiller les volets, les toitures, tout ce qu’il peut, car on est sur une partie forestière. » Si quelques personnes s’agacent, Nathalie garde son calme.

« Il faut bien libérer les voies pour que les pompiers fassent leur travail. Ceux qui râlent sont à la retraite, ils peuvent bien attendre un peu. Il y en a qui sont plus embêtés ! »
Un peu plus loin, l’école des Mûriers est en ébullition. L’établissement a été mobilisé pour accueillir les familles avec enfants. Dans la salle de motricité, désormais bien réveillés, les petits courent, grimpent sur les modules de jeux. Ils échappent à l’inquiétude des parents. Une cinquantaine de personnes sont regroupées ici. Agnès est ATSEM à l’école, et a proposé son aide. « On a pris tout ce qu’on avait, les lits, les couvertures, les coussins… Quelques parents nous en ont amené en renfort. On a la chance d’avoir la clim. » Des véhicules amènent des couches, et de quoi préparer un repas. « Ca se passe bien, c’est assez convivial.





Le maire, accompagné de la présidente du Département Hermeline Malherbe, entrent alors dans la salle pour donner quelques informations sur la progression du feu. À ce stade, personne ne sait s’il pourra rentrer chez lui le soir ou s’il faudra passer une nuit de plus sur les petits lits.
« Ma fille ne s’est pas rendu compte. Pour elle, il y a eu une tempête de sable »
Alexandra a passé la nuit à l’école avec sa fille de cinq ans. Elle vient d’Ille-sur-Têt. Elle n’a eu aucune information sur l’évacuation, mais la fumée qui noyait les rues l’a poussée à partir.
« J’étais à la fenêtre, j’ai entendu une grosse déflagration. J’ai vu un monsieur qui tirait sa femme par les cheveux pour la ramener dans la ruelle, car elle se mettait en danger. J’ai compris qu’il se passait quelque chose. La cendre volait. »
Alexandra voit un habitant distribuer des masques. L’atmosphère devient irrespirable. Elle met un torchon sur le visage, prend quelques affaires dans un sac et part avec son enfant, d’abord à la salle La Catalane, point de rassemblement à Ille-sur-Têt. De là, on propose aux gens véhiculés de se rendre à Thuir. Pour les autres, des bus sont affrétés. « J’ai pris ma voiture et je suis allé à Thuir. On nous a dit de venir à l’école maternelle. Ma fille ne s’est pas trop rendu compte de ce qui se passait. Pour elle, il y a eu une tempête de sable. » Alexandra s’inquiète pour son chat laissé dans l’appartement. « Il paraît que la boulangerie a brûlé, c’est à 100 mètres… » Reconnaissante pour le petit-déjeuner, elle rêve néanmoins d’une douche. La mairie essaye d’en organiser la possibilité.
« J’ai vu des flammes, des voitures brûlées »
Tony vient lui aussi d’Ille-sur-Têt. Il habite près du pont et de la route de Montalba, face à l’incendie qui dévore les collines. « Je suis passé derrière la résidence et j’ai vu des flammes, des voitures brûlées. Une voisine a tapé à notre porte et nous a dit qu’on devait partir. J’ai appelé ma femme, mes enfants, nous avons pris les chiens. » Sur la route, des embouteillages et des sirènes. Tout le monde essaie de partir en même temps. « On nous a pris en charge ici. L’accueil est très bien. » Profitant que la route est encore ouverte, Tony a fait un aller-retour rapide dans la matinée pour voir si son appartement n’était pas sinistré. « Ille-sur-Têt est déserte. On voit les hélicoptères passer, c’est impressionnant. Les pompiers et les gendarmes ont du courage… »

Un peu plus loin, une dame âgée semble un peu perdue. La maison de son fils a brûlé. « Je ne sais pas où j’irai » se désole-t-elle. « Peut-être chez ma fille, à Perpignan. Mais c’est difficile, j’ai une fracture du pied… Nous avons tout perdu. »
Appel aux dons :
Agnès relaie les produits de premières nécessités dont l’accueil à l’école maternelle de Thuir aurait besoin. « C’est surtout de l’hygiène pour bébé et de l’hygiène adulte qu’il nous faudrait, et du lait pour bébé. Ensuite, des vêtements, quelques jouets pour enfants, des choses comme ça. » S’adresser aux services municipaux pour proposer de l’aide.
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